des araignées et des livres

On pourrait croire que toutes les araignées de la ville se donnent rendez-vous sur les passerelles qui enjambent la rivière près de chez nous. C’est peut-être seulement que je les remarque là plus qu’ailleurs, je ne sais pas. Elles attirent particulièrement l’attention à la noirceur sur la passerelle la plus récente parce que leurs toiles sont rétro-éclairées par des ampoules cachées derrière les mains-courantes.

En passant là l’autre soir, je me suis arrêtée pour regarder une araignée tisser sa toile, patiemment, précisément. Malou était avec moi, dans le porte-bébé, et je me suis dit que j’aimerais en savoir plus sur les araignées pour pouvoir lui expliquer un jour comment elles arrivent à réaliser leurs toiles sans se mêler.

Lire la suite

Publicités

25 jours

Aujourd’hui, Malou a 25 jours. Très exactement 25 jours depuis quelques minutes.

Le jour où Paul a eu 25 jours, le quotidien s’est arrêté pour faire place à l’impossible. Mon cœur s’est retourné en moi, mon estomac s’est emmêlé, tout a arrêté de fonctionner. Nous ne le savions pas encore, au soir du vingt-cinquième jour, mais il nous restait si peu de temps avec Paul. Et plus aucun moment normal. Que du compliqué, de l’inquiet, du douloureux.

Lire la suite

de si petits mots

Un coin de rue. Une connaissance. Je fais un signe de la main sans vraiment ralentir.
Elle pointe mon ventre : « Oh, tu en attends un deuxième? »

Ça me rentre dedans. Comme toujours quand l’existence de Paul est réduite à néant par un commentaire inconscient. Je n’ai pas le courage de rectifier les faits. J’offre un vague grognement comme réponse en tentant de me convaincre que cette personne n’a tout simplement pas eu connaissance de la naissance et de la mort de Paul.

Lire la suite

trop de fatigue

Je suis fatiguée.

Je me couche suffisamment tôt pour me réveiller de bonne heure le matin, mais une heure plus tard, je me recoucherais. Quand je travaille de la maison et que je décide de fermer les yeux quelques minutes, il n’est pas rare que ce moment de repos se transforme en une sieste impromptue de plus d’une heure.

Tout m’épuise. M’essouffle.
Les tâches les plus banales, qu’elles soient ménagères ou professionnelles.
Envoyer des courriels. Faire des appels.
Répondre au téléphone.
M’occuper d’Aimé.
Être enceinte.
Avoir des émotions (souvent incompréhensibles pour moi comme pour les autres).

Lire la suite

une épreuve

Ces jours-ci, ma vie me semble être une longue suite de rendez-vous en lien avec ma grossesse. Un peu plus de rendez-vous de suivis pour bébé-d’été qu’aux grossesses précédentes, mais surtout, plus de rendez-vous pour m’aider à passer à travers les nombreux inconforts que mon corps me fait vivre depuis quelques mois.

Lundi, un rendez-vous avec ma sage-femme. Alors que j’y allais pour un suivi de routine, je me retrouve sans l’avoir prévu à partager mes craintes face à la césarienne que je vivrai très probablement à la fin juillet. À travers les larmes, c’est beaucoup la blessure pas vraiment guérie de mes autres césariennes qui refait surface.

Lire la suite

son frère

** Je publie ce texte non sans avoir hésité et réfléchi à ce que ça implique de partager des bouts de la vie d’Aimé. Il est petit encore pour m’aider à prendre la décision de partager ou non ses pensées, mais je ne prends pas son droit à la vie privée moins au sérieux pour autant. Je publie en sachant que je fais peut-être une erreur que je devrai éventuellement corriger.

L’été dernier, quand Aimé avait deux ans et des poussières, je me demandais si nous devions nous inquiéter du développement de son langage. Patrice avait confiance que tout était normal, j’essayais de me convaincre que chaque enfant développe ses différentes aptitudes à son propre rythme. Je ne m’étais pas inquiétée quand Aimé avait fait différents apprentissages un peu plus tôt que prévu, je tentais donc de relativiser. Pourtant, j’avais de la difficulté à ne pas comparer Aimé à d’autres enfants, j’avais de la difficulté à ne pas m’inquiéter.

Lire la suite

état critique

Il y a tout juste quatre ans — il y a déjà, incroyablement, quatre ans — je sortais me promener avec mon bébé dans le froid de janvier. C’était l’une des premières journées de travail de P., après ces semaines passées au chaud avec notre bébé. Il y a quatre ans, à l’entrée d’une pharmacie, Paul se mettait à pleurer et moi, par peur de déranger ou peut-être pour me prouver que je saurais conjuguer la maternité à tous mes autres projets, je prenais une décision que je regretterai toujours. Au lieu de trouver une chaise et de m’arrêter pour allaiter, j’ai replacé Paul dans le porte-bébé et je l’ai allaité debout, près du comptoir postal.

Lire la suite