le temps qui court

Je suis assise dans un café à travailler quand Patrice m’envoie une photo de Malou. Bien appuyée sur ses mains, la tête relevée, les bras potelés au premier plan. J’arrive presque à sentir la douceur de ses joues, de son cou. La voir apparaître sur mon écran me remplit de bonheur et me serre le cœur. Par moments, je me demande pourquoi je suis déjà de retour au travail.

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cinq bougies

La lourdeur dans la poitrine m’habite depuis le début du mois. Je crois que c’est peut-être un peu parce qu’Aimé me semble si grand ces temps-ci. Il a des moments où il veut qu’on s’occupe de lui « comme un bébé » — qu’on l’habille, qu’on l’aide avec des tâches qu’il sait bien faire seul — mais ça met en relief toutes les choses qu’il fait maintenant « comme un grand » sans poser de questions. Il est décidément atterri dans son rôle de grand frère et de grand tout court. Hier, alors que je replaçais la photo de Paul dans un cadre parce qu’elle avait glissé, il me dit « il est trop beau, Paul ». Même dans sa relation avec Paul, il semble trouver une place qui relève plus de l’ainé que du cadet.

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l’hiver

L’hiver s’est installé sans prévenir il y a quelques semaines. La lumière sourde de la neige qui s’accumule vaut certainement mieux que les journées gris foncé des novembres habituels, mais le changement de saison soudain et hâtif m’a troublée.

L’hiver c’est la saison des bébés emmitouflés, des inquiétudes, de la peur. L’hiver, c’est le stress que mon bébé ait trop chaud, qu’elle respire mal, que je ne l’entende pas, que quelque chose arrive. Encore.

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annonce(s) II

** pour celles et ceux qui n’ont pas lu la mise en contexte de la semaine dernière, c’est par ici **

Après la mort de Paul, j’ai cherché, obstinément, à lire des récits de parents endeuillés qui pourraient me rejoindre. J’avais été déçue par ce qui semblait être LE livre destiné aux parents vivant le deuil d’un bébé au Québec. Je cherchais, j’espérais des témoignages de parents endeuillés qui seraient plus près de ce qui m’habitait alors. J’avais besoin de lire des mots sans édulcorant, de la douleur, de l’horreur. J’avais besoin d’aller au-delà des petits anges qui peuplent l’imaginaire du deuil périnatal. J’avais besoin de cru, de déchirant, de laid. J’avais besoin de beau aussi, et je ne trouvais pas.

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(se) souvenir(s)

Dans les semaines et les mois qui ont suivis le décès de Paul, chaque semaine portait le poids d’un anniversaire — il aurait eu six semaines, deux mois, trois mois… Paul est né un samedi soir et il est mort très exactement quatre semaines plus tard. Tous les samedis me semblaient lourds de sens, de souvenirs, d’avenir arraché. Les 1er du mois et les 4 aussi. Trois mois, six mois, neuf mois, un an…

Peu de temps après la cérémonie que nous avons organisée pour célébrer la vie de Paul et lui dire au revoir, je suis partie en voyage — en fuite — tentant d’échapper à tout ce qui me rappelait mon bébé. Les lieux, les objets, tout le temps libre qui aurait dû servir à prendre soin de lui… J’ai tenté de laisser tout ça, voulant croire que la souffrance et l’incompréhension resteraient aussi derrière moi, dans la neige et le froid.

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encore

J’ai l’impression qu’il faut que je cogne tout doucement à la porte, que je l’entr’ouvre prudemment, que je demande, en chuchotant, la permission d’entrer. Que je m’avance sur la pointe des pieds, que je me pose sans déranger. Que j’écoute le silence de cet espace que je visite peu ces derniers temps.

J’ai l’impression qu’il me faut ré-apprivoiser ce lieu, ré-apprivoiser ce lien de lettres et de mots enchevêtrés qui m’unit à Paul. Dans le quotidien, dans la maison, il y a d’autres liens. Il y a les photos, il y a les souvenirs, il y a les objets. Il y a Aimé qui, assis dans l’escalier m’explique qu’il y a « Pau’ en haut » et « Pau’ en bas aussi » et pointant de son index potelé les deux photos encadrées.

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déclencheurs

Je suis parfois étonnée de me sentir si bien, de vivre tant de moments de joie, ou de m’inquiéter de petites choses désagréables qui pèsent si peu face à des événements réellement difficiles — les traces laissées par des bottes, le repas qui a un peu brûlé. L’intensité du deuil des dernières années est encore assez vive dans ma mémoire pour que je sois surprise de réussir à vivre aussi « normalement » aujourd’hui.

Peu de temps après avoir entamé ce blog, je notais à quel point n’importe quel mot, n’importe quel objet, aussi insignifiant soit-il, pouvait être un élément déclencheur de souvenirs douloureux. Je me souviens avoir été souvent prise de court. Arriver à une fête de quartier au tout début de l’été sans m’être préparée à voir autant de bébés, de poussettes et de jeunes enfants. Avoir envie de me sauver, d’éviter d’entrer en contact avec tous ces gens au bonheur apparemment si insouciant.

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