lourd.e

mon corps arrondi
de plus en plus
de jour en jour
de semaine en semaine
enflant de vie
mon corps porteur d’espoir
de bonheur à venir

mon corps alourdi
par  les kilos
par toute cette haine
intérieure
me tirant vers le sol
me clouant sous le sol
indéconstructible

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émotive 

Une semaine tout juste depuis son arrivée. Je baisse les yeux sur Aimé et les petits plis de son cou, sa peau de nouveau-né qui pèle un peu, ses petites mains curieuses font enfler en moi un sentiment de tendresse sans fond, mêlé d’un intense désir de protection. Dix fois, cent fois par jour et par nuit, je m’assure qu’il respire. Je pose la main sur sa cage thoracique pour en sentir les mouvements, je lui caresse la joue pour qu’il réagisse doucement, je guette les sons légers qu’il émet pendant le sommeil. Un instant, alors, je me sens rassurée. Mais par moments, je suis emportée par le savoir intime que je ne peux pas tout contrôler, ni le protéger des aléas de la vie. Par moments les larmes m’envahissent, mélange de peur et d’amour pour ce tout petit être dont nous avons la charge, de tristesse et de frustration de n’avoir rien pu faire pour protéger son grand frère de la mort.

Je suis émotive.

Ça va de soi, j’imagine.

Pourtant, depuis cinq jours, je rejoue dans ma tête les interactions que j’ai eues avec cette infirmière dont le ton donnait à ce qualificatif toutes les caractéristiques d’un diagnostic inquiétant, voire d’une insulte.

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dans mon congélateur

Dans le congélateur, un petit sac de lait congelé que j’avais oublié.
Il devait être caché derrière un sac de petits pois quand j’ai rangé tous les autres contenants de lait maternel dans une glacière qu’un ami de P. a apporté à Montréal pour une maman qui en avait besoin. Depuis, j’oublie le petit sac, puis je le redécouvre. Parfois c’est un moment sans émotion, je le laisse de côté pour pouvoir trouver ce que je cherche.

Parfois la vue du petit sac me rappelle la détresse qui teinte ce lait que je ne veux pas jeter. La détresse de me réveiller au milieu de la nuit pour exprimer du lait et n’entendre que le silence, ne sentir que l’absence immense. Lire la suite

les nuits

Je sens le museau mouillé de Lula me pousser doucement sur la main. Je me réveille à moitié. Je lui dis de retourner dans son panier. Il pleut fort. Je n’entends pas d’orage mais apparemment, Lula capte des bruits de tonnerre au loin, qui me sont imperceptibles. Elle s’agite, se couche, se relève. Tourne et se retourne. Le cliquetis de ses griffes sur le plancher m’empêche de me rendormir. Je me lève pour aller chercher le vieux peignoir dont on se sert pour l’essuyer quand elle est mouillée. J’en recouvre Lula, lui fabricant une petite tanière. Elle s’apaise enfin.

Je retourne me coucher le cœur chaviré. Le temps d’un instant, j’ai senti la satisfaction d’avoir répondu à un besoin pressant, d’avoir accompli un devoir, d’avoir pris soin. Puis, dans ce demi sommeil, je réalise à quel point j’aurais voulu avoir à me réveiller pour mon bébé. Les nuits lourdes et ininterrompues ne sont plus gage de repos mais de désolation. Lire la suite