tout près

Une image qui me parle, qui ressemble à ma réalité…
par Mari Andrew

encore

J’ai l’impression qu’il faut que je cogne tout doucement à la porte, que je l’entr’ouvre prudemment, que je demande, en chuchotant, la permission d’entrer. Que je m’avance sur la pointe des pieds, que je me pose sans déranger. Que j’écoute le silence de cet espace que je visite peu ces derniers temps.

J’ai l’impression qu’il me faut ré-apprivoiser ce lieu, ré-apprivoiser ce lien de lettres et de mots enchevêtrés qui m’unit à Paul. Dans le quotidien, dans la maison, il y a d’autres liens. Il y a les photos, il y a les souvenirs, il y a les objets. Il y a Aimé qui, assis dans l’escalier m’explique qu’il y a « Pau’ en haut » et « Pau’ en bas aussi » et pointant de son index potelé les deux photos encadrées.

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amour caché

Je n’arrive pas à identifier exactement ce qui fait la différence. Ce qui fait qu’un vendredi matin, mal réveillée, cinq minutes après avoir fait embarquer dans la voiture quelqu’un que je n’avais jamais rencontré, je lui ai dit.

Je lui ai dit, un peu maladroitement, que j’avais deux enfants, mais que l’un était décédé. Le malaise a été palpable mais bref. Rapidement, notre attention s’est tournée vers l’entrée d’autoroute à ne pas rater, ouvrant la porte à un changement de sujet.

La situation n’a pas été particulièrement agréable ou confortable, ni pour lui (j’imagine), ni pour moi. Pourtant, au fond de moi, j’étais heureuse de ne pas m’être dérobée.

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de moi, de nous

img_2579mon petit Paul,
mon amour,
mon bébé d’hiver,

Il y a trois ans aujourd’hui, nous vivions le désespoir de voir ta vie s’éteindre si peu de temps après avoir commencé.

Nous, c’est ton père et moi.
Nous, c’est nos familles, nos ami.e.s.
Nous, c’est ceux et celles qui ne savaient pas le drame qui se déroulait en ce premier février 2014 mais qui allaient contribuer à te faire vivre dans leur mémoire pour des semaines et des mois.

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si peu

– Je lui ai remonté son cache-cou pour pas qu’il ait froid.

C’est la deuxième fois qu’elle vient ajuster le cache-cou d’Aimé, installé en porte-bébé dans mon dos. La première fois, sans enthousiasme, je me suis contentée de lui dire qu’il aurait tôt fait de le redescendre. Je ne l’ai pas remerciée, au risque de passer pour une ingrate. Je ne la connais pas, je ne comprends pas vraiment pourquoi elle insiste pour se mêler des vêtements d’Aimé. Je n’ai pas réussi à lui dire d’arrêter non plus. Par peur de passer pour une ingrate, peut-être.

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il y a trois ans

paul2014

Je prends la mesure du temps qui passe.
Là, tout de suite, en ouvrant mon compte facebook, le site me propose de partager un « souvenir » généré automatiquement. Je sais qu’il y a deux ans, j’aurais trouvé ce rappel cruel. Je sais que l’année dernière, je n’aurais pas osé le partager.

Cette année, je me permet de le faire.
J’hésite encore un peu.
Mais si peu.

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une carte postale

mon Paul,
je t’écris dans le noir du petit matin hivernal, assise dans le salon de ton arrière-grand-mère — une de tes arrière-grand-mères. Depuis notre arrivée en France, nos nuits sont agitées. Ton petit frère peine à s’ajuster aux six heures de décalage horaire qui nous séparent de notre horaire habituel. Il se tourne et se retourne et se réveille et nous réveille. On se lève tard. Les journées sont courtes, trop courtes. Elles passent à toute vitesse.

On vient de descendre de l’avion, il me semble, et pourtant la fin du voyage semble déjà se profiler, dans un après-demain hâtif.

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