quinze ans

J’ai cette chanson dans la tête depuis plusieurs jours. Une chanson que mon père nous chantait quand j’étais petite.

Aujourd’hui, il y a quinze ans que mon père, Jacques, est décédé. Ça m’étourdit un peu. J’aurais tellement aimé qu’il soit là pour m’accompagner dans mon rôle de parent. Bien des choses me manquent de la relation que j’ai eue avec lui mais ce qui me fait le plus de peine, c’est qu’il ne soit pas là pour voir grandir mes enfants et me guider dans le rôle si complexe d’élever des enfants. Les élever, pas au sens de les rendre « bien élevé.es », mais plutôt au sens de les faire grandir, d’aider leur esprit à prendre son envol.

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aujourd’hui

Ces derniers jours, les sentiments qui m’habitent par rapport à la maternité sont compliqués. Je me sens épuisée par la demande constante d’avoir deux enfants à la maison en tout temps en essayant en parallèle de continuer à travailler.

J’ai de la chance: je faisais déjà la majeure partie de mon travail à distance. Les chercheuses qui m’embauchent sont compréhensives et ne me mettent pas de pression même quand je n’arrive pas à accomplir les tâches prévues. J’ai de la chance: nous avons une maison spacieuse et une cour où les enfants peuvent jouer. Je me répète constamment que j’ai de la chance et pourtant, ça ne m’aide pas à me sentir mieux, à me sentir à ma place. Au contraire, je juge mes émotions négatives en me disant qu’objectivement, je ne devrais pas trouver ça aussi difficile.

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vivre la mort en confinement

En ces jours de pandémie et de confinement, les conversations téléphoniques et les rencontres impromptues au coin de la rue impliquent systématiquement des « comment ça va? » plein de sous-entendus. Nous vivons des moments étonnants, nous parcourons collectivement des territoires inexplorés. Nous nous reconnaissons dans les difficultés quotidiennes partagées : l’isolement et la solitude, l’incrédulité, l’envahissement de notre espace physique et mental, la difficulté à se concentrer alors qu’on nous demande de télé-travailler comme si nous n’avions pas d’enfant et d’animer notre progéniture comme si nous n’avions pas quatre réunions sur Zoom à l’agenda et un rapport à rédiger. Et les repas, et la vaisselle qui n’en finit pas. Petits problèmes du confinement de classe moyenne.

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c’est long

Aimé aime les nombres et il aime comprendre le monde qui l’entoure. Il nous pose énormément de questions pour arriver à se situer dans le temps et dans l’espace. Souvent, ça ressemble à « demain est-ce qu’on va au CPE? » ou « est-ce que ça existe mille fois un million? »

Ce matin au réveil, il s’est tourné vers Patrice pour lui demander :

– Une page de calendrier, c’est un mois?
– Oui, c’est ça.
– Vous avez eu un mois avec Paul. C’est long.
– Ben… pas très long, a répondu Patrice.
– C’est long et court en même temps, j’ai ajouté.

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bilan et intentions

À la fin du mois de décembre, j’essaie toujours de prendre un moment pour faire un retour sur l’année qui s’achève. Parfois, c’est très bref, souvent je me concentre sur ce que je veux changer et je note uniquement les objectifs pour l’année à venir. Cette année, j’ai pris mon temps et j’ai cherché des questions pour guider ma réflexion parce que je sens que je suis à un moment de réajustement de mes priorités et objectifs. J’ai trouvé des questions sur différents sites internet et je les ai modifiées un peu ou beaucoup pour mieux convenir à mes besoins.

Au cours des dix dernières années, ma vie a bifurqué à plusieurs reprises (dans un ordre inexact: fin de mon bac, déménagement de New Orleans à Québec, entrée sur le marché du travail, rencontre avec Patrice, naissance et décès de Paul, deux autres déménagements, naissance d’Aimé et Malou, une maitrise, des voyages, beaucoup de nouvelles personnes dans ma vie, pas mal de manifestations et d’implications, un nouvel emploi…) et j’arrive à un point où les choses semblent se stabiliser d’elles-mêmes — ou peut-être que je commence simplement à mieux comprendre ce que je souhaite pour le futur. Toujours est-il que j’ai ressenti le besoin de faire le point.

