de si petits mots

Un coin de rue. Une connaissance. Je fais un signe de la main sans vraiment ralentir.
Elle pointe mon ventre : « Oh, tu en attends un deuxième? »

Ça me rentre dedans. Comme toujours quand l’existence de Paul est réduite à néant par un commentaire inconscient. Je n’ai pas le courage de rectifier les faits. J’offre un vague grognement comme réponse en tentant de me convaincre que cette personne n’a tout simplement pas eu connaissance de la naissance et de la mort de Paul.

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trop de fatigue

Je suis fatiguée.

Je me couche suffisamment tôt pour me réveiller de bonne heure le matin, mais une heure plus tard, je me recoucherais. Quand je travaille de la maison et que je décide de fermer les yeux quelques minutes, il n’est pas rare que ce moment de repos se transforme en une sieste impromptue de plus d’une heure.

Tout m’épuise. M’essouffle.
Les tâches les plus banales, qu’elles soient ménagères ou professionnelles.
Envoyer des courriels. Faire des appels.
Répondre au téléphone.
M’occuper d’Aimé.
Être enceinte.
Avoir des émotions (souvent incompréhensibles pour moi comme pour les autres).

Écrire me ferait du bien, m’aiderait à ordonner un peu le chaos mental qui m’habite et qui s’agite au ralenti. Mais je manque d’énergie pour mettre mes idées sur papier ou à l’écran. Ma mémoire me fait défaut: par moment, un texte prend forme dans mon esprit mais au moment de m’assoir pour écrire, il ne reste que des lambeaux d’idées.

La semaine dernière, ne pouvant plus ignorer cette fatigue handicapante, j’ai rencontré les chercheuses pour qui je travaille pour diminuer le nombre d’heures à faire dans les deux contrats qui m’occupent ce printemps. Elles ont été compréhensives et bienveillantes, je suis sortie des deux rencontres avec une charge de travail plus raisonnable pour les prochaines semaines. Je pense pouvoir arriver au début de mon congé à peu près sereinement. Je me sens un peu moins débordée. Surtout, je me sens moins coupable de ne pas réussir à accomplir les tâches prévues initialement.

Je suis moins débordée mais la fatigue reste.
Tout me gruge.

J’ai l’impression qu’à ce moment-ci de ma vie, comme parent, je devrais être en mesure de prendre soin de ma famille et de moi-même — que je devrais trouver de l’énergie dans ces accomplissements. Que ça devrait suffire à me nourrir.

Cette attente que j’ai envers moi-même est peut-être irréaliste. Elle est certainement loin de ce que je vis en ce moment. Ces derniers temps, j’aurais plutôt besoin qu’on prenne soin de moi, qu’on me prenne en charge, qu’on m’accompagne. Ça fait un très long moment que je n’avais pas senti aussi amèrement l’absence de mes parents, de ma mère. À vrai dire, je ne sais pas si je me suis déjà sentie comme ça, point.

Je suis retombée cette semaine sur des images que j’avais déjà partagées ici. Des femmes en train d’accoucher ou venant d’accueillir un bébé en compagnie de leur propre mère. Ça m’a remis en pleine face ce besoin que j’arrive difficilement à (m’)avouer, ce besoin d’être enveloppée, d’être portée, de panser cette solitude qui m’habite parfois, même si je suis si bien entourée.

une épreuve

Ces jours-ci, ma vie me semble être une longue suite de rendez-vous en lien avec ma grossesse. Un peu plus de rendez-vous de suivis pour bébé-d’été qu’aux grossesses précédentes, mais surtout, plus de rendez-vous pour m’aider à passer à travers les nombreux inconforts que mon corps me fait vivre depuis quelques mois.

Lundi, un rendez-vous avec ma sage-femme. Alors que j’y allais pour un suivi de routine, je me retrouve sans l’avoir prévu à partager mes craintes face à la césarienne que je vivrai très probablement à la fin juillet. À travers les larmes, c’est beaucoup la blessure pas vraiment guérie de mes autres césariennes qui refait surface.

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annonce(s) II

** pour celles et ceux qui n’ont pas lu la mise en contexte de la semaine dernière, c’est par ici **

Après la mort de Paul, j’ai cherché, obstinément, à lire des récits de parents endeuillés qui pourraient me rejoindre. J’avais été déçue par ce qui semblait être LE livre destiné aux parents vivant le deuil d’un bébé au Québec. Je cherchais, j’espérais des témoignages de parents endeuillés qui seraient plus près de ce qui m’habitait alors. J’avais besoin de lire des mots sans édulcorant, de la douleur, de l’horreur. J’avais besoin d’aller au-delà des petits anges qui peuplent l’imaginaire du deuil périnatal. J’avais besoin de cru, de déchirant, de laid. J’avais besoin de beau aussi, et je ne trouvais pas.

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Je ne me souviens plus comment j’ai annoncé que j’étais de nouveau enceinte, moins d’un an après la naissance de Paul. Je pourrais retourner lire dans les archives de mes courriels, de Facebook, de WordPress — tout y est consigné — mais je n’en ressens pas le besoin. Je ne me rappelle pas non plus comment nous avons annoncé publiquement que j’étais enceinte de Paul (qui n’était pas encore Paul à ce moment).

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son frère

** Je publie ce texte non sans avoir hésité et réfléchi à ce que ça implique de partager des bouts de la vie d’Aimé. Il est petit encore pour m’aider à prendre la décision de partager ou non ses pensées, mais je ne prends pas son droit à la vie privée moins au sérieux pour autant. Je publie en sachant que je fais peut-être une erreur que je devrai éventuellement corriger.

L’été dernier, quand Aimé avait deux ans et des poussières, je me demandais si nous devions nous inquiéter du développement de son langage. Patrice avait confiance que tout était normal, j’essayais de me convaincre que chaque enfant développe ses différentes aptitudes à son propre rythme. Je ne m’étais pas inquiétée quand Aimé avait fait différents apprentissages un peu plus tôt que prévu, je tentais donc de relativiser. Pourtant, j’avais de la difficulté à ne pas comparer Aimé à d’autres enfants, j’avais de la difficulté à ne pas m’inquiéter.

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état critique

Il y a tout juste quatre ans — il y a déjà, incroyablement, quatre ans — je sortais me promener avec mon bébé dans le froid de janvier. C’était l’une des premières journées de travail de P., après ces semaines passées au chaud avec notre bébé. Il y a quatre ans, à l’entrée d’une pharmacie, Paul se mettait à pleurer et moi, par peur de déranger ou peut-être pour me prouver que je saurais conjuguer la maternité à tous mes autres projets, je prenais une décision que je regretterai toujours. Au lieu de trouver une chaise et de m’arrêter pour allaiter, j’ai replacé Paul dans le porte-bébé et je l’ai allaité debout, près du comptoir postal.

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