les choses — la suite (mais sûrement pas la fin)

— J’achète pas, j’échange pour un crédit en magasin, me dit-elle abruptement.

— Ok. Je lui tend le sac dans lequel sont pliés quelques vêtements.

Je ne tiens pas à obtenir de l’argent, à vrai dire. Ce qui m’a poussé à séparer ces items du reste de la pile que je m’apprête à donner au service d’entraide, c’est la combinaison look-démodé-mais-cool et la qualité de ces morceaux. J’avais peur que, dans un endroit voué à offrir aux gens du quartier des vêtements utiles et abordables, le style peu actuel de ces vêtements achetés par ma mère il y a vingt ou trente ans ne leur réserve une place à la poubelle.

une robe de soie rose à la coupe décidément campée dans les années 80
un pantalon à carreaux mi-classique mi-funky

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septembre 2000

J’ai passé tellement de temps dans les dernières années à trier les artefacts, matériels et immatériels, de la vie de mes parents. Du temps à classer les papiers et les photos, du temps à tenter d’organiser mes souvenirs, mes émotions en désordre. J’ai parfois l’impression que ce sera le travail de toute ma vie.

Il y a quelque chose de répétitif dans le fait d’ouvrir des boîtes dont le contenu a déjà été trié à un moment ou un autre. Le bruit du tape qui décolle, la couche supérieure du carton qui vient avec, en lambeaux, l’odeur un peu poussiéreuse, parfois accompagnée d’autres effluves — boules à mites, vieux papier, sachets de lavande vieillis. J’ouvre la boîte identifiée à plusieurs reprises, de la main d’une tante, ou de la mienne, portant parfois le souvenir d’un lointain déménagement — la mention « salle de bain » barrée au marqueur. Elle a servi et resservi. Je vide son contenu. Je trie. J’élague. Je garde encore beaucoup. Je re-range. Je re-trie. Je ré-identifie. Je barre une nouvelle fois les informations qui ne sont plus d’actualité. Je re-tape pour refermer le tout, avec le vague espoir qu’un jour j’aurai trouvé une place pour chaque chose, un album pour chaque photo. Un jour. Pour l’instant, je compte comme une bonne journée, celle où je vois le contenu de ce que je garde diminuer, même subtilement. J’écrase le carton dans le bac de recyclage avec la satisfaction du travail accompli.

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repas imaginaire

Demain, ma mère aurait eu 65 ans. Il me semble que c’est le genre d’anniversaire qu’on doit souligner. À vrai dire, j’aime souligner tous les anniversaires. Quand on peut prendre une journée pour célébrer quelqu’un-e, pourquoi ne pas le faire?

Et 65 ans, ça semble significatif — ça sonne comme un âge de retraite, un âge pour profiter de ses petits-enfants, pour se mettre à genoux sur le plancher et jouer, pour voyager un peu.

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dans la lumière

Avec mon retour a l’école depuis la une dizaine de jours, et ce que ça implique comme travail de conciliation pour passer du temps avec Aimé et prendre soin de lui, je sens à quel point le temps va être une denrée rare pour moi cet automne. Je manque de temps, déjà. Je n’ai pas fini de me préparer pour mon cours de demain. Pourtant, il me semble impossible de ne pas écrire, de ne pas laisser une marque, une petite pierre sur cette case du calendrier.

Il y a quinze ans tout juste, la nuit tombait une dernière fois pour Christine, ma maman. Au matin du 10 septembre, elle s’est éteinte. Au matin du 10 septembre, avec les premiers rayons du soleil, je me suis fait réveiller doucement. C’était fini. Après les mois de maladie, d’incompréhension, d’évitement qui venaient de s’écouler, il n’y avait plus d’espoir. Mon oncle est venu nous chercher, mon frère et moi, et ma cousine qui avait passé la nuit avec nous, pour aller rejoindre mon père. Et pour aller la voir. Elle. Ma maman qui n’était plus.

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