les jugements

mercredi.
Une soirée comme tant d’autres. Je prépare à manger en écoutant la radio. La nouvelle m’interrompt dans un mouvement. Un bébé a été retrouvé sans vie dans une voiture, stationnée devant un centre de la petite enfance. Une enquête est ouverte. La situation est confuse, le journaliste a peu de détails, comme c’est souvent le cas quand les médias se pressent à relayer une information de dernière minute.

Il y a plein de points d’ombre, de suppositions. Mais une chose est claire: un bébé de moins d’un an est décédé. Peu importe les circonstances exactes, peu importe à qui la faute, ce petit bout d’information s’agrippe à ma gorge, avec tout ce qu’il a d’irréversible.

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oublier (un peu)

préambule – J’essaie depuis quelques jours d’écrire un texte sur les défis que (me) pose l’écriture en tant que mère d’un petit grouillant d’un an mais — c’est très à-propos — je manque de temps et d’espace (mental entre autres) pour y arriver. Je me contenterai donc pour tout de suite de partager quelques pensées en vrac…

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Du bout du doigt, comme souvent, je trace les lettres de son prénom dans la buée de la porte de la douche.
P A U L

J’aime les voir en majuscules. Fermes. Fortes.
J’aime les tracer en cursives, d’un seul mouvement. Comme si ces lettres étaient faites pour vivre ensemble.

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l’oubli

Au début de la semaine, j’ai vécu un moment surprenant. Un de ces instants où le focus semble se faire de lui-même, rendant soudain limpide une réalité qui nous échappait jusque là. Une réalisation.

Je me sens bien.
Je ne suis plus au fond du gouffre, ni même en équilibre sur une corniche, tentant tant bien que mal de m’accrocher du bout des ongles pour m’en sortir.

Ma vie a retrouvé une relative cohérence — je n’ai plus constamment l’impression étrange de vivre une vie parallèle à ma « vraie vie » après avoir été arrachée de force à la trajectoire qui était la mienne.

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les bruits, les oublis

english below…

En lisant le texte d’une maman sur le silence de son bébé qui n’est plus, je me rends compte que je ne m’aperçois plus du silence. Pire, je ne me souviens plus des sons de Paul.

Pendant ses quatre semaines avec nous, il a passé beaucoup de temps à dormir et à téter. Il a pleuré aussi, certainement, mais mes souvenirs auditifs sont pour ainsi dire absents.

J’ai oublié les pleurs de Paul à la naissance parce que je naviguais entre conscience et demi-sommeil drogué.
J’ai oublié ses pleurs au creux de la nuit, peut-être par souci de me souvenir plutôt de ce silence partagé. Paul dans mes bras, s’abreuvant de moi.
J ‘ai oublié les petits bruits de Paul, quand tout allait bien. Faisait-il des bruits? J’ai beau racler le fond de ma mémoire, je n’arrive pas à déterrer un seul son. Lire la suite

l’oubli

Les semaines passent et tout doucement, une sérénité un peu amère commence à m’habiter. J’imagine qu’au tréfonds de moi, je savais que je survivrais à la disparition de Paul, malgré la souffrance dans laquelle elle m’a plongé, même si j’ai cru par moments que je n’y arriverais pas. Je me rappelle qu’à l’hôpital, dans le petit salon des familles que l’on nous avait assigné même si notre famille était en pleine désintégration, je découvrais cette contradiction en moi. Le sentiment qui débordait de partout, c’était que je ne survivrais pas, que la douleur me dissoudrait de l’intérieur. Pourtant, parallèlement, quand on m’a questionnée, la réponse que j’ai donnée à voix haute au milieu de la brume a plutôt été « je sais que j’ai les outils pour passer à travers mais ça m’écoeure de les utiliser. » Ou quelque chose du genre. Lire la suite