la musique

Aimé s’est mis à chanter.
Ce n’est pas encore limpide, mais depuis une semaine ou deux, on distingue Au clair de la lune, qu’il a appris à la garderie.

L’entendre chanter, ça évoque des souvenirs de mes parents.

Des souvenirs de ma mère, qui fredonnait beaucoup, qui m’a laissé en héritage plein de bribes de chansons, et quelques autres dont toutes les paroles sont gravées en moi. L’autre soir, pendant un spectacle construit autour de la prise de parole des femmes, je me suis retrouvée à chanter silencieusement Dis, quand reviendras-tu?, surprise de sentir les mots s’imposer à ma mémoire alors que je n’avais pas entendu cette chanson depuis des années — la dernière fois, c’était peut-être ma mère qui la chantait. J’ai senti les larmes monter sans pouvoir les contrôler, les notes s’appliquant à faire ressurgir en moi des émotions enfouies.

Des souvenirs de mon père, qui regrettait tellement de ne pas avoir appris à jouer de la musique plus tôt dans sa vie. Mon père qui essayait de rattraper le temps perdu en écoutant du jazz, les yeux clos, envouté, ses énormes écouteurs sur les oreilles, en apprenant, sur le tard, à jouer du saxophone, puis du violon, et surtout en tentant de développer chez mon frère et moi un amour de la musique. Nous avons suivi des cours de musique toute notre enfance — jusqu’à 15 ou 16 ans dans mon cas — mais nous n’avons pas développé de passion, ou même d’habitude, ni l’un.e ni l’autre. Des fois, ça m’attriste de ne pas avoir su intégrer la musique à ma vie. J’ai l’impression de trahir un peu ce souhait de mon père de nous entendre jouer, de nous voir devenir mélomanes.

Des souvenirs de ce walk-man jaune soleil, que mes parents m’avaient offert – un cadeau de noël ou d’anniversaire – quand j’avais sept ou huit ans. Pour que je puisse l’utiliser, ils avaient eu la présence d’esprit d’emballer aussi quelques cassettes : des best-of de Georges Brassens et Félix Leclerc, et, ce qui m’était apparu, en comparaison, comme le summum du cool : Le meilleur de Beau Dommage.

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J’écoutais un podcast un peu plus tôt cette semaine, qui suit le processus de réflexion et d’exploration d’une femme, Samantha Broun, dont la mère a subi un crime violent particulièrement sordide il y a une vingtaine d’année. La mère garde un traumatisme important de ce qu’il lui est arrivé, et ça se manifeste notamment par son incapacité à chanter. Quand sa fille, en entrevue, lui demande quelles séquelles elle garde du crime, elle répond:

– I can’t sing. That’s it. It’s huge.

– What does it mean for you not to be able to sing?

– Well, I was a bird who could sing. I can sing, right? But I cry, so it stops me and that’s very painful because that was who I was. I was a girl who was born with a voice and I could sing and I can’t now.

Ça m’a touchée profondément. Cette femme brisée, incapable de chanter. Cette femme ayant perdu sa voix.

Il n’y a pas de parallèles à tracer entre son expérience et la mienne. Tant du point de vue de la tragédie qu’elle a vécu que de la place que la musique avait dans sa vie. Et pourtant. Pourtant, je me suis reconnue dans son incapacité à chanter sans que les pleurs ne prennent le dessus.

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Hier, en voulant relire les paroles de l’un des textes lus lors de la cérémonie que nous avons faite pour Paul, je suis tombée sur un album de textes de Gilles Vigneault adaptés pour les enfants. Il y avait bien La berceuse pour Julie, que je cherchais, mais aussi une autre chanson, qu’un ami de la famille de P. avait entonnée spontanément pendant la cérémonie, Les amours les travaux.

J’ai acheté l’album pour qu’Aimé puisse l’écouter.

Je l’ai démarré hier soir, alors qu’il rechignait à s’endormir. Au fil des quelques chansons que nous avons écoutées, j’ai (re)découvert une chanson dont l’un des personnages s’appelle Aimé,  puis une chanson dont je me souvenais des paroles, relique, j’imagine, de la musique qui résonnait souvent à la maison quand j’étais petite.

Et enfin, Aimé s’est endormi sur l’air de la Comptine pour l’enfant qui ne veut rien savoir (je le jure, c’est vrai!)

 

IMG_2991 (1).jpg

IMG_2993.jpgMon père au saxophone, pendant un party à la maison.
Et ma mère, pas en train de chanter, mais sur une photo d’un autre party où elle a l’air heureuse…

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