tu es là

tu es là
dans l’affection, profonde, sincère, inexplicable
que j’ai
pour les autres bébés qui ne sont plus
pour leurs parents

tu es là
dans la conversation à peine audible
déclenchée par ta main tatouée sur mon bras
à travers mon extinction de voix, j’essaie de dire
ta vie
ta mort
toi

tu es là
bondissant
au détour du sentier, dans la neige qui s’accroche
comme dans le petit cahier rédigé pour te dire aurevoir

tu es toujours là, mon amour
près de moi
en moi

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(se) souvenir(s)

Dans les semaines et les mois qui ont suivis le décès de Paul, chaque semaine portait le poids d’un anniversaire — il aurait eu six semaines, deux mois, trois mois… Paul est né un samedi soir et il est mort très exactement quatre semaines plus tard. Tous les samedis me semblaient lourds de sens, de souvenirs, d’avenir arraché. Les 1er du mois et les 4 aussi. Trois mois, six mois, neuf mois, un an…

Peu de temps après la cérémonie que nous avons organisée pour célébrer la vie de Paul et lui dire au revoir, je suis partie en voyage — en fuite — tentant d’échapper à tout ce qui me rappelait mon bébé. Les lieux, les objets, tout le temps libre qui aurait dû servir à prendre soin de lui… J’ai tenté de laisser tout ça, voulant croire que la souffrance et l’incompréhension resteraient aussi derrière moi, dans la neige et le froid.

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