je ne t’oublie pas

mon tout petit Paul,

Pendant tes derniers moments, dans cette salle d’hôpital — on ne peut vraiment pas parler d’une chambre — je t’ai fait tellement de promesses. Je t’ai juré de ne jamais t’oublier, et de t’aimer jusqu’à la fin de ma vie. Chaque jour, je tiens et je trahis ces promesses simultanément.

Quand je t’ai dit tout ça, au creux de l’oreille même si je savais que tu ne m’entendais déjà plus, j’avais un doute sérieux sur ma capacité à survivre sans toi. Je croyais que je passerais le restant de mes jours plongée dans le désespoir qui m’habitait alors. Dans ce désespoir, il n’y avait que toi. Mon amour pour toi y occupait tout l’espace. La douleur de te perdre débordait de moi par mes larmes, par mon lait, par mon sang. Ce manque physique de ton absence a duré, mais pas aussi longtemps que j’aurais cru. À mesure que mon corps s’est préparé à accueillir un autre être, qui est devenu ton petit frère, les plaies béantes de ton absence ont commencé à cicatriser.

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un cadeau de Paul

Paul m’a appris. Il m’a transformée. Ce n’est pas comme ça que les choses devaient se passer. J’aurais dû le guider, l’accompagner dans ses premiers pas, lui apprendre à faire du vélo. Au lieu de cela, c’est lui qui m’apprend. Son passage dans ma vie a gravé des sillons douloureux au plus profond de moi. Sa mort continue de me faire mal, de mettre à vif mes vulnérabilités. Son absence, senseless, sans sens, remet en questions mes certitudes. Elle exacerbe mes angoisses. Elle me fait douter. De moi. De la vie. De ce qui nous attend. Pourtant, au milieu du chaos et de ces questionnements qui me font perdre pied, je sens aussi autre chose.

J’ai aimé Paul. Dès le début, furieusement. Et à la fin, qui est venue si vite, je l’ai aimé avec impatience. J’ai essayé de tout lui donner d’un coup, de me vider de tout l’amour que je lui réservais, en sachant qu’il ne serait plus là le lendemain pour le recevoir.
Je lui ai dit que je l’aimerais toujours.
jusqu’à la fin de ma vie.

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papa

La semaine a été longue. Enflée d’émotions.
Une semaine en terrain inconnu.
Une semaine à découvrir la vie avec un bébé de plus de 28 jours.
Une semaine marquée aussi par un anniversaire lourd. Hier ça a fait dix ans que mon père est décédé.

La semaine a été longue.

La nuit a été un peu trop courte. Surtout que ce matin, P. ayant un contrat à terminer pour aujourd’hui, je n’ai pas pu bénéficier de notre arrangement de sommeil habituel et me rendormir dans une chambre silencieuse pour une heure ou deux au petit matin, quand Aimé décide que sa journée commence. Mon déficit de sommeil devrait m’inciter à faire la sieste et à repousser encore un peu le moment d’écrire. Mais je commence à deviner que je devrai éventuellement faire des compromis sur le sommeil si je veux continuer à prendre soin de mes émotions qui continuent, elles, à se bousculer, à me bousculer, sans égard au temps que j’ai pour y faire face.

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regrets/amour/espérance

Hier, j’ai pris la voiture pour aller travailler et faire quelques courses, et je suis tombée sur une émission que j’aime bien à la radio, Plus on est de fous, plus on lit. Marie-Louise Arsenault entamait une entrevue avec Luc Ferry, un philosophe et ancien ministre de l’Éducation français (pendant les années Chirac). A priori, pas un invité qui m’inspirait outre mesure.

Il commence à parler d’Homère et de la sagesse. Puis ses mots m’accrochent :

Le sage est celui qui comprend qu’il y a deux pièges dans l’existence. Le passé et le futur.

Constamment, on est dans la nostalgie et les souvenirs, et quand on s’en arrache, on est dans l’espérance que ça ira mieux après, quand on aura changé de ceci, de cela.

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