tu es là

tu es là
dans l’affection, profonde, sincère, inexplicable
que j’ai
pour les autres bébés qui ne sont plus
pour leurs parents

tu es là
dans la conversation à peine audible
déclenchée par ta main tatouée sur mon bras
à travers mon extinction de voix, j’essaie de dire
ta vie
ta mort
toi

tu es là
bondissant
au détour du sentier, dans la neige qui s’accroche
comme dans le petit cahier rédigé pour te dire aurevoir

tu es toujours là, mon amour
près de moi
en moi

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il y aurait tant à dire 

Mon Paul,

Il y aurait tant à dire, tant à écrire. Le temps me manque, les attentes du quotidien et les événements imprévus m’emportent dans dans une vague qui se renouvelle constamment. Les brouillons de textes qui te sont destinés, ou qui explorent ce que c’est de vivre sans toi, de vivre en deuil, continuent de s’accumuler. Toutes les semaines, j’ai l’impression que mon agenda est sur le point de se dégager, que je vais réussir à me poser un moment, à déposer mes idées sur la feuille ou l’écran devant moi. Mais les semaines passent et je me sens souvent débordée.

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échappé(e)

Pendant des mois, j’ai écrit à peu près tous les jours. Sur Paul. À Paul. Pour Paul. Je m’installais au clavier, souvent sans avoir trop réfléchi au sens de ce que je voulais dire, encore moins aux mots qui pourraient l’exprimer. Pendant des mois, les mots ont poussé au bout de mes doigts sans que j’ai à y penser. Je me relis de temps en temps et je m’étonne de ce qui m’habitait. Il y a une marge entre me souvenir d’avoir été démolie, et lire mes pensées, telles qu’elles se sont exprimées quotidiennement.

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le temps qui traine

Une image flotte dans ma tête aujourd’hui.

Je me vois, enjamber la neige accumulée en bordure de la route. Il fait froid. Le sol glissant et inégal témoigne d’une succession de redoux et de reprises du gel. Le moindre trajet en voiture, inévitablement parsemé de soubresauts, se répercute au bas de mon ventre, tirant sur la cicatrice d’une césarienne imprévue et non souhaitée. Je n’arrive pas non plus à soulever la coquille qui protège notre bébé contre les aléas de la route et contre le froid.

P. s’en charge. Je me contente d’éviter de tomber. Nous marchons vers le bureau d’un avocat. Une fois à l’intérieur, dans l’ascenseur, nous pouvons découvrir un peu Paul, emmitouflé. Minuscule. Magnifique. Lire la suite

le long du sentier

On marchait ce matin, avec ton père, ta tante et ton cousin.
Ton cousin qui est né juste trois mois avant toi.
Quelques semaines avant ta naissance — il devait avoir un mois ou deux — je l’ai adossé sur mon ventre rond. Tu as bougé, faisant sentir ta présence au creux de moi, et j’ai eu plaisir à croire que c’était parce que tu avais hâte de faire sa connaissance. Je vous ai imaginés, tous les deux, grandissant coude-à-coude. J’ai imaginé vos jeux, votre éventuelle complicité entre cousins (ou entre cousine et cousin!), vos conflits, vos cris, vos rires.

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dans une vie parallèle

Aller faire un tour au marché aux puces avec Aimé.
Croiser une personne avec qui j’ai travaillé il y a plusieurs années.

La dernière fois qu’on s’est vues, c’était par hasard aussi. À la maison de naissance. On était enceintes toutes les deux.
Je me rappelle bien de ça. Mais je ne me rappelle plus si j’étais enceinte de Paul ou d’Aimé.

Je lui demande l’âge de sa fille. J’en conclus que cette rencontre dans une salle d’attente remonte à un peu plus de deux ans.

Paul.

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