25 jours

Aujourd’hui, Malou a 25 jours. Très exactement 25 jours depuis quelques minutes.

Le jour où Paul a eu 25 jours, le quotidien s’est arrêté pour faire place à l’impossible. Mon cœur s’est retourné en moi, mon estomac s’est emmêlé, tout a arrêté de fonctionner. Nous ne le savions pas encore, au soir du vingt-cinquième jour, mais il nous restait si peu de temps avec Paul. Et plus aucun moment normal. Que du compliqué, de l’inquiet, du douloureux.

Lire la suite

Publicités

des nouvelles de bébé d’été

Je voulais écrire pour mettre de l’ordre dans mes pensées et mes sentiments contradictoires mais je manque de temps libre et de concentration alors je me contenterai d’un billet plus factuel pour l’instant et je décortiquerai mes émotions plus tard. [Avertissement par rapport au contenu pour les parents qui vivent un deuil : je parle de la naissance de mon bébé et d’hospitalisation.]

Pour plusieurs raisons, en tenant compte de mon historique d’accouchements, nous avions convenu, avec l’équipe de sages-femmes qui suivait ma grossesse, que j’aurais une césarienne planifiée. Je devais donc accoucher le 26 juillet. Il y a quelque chose de particulier à connaître d’avance la date de naissance d’un bébé. Je m’en étonnais tout en voyant les côtés positifs de ce rendez-vous fixé d’avance. C’était facilitant pour s’assurer qu’Aimé se fasse garder et qu’il sache à quoi s’attendre. C’était aussi une information précieuse pour m’aider à me préparer à une césarienne qui m’angoissait énormément.

Lire la suite

un vendredi

Les derniers jours ont passé vite. Aimé est retourné à la garderie après deux semaines de congé. Patrice au travail, j’ai passé la semaine à tenter préparer l’arrivée de bébé d’été (ou « bébé Rue », son surnom officiel).

Je suis en congé et ça me fait du bien, mais j’ai l’impression d’avoir manqué de temps pour vraiment me préparer. Du côté matériel et logistique, les cinq derniers jours ont permis de cocher les items les plus important de la liste. Bébé Rue a maintenant un lit, un siège d’auto, des vêtements à peu près triés, des couches et même des petites lingettes lavables faites maison. Il ne nous manque rien de trop important, on a hâte de l’accueillir parmi nous.

Lire la suite

de si petits mots

Un coin de rue. Une connaissance. Je fais un signe de la main sans vraiment ralentir.
Elle pointe mon ventre : « Oh, tu en attends un deuxième? »

Ça me rentre dedans. Comme toujours quand l’existence de Paul est réduite à néant par un commentaire inconscient. Je n’ai pas le courage de rectifier les faits. J’offre un vague grognement comme réponse en tentant de me convaincre que cette personne n’a tout simplement pas eu connaissance de la naissance et de la mort de Paul.

Lire la suite

trop de fatigue

Je suis fatiguée.

Je me couche suffisamment tôt pour me réveiller de bonne heure le matin, mais une heure plus tard, je me recoucherais. Quand je travaille de la maison et que je décide de fermer les yeux quelques minutes, il n’est pas rare que ce moment de repos se transforme en une sieste impromptue de plus d’une heure.

Tout m’épuise. M’essouffle.
Les tâches les plus banales, qu’elles soient ménagères ou professionnelles.
Envoyer des courriels. Faire des appels.
Répondre au téléphone.
M’occuper d’Aimé.
Être enceinte.
Avoir des émotions (souvent incompréhensibles pour moi comme pour les autres).

Écrire me ferait du bien, m’aiderait à ordonner un peu le chaos mental qui m’habite et qui s’agite au ralenti. Mais je manque d’énergie pour mettre mes idées sur papier ou à l’écran. Ma mémoire me fait défaut: par moment, un texte prend forme dans mon esprit mais au moment de m’assoir pour écrire, il ne reste que des lambeaux d’idées.

La semaine dernière, ne pouvant plus ignorer cette fatigue handicapante, j’ai rencontré les chercheuses pour qui je travaille pour diminuer le nombre d’heures à faire dans les deux contrats qui m’occupent ce printemps. Elles ont été compréhensives et bienveillantes, je suis sortie des deux rencontres avec une charge de travail plus raisonnable pour les prochaines semaines. Je pense pouvoir arriver au début de mon congé à peu près sereinement. Je me sens un peu moins débordée. Surtout, je me sens moins coupable de ne pas réussir à accomplir les tâches prévues initialement.

Je suis moins débordée mais la fatigue reste.
Tout me gruge.

J’ai l’impression qu’à ce moment-ci de ma vie, comme parent, je devrais être en mesure de prendre soin de ma famille et de moi-même — que je devrais trouver de l’énergie dans ces accomplissements. Que ça devrait suffire à me nourrir.

Cette attente que j’ai envers moi-même est peut-être irréaliste. Elle est certainement loin de ce que je vis en ce moment. Ces derniers temps, j’aurais plutôt besoin qu’on prenne soin de moi, qu’on me prenne en charge, qu’on m’accompagne. Ça fait un très long moment que je n’avais pas senti aussi amèrement l’absence de mes parents, de ma mère. À vrai dire, je ne sais pas si je me suis déjà sentie comme ça, point.

Je suis retombée cette semaine sur des images que j’avais déjà partagées ici. Des femmes en train d’accoucher ou venant d’accueillir un bébé en compagnie de leur propre mère. Ça m’a remis en pleine face ce besoin que j’arrive difficilement à (m’)avouer, ce besoin d’être enveloppée, d’être portée, de panser cette solitude qui m’habite parfois, même si je suis si bien entourée.

une épreuve

Ces jours-ci, ma vie me semble être une longue suite de rendez-vous en lien avec ma grossesse. Un peu plus de rendez-vous de suivis pour bébé-d’été qu’aux grossesses précédentes, mais surtout, plus de rendez-vous pour m’aider à passer à travers les nombreux inconforts que mon corps me fait vivre depuis quelques mois.

Lundi, un rendez-vous avec ma sage-femme. Alors que j’y allais pour un suivi de routine, je me retrouve sans l’avoir prévu à partager mes craintes face à la césarienne que je vivrai très probablement à la fin juillet. À travers les larmes, c’est beaucoup la blessure pas vraiment guérie de mes autres césariennes qui refait surface.

Lire la suite

annonce(s) II

** pour celles et ceux qui n’ont pas lu la mise en contexte de la semaine dernière, c’est par ici **

Après la mort de Paul, j’ai cherché, obstinément, à lire des récits de parents endeuillés qui pourraient me rejoindre. J’avais été déçue par ce qui semblait être LE livre destiné aux parents vivant le deuil d’un bébé au Québec. Je cherchais, j’espérais des témoignages de parents endeuillés qui seraient plus près de ce qui m’habitait alors. J’avais besoin de lire des mots sans édulcorant, de la douleur, de l’horreur. J’avais besoin d’aller au-delà des petits anges qui peuplent l’imaginaire du deuil périnatal. J’avais besoin de cru, de déchirant, de laid. J’avais besoin de beau aussi, et je ne trouvais pas.

Lire la suite