peur et soulagement

Apprendre à être parent pour un bébé qui n’est plus là, c’est douloureux et compliqué et difficile.
Apprendre à être parent d’un bébé, d’un enfant, après avoir perdu un bébé, c’est moins douloureux, mais c’est compliqué aussi. Et difficile, par moments.

C’est difficile de fonctionner quand on dort mal, quand on est constamment sollicitée.
C’est compliqué de concilier le bonheur et la reconnaissance d’avoir un enfant en santé, qui grandit, qui se développe avec les petites frustrations quotidiennes et avec le sentiment de culpabilité de ne pas réussir à profiter de chaque instant pour ce qu’il est, un moment précieux partagé avec mon bébé. Je sais que c’est normal d’avoir des moments de fatigue, voire de découragement ou de frustration, mais ça ne m’empêche pas de trouver difficile de les accueillir.

C’est difficile et compliqué, aussi, de vivre avec la peur intense qu’il arrive quelque chose à Aimé.

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comment t’expliquer?

Je sais que tu dis ça pour bien faire. Je sais que les conversations sur le sommeil des bébés, c’est pratiquement un passage obligé dans les discussions entre parents. Je te fais confiance, je suis certaine que tu t’occupes bien de ton bébé, et je suis heureuse pour vous si vous avez trouvé un truc pour qu’il dorme mieux, plus longtemps, pour qu’elle soit mieux reposée.

Je te remercie de ne pas me faire de commentaire désapprobateur quand je mentionne que notre petit d’un an dort encore avec nous, même si je vois dans tes yeux surpris que tu trouves ça intense. Tu as peut-être raison que plus on attend pour l’habituer à dormir seul, plus ça va être dur.

Peut-être. Peut-être pas.

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ton frère

mon Paul,

Il y a des instants où je pense à toi avec sérénité, d’autres où la tristesse prend le dessus, et la colère parfois. Il y a des rappels inattendus de ta vie dans mon quotidien, et d’autres plus convenus. Normaux, presque.

Comme ton frère qui dort, le corps dans un abandon total, les lèvres entrouvertes. Dans ces moments vos visages se confondent dans mon esprit, bébés emmitouflés en ces mois hivernaux. L’été dernier, ton papa disait à la blague à Aimé qu’il allait être surpris quand le temps froid allait revenir, lui qui ne connaissait le Québec que comme un climat « tropical ».

Toi, tu n’as connu que le froid mordant de janvier. Lire la suite

cohabiter

Dans les semaines qui ont suivi la mort de Paul, j’ai cherché et cherché pour trouver des ressources en ligne qui me ressemblaient, dont les mots résonnaient en moi. Dès les premiers jours du deuils, j’ai su qu’une grande part de ce qui est écrit pour les parents qui vivent la mort de leur bébé ne me rejoignait pas, ou si peu. Les anges, surtout, me dérangeaient. Les anges, omniprésents dans les discours qui entourent le deuil périnatal, ne m’aidaient pas. Je me suis mise à les fuir et à chercher autre chose. J’ai trouvé le magnifique et chaleureux glow in the woods.

J’ai cherché encore, écumé internet pour trouver un lieu équivalent en français. Un lieu de mots et d’images et de partage. C’est beaucoup parce que je ne trouvais pas ce lieu que j’ai décidé de créer, au moins, un espace où je pourrais écrire et réfléchir, raconter la vie de Paul et décrire les paysages bordant le chemin cahoteux du deuil que j’entreprenais alors.

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un cadeau de Paul

Paul m’a appris. Il m’a transformée. Ce n’est pas comme ça que les choses devaient se passer. J’aurais dû le guider, l’accompagner dans ses premiers pas, lui apprendre à faire du vélo. Au lieu de cela, c’est lui qui m’apprend. Son passage dans ma vie a gravé des sillons douloureux au plus profond de moi. Sa mort continue de me faire mal, de mettre à vif mes vulnérabilités. Son absence, senseless, sans sens, remet en questions mes certitudes. Elle exacerbe mes angoisses. Elle me fait douter. De moi. De la vie. De ce qui nous attend. Pourtant, au milieu du chaos et de ces questionnements qui me font perdre pied, je sens aussi autre chose.

J’ai aimé Paul. Dès le début, furieusement. Et à la fin, qui est venue si vite, je l’ai aimé avec impatience. J’ai essayé de tout lui donner d’un coup, de me vider de tout l’amour que je lui réservais, en sachant qu’il ne serait plus là le lendemain pour le recevoir.
Je lui ai dit que je l’aimerais toujours.
jusqu’à la fin de ma vie.

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la rentrée

Je croyais que j’allais accoucher en avance. Ou je me faisais croire ça pour passer à travers les interminables dernières semaines de grossesse.

Je croyais que mon bébé aurait quatre mois au début septembre. Ou je me faisais croire ça pour me sentir mieux par rapport à mon choix de le laisser avec son papa pendant que je reprendrais des études à temps plein.

Je crois que je n’ai pas vraiment la personnalité pour être une maman à la maison. J’aime trop voir des adultes, discuter, réfléchir, organiser. Je trouve difficile de faire la même chose jour après jour, de suivre une routine bien établie. Je continue de croire ça comme une vérité générale. Mais ce n’est pas la vérité qui m’habite en ce moment. En ce moment, j’ai de la misère à m’endormir le soir parce que j’angoisse à l’idée de passer trois ou quatre heures d’affilée loin d’Aimé. En ce moment, je trouve que c’est tout petit, trois mois et demi, pour être loin de sa maman, même pour quelques heures.

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