(se) souvenir(s)

Dans les semaines et les mois qui ont suivis le décès de Paul, chaque semaine portait le poids d’un anniversaire — il aurait eu six semaines, deux mois, trois mois… Paul est né un samedi soir et il est mort très exactement quatre semaines plus tard. Tous les samedis me semblaient lourds de sens, de souvenirs, d’avenir arraché. Les 1er du mois et les 4 aussi. Trois mois, six mois, neuf mois, un an…

Peu de temps après la cérémonie que nous avons organisée pour célébrer la vie de Paul et lui dire au revoir, je suis partie en voyage — en fuite — tentant d’échapper à tout ce qui me rappelait mon bébé. Les lieux, les objets, tout le temps libre qui aurait dû servir à prendre soin de lui… J’ai tenté de laisser tout ça, voulant croire que la souffrance et l’incompréhension resteraient aussi derrière moi, dans la neige et le froid.

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encore

J’ai l’impression qu’il faut que je cogne tout doucement à la porte, que je l’entr’ouvre prudemment, que je demande, en chuchotant, la permission d’entrer. Que je m’avance sur la pointe des pieds, que je me pose sans déranger. Que j’écoute le silence de cet espace que je visite peu ces derniers temps.

J’ai l’impression qu’il me faut ré-apprivoiser ce lieu, ré-apprivoiser ce lien de lettres et de mots enchevêtrés qui m’unit à Paul. Dans le quotidien, dans la maison, il y a d’autres liens. Il y a les photos, il y a les souvenirs, il y a les objets. Il y a Aimé qui, assis dans l’escalier m’explique qu’il y a « Pau’ en haut » et « Pau’ en bas aussi » et pointant de son index potelé les deux photos encadrées.

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de moi, de nous

img_2579mon petit Paul,
mon amour,
mon bébé d’hiver,

Il y a trois ans aujourd’hui, nous vivions le désespoir de voir ta vie s’éteindre si peu de temps après avoir commencé.

Nous, c’est ton père et moi.
Nous, c’est nos familles, nos ami.e.s.
Nous, c’est ceux et celles qui ne savaient pas le drame qui se déroulait en ce premier février 2014 mais qui allaient contribuer à te faire vivre dans leur mémoire pour des semaines et des mois.

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il y a trois ans

paul2014

Je prends la mesure du temps qui passe.
Là, tout de suite, en ouvrant mon compte facebook, le site me propose de partager un « souvenir » généré automatiquement. Je sais qu’il y a deux ans, j’aurais trouvé ce rappel cruel. Je sais que l’année dernière, je n’aurais pas osé le partager.

Cette année, je me permet de le faire.
J’hésite encore un peu.
Mais si peu.

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il y a deux ans

Matin typique, avec peut-être une once de fatigue de plus que d’habitude.
« Let’s go Aimé, laisse-moi mettre ta couche »
« Allez, ça te prend des pantalons pour aller à la garderie »
« Mange un peu, mon amour »
« Non, tu peux pas mettre tes bottes avant ton habit de neige »

Midi moins typique avec P.. En parlant de notre voyage à la Nouvelle-Orléans il y a deux ans, on se rend compte qu’on se souvient mal de ce qu’on y a fait, à part visiter des ami.e.s à moi…

Relire mes mots d’il y a deux ans me rappelle pourquoi ma mémoire est si embourbée.

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la musique

Aimé s’est mis à chanter.
Ce n’est pas encore limpide, mais depuis une semaine ou deux, on distingue Au clair de la lune, qu’il a appris à la garderie.

L’entendre chanter, ça évoque des souvenirs de mes parents.

Des souvenirs de ma mère, qui fredonnait beaucoup, qui m’a laissé en héritage plein de bribes de chansons, et quelques autres dont toutes les paroles sont gravées en moi. Lire la suite

les photos

Un soir, je décide de consacrer quelques minutes à un projet d’album photo qui traine depuis plusieurs mois. Je sélectionne des photos à faire imprimer. Des photos de toi.

Les larmes jaillissent, imprévisibles.

Regarder ces images me replonge dans les courtes semaines que nous avons partagées. Je sais que si je nous compare aux nombreux parents endeuillés qui n’ont que quelques photos de leur bébé, et parfois aucune photo de leur bébé vivant, nous avons de la chance. Je sais que nous avons eu de la chance mais je ne peux pas m’en tenir à ça. Je ne peux pas voir que l’aspect positif de ces photos pleines de bonheur que nous avons eu le temps de prendre pendant 25 jours.

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