septembre 2000

J’ai passé tellement de temps dans les dernières années à trier les artefacts, matériels et immatériels, de la vie de mes parents. Du temps à classer les papiers et les photos, du temps à tenter d’organiser mes souvenirs, mes émotions en désordre. J’ai parfois l’impression que ce sera le travail de toute ma vie.

Il y a quelque chose de répétitif dans le fait d’ouvrir des boîtes dont le contenu a déjà été trié à un moment ou un autre. Le bruit du tape qui décolle, la couche supérieure du carton qui vient avec, en lambeaux, l’odeur un peu poussiéreuse, parfois accompagnée d’autres effluves — boules à mites, vieux papier, sachets de lavande vieillis. J’ouvre la boîte identifiée à plusieurs reprises, de la main d’une tante, ou de la mienne, portant parfois le souvenir d’un lointain déménagement — la mention « salle de bain » barrée au marqueur. Elle a servi et resservi. Je vide son contenu. Je trie. J’élague. Je garde encore beaucoup. Je re-range. Je re-trie. Je ré-identifie. Je barre une nouvelle fois les informations qui ne sont plus d’actualité. Je re-tape pour refermer le tout, avec le vague espoir qu’un jour j’aurai trouvé une place pour chaque chose, un album pour chaque photo. Un jour. Pour l’instant, je compte comme une bonne journée, celle où je vois le contenu de ce que je garde diminuer, même subtilement. J’écrase le carton dans le bac de recyclage avec la satisfaction du travail accompli.

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oublier (un peu)

préambule – J’essaie depuis quelques jours d’écrire un texte sur les défis que (me) pose l’écriture en tant que mère d’un petit grouillant d’un an mais — c’est très à-propos — je manque de temps et d’espace (mental entre autres) pour y arriver. Je me contenterai donc pour tout de suite de partager quelques pensées en vrac…

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Du bout du doigt, comme souvent, je trace les lettres de son prénom dans la buée de la porte de la douche.
P A U L

J’aime les voir en majuscules. Fermes. Fortes.
J’aime les tracer en cursives, d’un seul mouvement. Comme si ces lettres étaient faites pour vivre ensemble.

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toujours là

yourabsence2

J’étais tombée sur cette citation dans les mois qui ont suivi la mort de Paul. Je l’avais trouvée magnifique, j’avais envie de m’en souvenir. Je l’ai collée sur une photo d’une journée pleine de soleil passée dans le bas du fleuve avec des amies. Le bleu du ciel et la chaleur des roseaux sous lesquels nous nous étions couchées me semblaient tout désignés pour accompagner ces mots. Lire la suite

les petits gestes qui comptent

bougie_FotorPendant les semaines qui ont précédé le deuxième anniversaire de naissance de Paul, j’ai réfléchi à la façon de souligner cette journée, jonglant avec différentes idées, différentes symboliques. Je trouve magnifiques les initiatives de certains parents qui mettent sur pied des projets d’envergure en l’honneur de leur bébé ou de leur enfant décédé (comme ça et ça, notamment), mais les gestes et les événements plus modestes me rejoignent tout autant.

Dans un large groupe facebook auquel j’appartiens et qui est centré sur la parentalité, je vois régulièrement passer des questions de personnes qui se demandent ce qu’elles devraient faire pour soutenir des proches qui vivent le décès d’un bébé, avant ou après la naissance. Souvent, leur premier réflexe est d’offrir des objets pour commémorer l’existence de l’enfant — oursons ou oreillers du même poids que le bébé, bijoux, couvertures ou vêtements personnalisés. Souvent, on leur répond de considérer aussi d’offrir un soutien plus terre-à-terre pendant les premières journées et semaines où naviguer le quotidien est parfois trop demandant — repas préparés, aide pour accomplir des tâches ménagères ou autres.

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entouré de lumière

As-tu senti toute cette lumière, tout cet amour qui brillait si fort pour ton anniversaire?

Mon Paul, j’aurais tellement aimé que tu sois là pour souligner cette journée. J’aurais aimé te voir souffler maladroitement les deux bougies sur ton gâteau (ou, plus vraisemblablement, te faire chiper ce moment par un cousin ou une amie ayant quelques années d’expérience de plus que toi.) J’aurais aimé entendre tes rires en glissant dans la neige pendant notre balade de l’après-midi. J’aurais aimé voir tes joues rougies par le froid de cette première journée vraiment hivernale.

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fragments

Aujourd’hui, nous sommes allés visiter la tombe de mon grand-père au cimetière. Toutes ces tombes, que les gens fleurissent à ce moment de l’année, me rappellent l’importance de cet exercice de mémoire.

Ici, il y a un mode d’emploi : à la Toussaint, on visite ses morts, on dépose des cyclamens à leurs pieds.

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P. me dit que ma grand-mère est inquiète qu’on parle trop de Paul à Aimé, qu’il grandisse entouré de tristesse. Une part de moi se rebelle à cette idée : évidemment que je veux parler de Paul à son petit frère! En fait, je me rends compte qu’il m’arriver souvent d’imposer Paul comme sujet de conversation, comme présence dans l’univers mental des personnes qui m’entourent et qui auraient dû l’entourer.

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