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du temps et des liens

Je manque de temps. C’est tellement pas original. Ni pour moi, ni pour ma génération.

débordée

Et pourtant, c’est le sentiment qui domine en moi cet automne. Je me sens débordée et essoufflée. J’aurais envie de passer plus de temps avec Aimé et Malou tout en faisant des semaines de travail à peu près complète. Je voudrais aussi du temps pour moi : pour écrire, pour lire, pour faire du sport, pour aller marcher dehors, pour accrocher les cadres qui sont encore dans des boites depuis notre déménagement début juillet. Et je voudrais du temps pour Paul. Des vrais moments pour lui.

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c’est débile!

« J’ai fait l’ado attardée.  »
« Il est tellement mongol.  »
« C’est vraiment handicapé.  »
« Wow, c’est débile!  »

D’une oreille, je continue d’écouter ce que la personne en face de moi me raconte. En même temps, je calcule ma réaction. Je laisse passer comme si je n’avais rien entendu? Je passe un commentaire? Comment j’aborde la question? Est-ce que la personne a remarqué son choix de mot? Je dis quoi?

Je suis entourée de gens qui ont à cœur l’inclusion de toutes et tous dans la société et pourtant, j’entends ce genre de commentaire très régulièrement. Dans les derniers mois, à plusieurs reprises, je me suis retrouvée à me demander comment réagir face à ces termes semés sans arrière-pensée au fil des conversations.

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la rentrée

Promenade de soirée dans notre nouveau quartier. Malou est dans le porte-bébé, les paupières lourdes. On longe la vitrine d’un magasin qui s’annonce comme la « Zone de la rentrée ». Je sais qu’elle arrive, cette rentrée. Au mois de mai, déjà, Aimé nous a fait des compte-rendus enthousiastes des journées de préparation à la maternelle auxquelles ont assisté son cousin et un autre copain de son groupe de garderie. Il a déjà hâte que ce soit son tour. L’année prochaine. Quand il aura cinq ans.

Ce sera notre tour aussi. On achètera des crayons, on collera des étiquettes, on accompagnera notre petit pour sa première journée avec son sac à dos trop plein et sa boite à lunch. On prendra trop de photos pour documenter la journée. On vivra, j’imagine, les émotions qui accompagnent les grandes étapes qui commencent.

Cette année, nous ne préparons rien de particulier. Pas de crayons, ni d’étiquettes. Pas de lunchs ni de sac à dos. La rentrée approche mais Paul ne découvrira pas sa classe de maternelle après qu’on l’ait serré dans nos bras un peu trop fort.

Vas-y mon amour, va rejoindre tes ami.e.s!
Attends! Regarde moi! Une dernière photo!

Il n’y aura pas de photo de lui. Pas de souvenir de cette première rentrée.
Qu’un enfant en moins dans une classe du quartier. Qu’un moment imaginé.

Quelques coins de rue plus loin, Malou s’endort. Je rentre à la maison, perdue dans mes rêveries.

 

2014-09-19_corazon

écrire et courir

Je n’ai jamais passé autant de temps sans publier ici depuis la création de ce blogue. J’ai un onglet d’ouvert avec un article de commencé depuis plus d’un mois, mais force est de constater que je manque de temps pour écrire ici. Ce qui ne veut pas dire que je n’écris plus!

Au contraire, j’ai pas mal de pain sur la planche avec un projet d’écriture qui part de cet espace que je me suis créé il y a cinq ans. Quelque chose comme un retour dans les textes que j’ai écrits depuis de décès de Paul, des nouveaux textes sur ce qui s’est passé alors et ce que je vis maintenant… La forme que prendra éventuellement ce projet n’est pas encore claire, mais j’ai l’opportunité d’être accompagnée dans ce travail par une mentore dans le cadre d’un programme de soutien à la création littéraire (!)

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