du temps et des liens

Je manque de temps. C’est tellement pas original. Ni pour moi, ni pour ma génération.

débordée

Et pourtant, c’est le sentiment qui domine en moi cet automne. Je me sens débordée et essoufflée. J’aurais envie de passer plus de temps avec Aimé et Malou tout en faisant des semaines de travail à peu près complète. Je voudrais aussi du temps pour moi : pour écrire, pour lire, pour faire du sport, pour aller marcher dehors, pour accrocher les cadres qui sont encore dans des boites depuis notre déménagement début juillet. Et je voudrais du temps pour Paul. Des vrais moments pour lui.

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la rentrée

Promenade de soirée dans notre nouveau quartier. Malou est dans le porte-bébé, les paupières lourdes. On longe la vitrine d’un magasin qui s’annonce comme la « Zone de la rentrée ». Je sais qu’elle arrive, cette rentrée. Au mois de mai, déjà, Aimé nous a fait des compte-rendus enthousiastes des journées de préparation à la maternelle auxquelles ont assisté son cousin et un autre copain de son groupe de garderie. Il a déjà hâte que ce soit son tour. L’année prochaine. Quand il aura cinq ans.

Ce sera notre tour aussi. On achètera des crayons, on collera des étiquettes, on accompagnera notre petit pour sa première journée avec son sac à dos trop plein et sa boite à lunch. On prendra trop de photos pour documenter la journée. On vivra, j’imagine, les émotions qui accompagnent les grandes étapes qui commencent.

Cette année, nous ne préparons rien de particulier. Pas de crayons, ni d’étiquettes. Pas de lunchs ni de sac à dos. La rentrée approche mais Paul ne découvrira pas sa classe de maternelle après qu’on l’ait serré dans nos bras un peu trop fort.

Vas-y mon amour, va rejoindre tes ami.e.s!
Attends! Regarde moi! Une dernière photo!

Il n’y aura pas de photo de lui. Pas de souvenir de cette première rentrée.
Qu’un enfant en moins dans une classe du quartier. Qu’un moment imaginé.

Quelques coins de rue plus loin, Malou s’endort. Je rentre à la maison, perdue dans mes rêveries.

 

2014-09-19_corazon

jour de la Terre

papa,

Je me souviens que la première fois que j’ai entendu parler du jour de la Terre, j’ai envisagé un instant qu’il y ait eu une erreur. Que la personne qui avait dit 22 avril s’était trompée. Ou que, comme Pâques ou Mardi gras, la date exacte varierait d’année en année et que l’an prochain ou plus tard, la date serait la bonne. Il me semble que ça aurait été parfait que ça tombe le 23. J’y aurais vu un signe. Une confirmation de l’univers, ou quelque chose comme ça, si ton anniversaire avait été désigné comme jour de la Terre.

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des araignées et des livres

On pourrait croire que toutes les araignées de la ville se donnent rendez-vous sur les passerelles qui enjambent la rivière près de chez nous. C’est peut-être seulement que je les remarque là plus qu’ailleurs, je ne sais pas. Elles attirent particulièrement l’attention à la noirceur sur la passerelle la plus récente parce que leurs toiles sont rétro-éclairées par des ampoules cachées derrière les mains-courantes.

En passant là l’autre soir, je me suis arrêtée pour regarder une araignée tisser sa toile, patiemment, précisément. Malou était avec moi, dans le porte-bébé, et je me suis dit que j’aimerais en savoir plus sur les araignées pour pouvoir lui expliquer un jour comment elles arrivent à réaliser leurs toiles sans se mêler.

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25 jours

Aujourd’hui, Malou a 25 jours. Très exactement 25 jours depuis quelques minutes.

Le jour où Paul a eu 25 jours, le quotidien s’est arrêté pour faire place à l’impossible. Mon cœur s’est retourné en moi, mon estomac s’est emmêlé, tout a arrêté de fonctionner. Nous ne le savions pas encore, au soir du vingt-cinquième jour, mais il nous restait si peu de temps avec Paul. Et plus aucun moment normal. Que du compliqué, de l’inquiet, du douloureux.

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de si petits mots

Un coin de rue. Une connaissance. Je fais un signe de la main sans vraiment ralentir.
Elle pointe mon ventre : « Oh, tu en attends un deuxième? »

Ça me rentre dedans. Comme toujours quand l’existence de Paul est réduite à néant par un commentaire inconscient. Je n’ai pas le courage de rectifier les faits. J’offre un vague grognement comme réponse en tentant de me convaincre que cette personne n’a tout simplement pas eu connaissance de la naissance et de la mort de Paul.

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trop de fatigue

Je suis fatiguée.

Je me couche suffisamment tôt pour me réveiller de bonne heure le matin, mais une heure plus tard, je me recoucherais. Quand je travaille de la maison et que je décide de fermer les yeux quelques minutes, il n’est pas rare que ce moment de repos se transforme en une sieste impromptue de plus d’une heure.

Tout m’épuise. M’essouffle.
Les tâches les plus banales, qu’elles soient ménagères ou professionnelles.
Envoyer des courriels. Faire des appels.
Répondre au téléphone.
M’occuper d’Aimé.
Être enceinte.
Avoir des émotions (souvent incompréhensibles pour moi comme pour les autres).

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