je veux

mon tout petit Paul,

Me vois-tu? Je suis consumée par ce deuil égoïste et solitaire.

Je veux être fatiguée parce que tu n’as pas dormi de la nuit, je veux être épuisée parce que tu es en pleine poussée de croissance. Je n’en peux plus d’entendre les autres parents qui ont le luxe de se plaindre du manque de sommeil.

Je veux en avoir marre de nettoyer des couches lavables. Je veux les voir flotter au vent sur une corde à linge installée exprès pour ça. Je ne supporte pas le vécu pourtant valide des autres parents. Ceux pour qui il n’y a plus rien de romantique à l’idée des couches qui sèchent au soleil. Lire la suite

Publicités

histoire de naissance(s)

In psychotherapy, a narrative is a story we tell ourselves. Every time we tell a story, according to Narrative Therapy, our stories then change, because we change the story by just telling it. In doing this, we allow our brain to file away different parts of the story; parts that are hard or parts that are traumatic. Through this process we learn how to come to terms with the loss and the trauma, by slowly accepting the reality of our current situation.

— Lindsey Henke. « Why Your Birth Story Matters ». Still Standing Magazine.

Depuis quelques semaines, j’écris beaucoup sur moi-même. J’écris à Paul, je pense à lui énormément, mais j’ai de la difficulté à écrire sur lui. La relation que nous avons eu a été intense et fusionnelle mais nous n’avons vécu que les premiers balbutiements de la découverte mutuelle. Connait-on vraiment un si petit bébé? Dans les débuts de la relation avec un enfant, j’ai l’impression qu’on se rencontre beaucoup soi-même. À tout le moins, je peux affirmer que je me suis sentie intensément face à moi-même dans l’arrivée au monde de Paul. Lire la suite

histoires

Les narratifs populaires pour raconter l’histoire des bébés, des enfants et des adultes qui font face à des problèmes de santé majeurs sont ceux qui parlent de combat, de courage, de volonté, de triomphe. Le prématuré qui avait tellement le gout de la vie, la cancer survivor, qui court un 5 km dans son ensemble rose au son des slogans vides… Dans ce schème de pensée, l’histoire de ceux et celles qui y laissent leur peau est rendue invisible.

Enfant, je me souviens m’être sentie définie par le fait d’être en bonne santé. N’avoir jamais été hospitalisée, n’avoir jamais pris d’antibiotiques, me semblait être un élément important de qui j’étais, et me paraissait comme une preuve de ma valeur. Peut-être est-ce la conséquence d’être élevée par une médecin? Comment expliquer ce sentiment qui m’habitait alors et qui ne m’a pas complètement quittée? J’avais la même satisfaction à l’idée d’avoir mes quatre grands-parents vivants, comme si tout cela peignait un portrait de famille lisse, symétrique, entier. C’était une source de fierté étrange mais bien présente dans ma tête – et ça l’est encore, au fond, même si la belle image que je me faisais enfant est aujourd’hui craquelée.
Lire la suite