pænser

Je manque de temps pour être triste.

Je me suis entendue dire ça à P. récemment.

Il ne s’était pas passé quelque chose en particulier, pas de drame devant absolument être vécu au moment où il arrive. Pas d’urgence. Simplement l’accumulation de petites tristesses, de petits vides, et la réalisation que je manque de temps pour les vivre.

Au hasard d’une lecture, des dates en 2014 qui me replongent dans les mois de désespoir. Les enfants de trois ans, trois ans et demi. Ceux et celles qui vivent, qui grandissent, qui pointent du doigt l’absence de Paul, le vide.

Mes réflexions autour de la possibilité d’avoir un autre enfant, moi qui avais toujours imaginé que j’en aurais deux. J’en ai eu deux. J’en ai deux, mais au quotidien, Aimé est seul. Il ne peut pas jouer avec son frère, lui faire des bisous, se chamailler avec lui. Dans ma vie, il y a deux enfants, mais dans la sienne?

Penser à l’avenir de notre petite famille, c’est forcément penser à ce qui s’est passé, confronter ce vide.

Un appel de ma grand-mère le jour de l’anniversaire de mon père. Puis un courriel d’une de ses sœurs. Un rappel que son absence est ressentie, partagée. Un rappel de ce vide dans ma vie, qui pèse plus lourd depuis que c’est aussi un vide dans la vie d’Aimé.

Je regarde la relation qui se bâtit entre Aimé et ses grands-parents paternels, imaginant un instant quels liens il aurait pu tisser avec mes parents. J’imagine ma mère lui chanter des comptines, lui faire des câlins. J’imagine mon père lui proposer des sorties en forêt ou au bord du fleuve.

Je regrette de ne pas avoir mieux retenu tout ce qu’il a essayé de nous apprendre, à mon frère et à moi, pendant ces journées passées à observer les plantes, à cueillir des champignons, à collectionner des bâtons. J’imagine et j’espère redécouvrir des parcelles de ce que j’ai oublié à travers les yeux d’Aimé.

 

Mes journées sont trop courtes pour pleurer, pour penser cette tristesse. Pour l’écrire plutôt que rédiger et corriger et citer et paraphraser.

Mes journées sont trop courtes pour penser ce vide avec lequel je cohabite, pour le panser aussi.

 

** crédit images : Mathilde Cinq-Mars Illustration

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