écrire

J’écris beaucoup ces jours-ci. Je n’écris pas grand chose ici mais j’empile les paragraphes, extraits d’entrevues après extraits d’entrevues, à partir desquelles je tente de bâtir quelque chose. Les paroles qui me parlent, tressées avec les mots d’auteur.e.s qui m’inspirent (ou à qui j’emprunte un vernis d’autorité intellectuelle!) et mes idées, aussi. J’écris ça. Ce qui devrait éventuellement devenir un mémoire, une fois que tous les morceaux collectionnés seront collés bout à bout, dans un semblant de cohérence.

Et puis j’écris dans ma tête. Des bouts de phrases qui commencent. Des anecdotes que je mets de côté, en me disant que je vais les noter. En faire un billet peut-être. Mais les jours et les mois sont courts. Les heures passent trop vite.

Dans ma tête s’accumulent ces morceaux de mes journées.

Le moment où la dentiste me demande « Tu as encore juste un enfant, là? » et moi, ne sachant plus ce qu’elle sait ou qu’elle ne sait pas — il me semble qu’elle doit savoir — qui bafouille « Euh… j’en ai eu deux. J’en ai un à la maison… »

Le moment où je réalise, alors que P. s’apprête à partir accompagner un groupe au Nicaragua, que la dernière fois qu’il est parti là-bas, je commençais à sentir — mais n’osais pas croire — que j’étais enceinte. À son retour, j’avais fait un test de grossesse. À son retour, nous avions commencé à attendre Paul.

C’est rien. C’est peu. Des fragments qui font se déplier en moi des pages de souvenirs et d’images et encore d’autres fragments difficiles à mettre en mots.

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Ça prend du temps, écrire. Tisser les mots pour qu’ils s’accrochent les uns aux autres et forment une trame solide et souple. Je voulais écrire plus, aujourd’hui, mais finalement je me suis donné du temps pour lire ce texte. Et suivre des liens, et écouter des chansons.

Un onglet que j’avais laissé ouvert depuis quelques jours. L’histoire d’un couple que je ne connais pas. Les parents d’une enfant qui doit avoir quelques mois de plus qu’Aimé. Une maman qui avait à peine quelques années de plus que moi, et qui a grandi pas loin, avant de s’exiler dans le Pacific Northwest.

C’est son histoire à elle, un peu, mais surtout l’histoire de son amoureux qui essaie d’apprendre à vivre en son absence, moins d’un an après son décès. C’est magnifique et bouleversant.

“My default mode right now is to throw open the doors and windows. I don’t know where to draw the line. Even just having you here, upstairs, showing you Geneviève’s journals: Is that over a line? But that’s how the songs are written, too: ‘Here’s everything. Look in here. Look at me. Death is real.’”

Je me suis reconnue là-dedans, dans les questionnements autour de ce qui doit être partagé. Ce qu’on a besoin de dire pour survivre, ce qu’on ne peut faire l’économie d’écrire… J’ai pleuré en écoutant ses chansons à lui, et ses chansons à elle.

He tells me how Geneviève breastfed for the first four months of their daughter’s life, before she was diagnosed, and then had to stop. “She stocked up on milk,” he says, shaking his head slightly. “I still have some of the milk in the freezer; I can’t bring myself to throw it away.” To compensate, Elverum and Geneviève began accepting donations of frozen breastmilk from close friends in the community. As word spread, they got even more. “We started getting breast milk from strangers,” he laughs.

“We were really vigilant at first, like ‘What’s your diet like?’ But then we were like, ‘Whatever, Craigslist is fine.’” Now both of us are laughing over something so ghastly. “No, not really,” he says, wiping his eyes. “Not really strangers. Definitely not Craigslist. But we weren’t as vigilant anymore. I attribute her robustness to all that great community milk. She never gets sick!”

Je me suis sentie proche de leur vécu de parents. Proche de lui, qui garde du lait dans son congel. Proche d’elle, que j’imagine faire le deuil de l’allaitement, en même temps que tant d’autres deuils. (Elle n’est plus là pour raconter, alors je ne sais pas… j’imagine).

Je viens de commander un recueil de poèmes qu’elle a publié avant de mourir. J’essaierai d’écrire un peu quand je l’aurai lu.

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