tu es là

tu es là
dans l’affection, profonde, sincère, inexplicable
que j’ai
pour les autres bébés qui ne sont plus
pour leurs parents

tu es là
dans la conversation à peine audible
déclenchée par ta main tatouée sur mon bras
à travers mon extinction de voix, j’essaie de dire
ta vie
ta mort
toi

tu es là
bondissant
au détour du sentier, dans la neige qui s’accroche
comme dans le petit cahier rédigé pour te dire aurevoir

tu es toujours là, mon amour
près de moi
en moi

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de moi, de nous

img_2579mon petit Paul,
mon amour,
mon bébé d’hiver,

Il y a trois ans aujourd’hui, nous vivions le désespoir de voir ta vie s’éteindre si peu de temps après avoir commencé.

Nous, c’est ton père et moi.
Nous, c’est nos familles, nos ami.e.s.
Nous, c’est ceux et celles qui ne savaient pas le drame qui se déroulait en ce premier février 2014 mais qui allaient contribuer à te faire vivre dans leur mémoire pour des semaines et des mois.

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une carte postale

mon Paul,
je t’écris dans le noir du petit matin hivernal, assise dans le salon de ton arrière-grand-mère — une de tes arrière-grand-mères. Depuis notre arrivée en France, nos nuits sont agitées. Ton petit frère peine à s’ajuster aux six heures de décalage horaire qui nous séparent de notre horaire habituel. Il se tourne et se retourne et se réveille et nous réveille. On se lève tard. Les journées sont courtes, trop courtes. Elles passent à toute vitesse.

On vient de descendre de l’avion, il me semble, et pourtant la fin du voyage semble déjà se profiler, dans un après-demain hâtif.

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il y aurait tant à dire 

Mon Paul,

Il y aurait tant à dire, tant à écrire. Le temps me manque, les attentes du quotidien et les événements imprévus m’emportent dans dans une vague qui se renouvelle constamment. Les brouillons de textes qui te sont destinés, ou qui explorent ce que c’est de vivre sans toi, de vivre en deuil, continuent de s’accumuler. Toutes les semaines, j’ai l’impression que mon agenda est sur le point de se dégager, que je vais réussir à me poser un moment, à déposer mes idées sur la feuille ou l’écran devant moi. Mais les semaines passent et je me sens souvent débordée.

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les photos

Un soir, je décide de consacrer quelques minutes à un projet d’album photo qui traine depuis plusieurs mois. Je sélectionne des photos à faire imprimer. Des photos de toi.

Les larmes jaillissent, imprévisibles.

Regarder ces images me replonge dans les courtes semaines que nous avons partagées. Je sais que si je nous compare aux nombreux parents endeuillés qui n’ont que quelques photos de leur bébé, et parfois aucune photo de leur bébé vivant, nous avons de la chance. Je sais que nous avons eu de la chance mais je ne peux pas m’en tenir à ça. Je ne peux pas voir que l’aspect positif de ces photos pleines de bonheur que nous avons eu le temps de prendre pendant 25 jours.

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partager

mon amour,

Est-ce que je t’ai déjà raconté que ton frère est un peu compliqué à endormir? Ce n’est pas un de ces bébés dont j’entends parler, que l’on pose pour qu’il s’endorme tout seul. Pour arriver à le coucher, il faut souvent le bercer, le promener en poussette ou en porte-bébé, ou l’allaiter. Ou un mélange de tout ça. Parfois, je rajoute à ce mode d’emploi inexact des bruits de pluie qui tombe, ou alors je lui parle doucement, pour l’encourager à céder enfin au sommeil. Ce soir, après lui avoir chuchoté de se relaxer, de laisser ses paupières fermées, de détendre ses muscles, de dormir jusqu’à demain, j’ai essayé autre chose.

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