quelques textes chez Françoise Stéréo

Un nouveau numéro du magasine Françoise Stéréo était lancé hier. Il regroupe plus de vingt textes autour « du temps comme thème rassembleur, au centre d’une constellation de multiples éléments, de tranches de vie et de considérations théoriques : la famille, la gentrification, les générations, Kant, les pots Mason, la radio, le capitalisme, Harmonium, l’âge, le vieillissement, les vidanges, sky is the limit. » (vous pouvez lire le reste de l’éditorial de Laurence ici).

J’y signe un texte sur le deuil et le passage du temps, tout à fait dans la lignée de ce que je publie généralement ici.

Je n’ai pas encore eu le temps de parcourir l’ensemble des textes mais je souligne déjà ceux-ci, sur des thèmes rejoignant de près ou de loin les enjeux qui m’intéressent sur ce blogue:

  • On est rendu là, par Marie-Ève Duchesne (sur la fin de vie et les adieux)

  • Les garde-robes pleins, par Claudia Beaulieu (sur les choses qui nous restent des personnes qui s’en vont)
  • Je t’attends , par Marie-Michèle Rheault (sur le désir d’enfant, l’attente, l’impatience)

Voilà, bonne lecture!
Et n’hésitez pas à parcourir les riches archives de la revue.

pænser

Je manque de temps pour être triste.

Je me suis entendue dire ça à P. récemment.

Il ne s’était pas passé quelque chose en particulier, pas de drame devant absolument être vécu au moment où il arrive. Pas d’urgence. Simplement l’accumulation de petites tristesses, de petits vides, et la réalisation que je manque de temps pour les vivre.

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écrire

J’écris beaucoup ces jours-ci. Je n’écris pas grand chose ici mais j’empile les paragraphes, extraits d’entrevues après extraits d’entrevues, à partir desquelles je tente de bâtir quelque chose. Les paroles qui me parlent, tressées avec les mots d’auteur.e.s qui m’inspirent (ou à qui j’emprunte un vernis d’autorité intellectuelle!) et mes idées, aussi. J’écris ça. Ce qui devrait éventuellement devenir un mémoire, une fois que tous les morceaux collectionnés seront collés bout à bout, dans un semblant de cohérence.

Et puis j’écris dans ma tête. Des bouts de phrases qui commencent. Des anecdotes que je mets de côté, en me disant que je vais les noter. En faire un billet peut-être. Mais les jours et les mois sont courts. Les heures passent trop vite.

Dans ma tête s’accumulent ces morceaux de mes journées.

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entre-deux

Dans un équilibre précaire

Entre celle qui, après le souper, sort spontanément un album photo. Celle qui en parcours les pages pour montrer à Aimé une photo de ses autres grands-parents, ceux qu’il ne connait pas, ceux dont il n’a pas l’occasion d’apprendre les prénoms.

Entre celle qui lui dit « grand-maman Chris-tine », pour l’entendre dire « maman ‘Tine », comme il dit « maman ‘Nise ». Celle qui a envie de faire du positif, du beau, de transmettre l’amour et l’attention que j’ai reçus.

Et celle qui a envie de gueuler que ça me fait chier.

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encore

J’ai l’impression qu’il faut que je cogne tout doucement à la porte, que je l’entr’ouvre prudemment, que je demande, en chuchotant, la permission d’entrer. Que je m’avance sur la pointe des pieds, que je me pose sans déranger. Que j’écoute le silence de cet espace que je visite peu ces derniers temps.

J’ai l’impression qu’il me faut ré-apprivoiser ce lieu, ré-apprivoiser ce lien de lettres et de mots enchevêtrés qui m’unit à Paul. Dans le quotidien, dans la maison, il y a d’autres liens. Il y a les photos, il y a les souvenirs, il y a les objets. Il y a Aimé qui, assis dans l’escalier m’explique qu’il y a « Pau’ en haut » et « Pau’ en bas aussi » et pointant de son index potelé les deux photos encadrées.

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la musique

Aimé s’est mis à chanter.
Ce n’est pas encore limpide, mais depuis une semaine ou deux, on distingue Au clair de la lune, qu’il a appris à la garderie.

L’entendre chanter, ça évoque des souvenirs de mes parents.

Des souvenirs de ma mère, qui fredonnait beaucoup, qui m’a laissé en héritage plein de bribes de chansons, et quelques autres dont toutes les paroles sont gravées en moi. Lire la suite

explorer

J’essaie ces jours-ci de me concentrer à écrire mon mémoire mais je m’éparpille dans plein de projets. Certains, rêvés il y a longtemps et oubliés, qui s’imposent soudain à moi. D’autres, récents, que j’ai de la difficulté à refuser. Et puis il y a ce projet-ci, espace-lieu d’écriture destiné à Paul, à mes souvenirs de lui, aux manières qu’il a de continuer d’être présent, à la vie qui se poursuit.

L’urgence de chercher, de creuser, et de partager mes réflexion, constante dans les premiers mois du deuil, s’est apaisée. Elle va et vient et revient selon un rythme qui lui appartient. Elle se manifeste parfois dans des contextes étonnants.

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