un rêve

J’étais dans une espèce de fête foraine. Un de ces endroit dont les rêves sont construits — réalistes au moment où on les vit, mais inexplicables après le réveil. C’était la fête, l’été, mais la scène n’était pas complètement légère — les tableaux qui se succédaient comportaient aussi des éléments inquiétants. Une rumeur d’alerte à la bombe, je crois.

J’étais là, sans mon bébé. Je le savais absent, mais je n’étais pas inquiète.

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le long du sentier

On marchait ce matin, avec ton père, ta tante et ton cousin.
Ton cousin qui est né juste trois mois avant toi.
Quelques semaines avant ta naissance — il devait avoir un mois ou deux — je l’ai adossé sur mon ventre rond. Tu as bougé, faisant sentir ta présence au creux de moi, et j’ai eu plaisir à croire que c’était parce que tu avais hâte de faire sa connaissance. Je vous ai imaginés, tous les deux, grandissant coude-à-coude. J’ai imaginé vos jeux, votre éventuelle complicité entre cousins (ou entre cousine et cousin!), vos conflits, vos cris, vos rires.

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dans une vie parallèle

Aller faire un tour au marché aux puces avec Aimé.
Croiser une personne avec qui j’ai travaillé il y a plusieurs années.

La dernière fois qu’on s’est vues, c’était par hasard aussi. À la maison de naissance. On était enceintes toutes les deux.
Je me rappelle bien de ça. Mais je ne me rappelle plus si j’étais enceinte de Paul ou d’Aimé.

Je lui demande l’âge de sa fille. J’en conclus que cette rencontre dans une salle d’attente remonte à un peu plus de deux ans.

Paul.

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Boyhood

Dans les rencontres de groupes de soutien, je me présente comme « la maman de Paul ». C’est le remède que j’ai trouvé pour mettre un baume sur la peur panique qui a coulé en moi dès que j’ai commencé à saisir que nous n’allions pas rentrer de l’hôpital avec Paul. « Je ne serai plus sa mère ». Mes souvenirs de ces heures-là sont confus. Quelqu’un, quelqu’une probablement, m’a répondu que j’étais encore la fille de mes parents, et que j’allais rester la mère de mon fils. J’ai continué à demander à ce qu’on me rassure sur ce point, encore et encore. J’ai réussi à y croire. J’ai réussi à me glisser dans ce rôle bizarre de mère sans enfant.

Mais est-ce vraiment moi? Est-ce vraiment qui je suis? J’arrive de plus en plus mal à me replonger dans les souvenirs de moi comme nouvelle maman qui avait le luxe de redéfinir doucement mon identité. Je me rappelle avec de moins en mois qui j’étais quand le temps passé avec Paul était plus long que le temps passé sans lui. Chaque jour qui passe, chaque mois écoulé rend proportionnellement de plus en plus minuscule les vingt-huit jours de la vie de Paul, les vingt-cinq jours de nos vies partagées, sans le bruit des machines et la supervision des infirmière et les jaquettes jaunes et les masques et l’odeur d’alcool sur nos mains sèches.

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