déclencheurs

Je suis parfois étonnée de me sentir si bien, de vivre tant de moments de joie, ou de m’inquiéter de petites choses désagréables qui pèsent si peu face à des événements réellement difficiles — les traces laissées par des bottes, le repas qui a un peu brûlé. L’intensité du deuil des dernières années est encore assez vive dans ma mémoire pour que je sois surprise de réussir à vivre aussi « normalement » aujourd’hui.

Peu de temps après avoir entamé ce blog, je notais à quel point n’importe quel mot, n’importe quel objet, aussi insignifiant soit-il, pouvait être un élément déclencheur de souvenirs douloureux. Je me souviens avoir été souvent prise de court. Arriver à une fête de quartier au tout début de l’été sans m’être préparée à voir autant de bébés, de poussettes et de jeunes enfants. Avoir envie de me sauver, d’éviter d’entrer en contact avec tous ces gens au bonheur apparemment si insouciant.

Je me sens loin de ce temps où les moments de surprise pénibles s’imposaient trop souvent. Maintenant, de façon générale, j’arrive à gérer les interactions sociales quotidiennes sans vivre d’inconfort ou de douleur intense, mais je continue de repérer ces déclencheurs qui auraient été si difficiles à absorber il y a deux ans (ou même un an).

La réunion où tout le monde parle de faire le post-mortem d’un projet qui vient de se terminer, et où je suis la seule à répéter le terme bilan en essayant de chasser de mon esprit le souvenir de ces feuilles dans les mains du médecin — rapport d’autopsie qui me chavire les tripes.

La poupée volontairement malmenée, accessoire d’une petite fille déguisée pour l’Halloween, abandonnée sur le plancher.

Les commentaires si communs dans les discussions entre parents — en ligne, notamment — qui finissent par « ça a jamais tué personne » ou « j’ai utilisé X approche avec mon bébé et il est encore en vie! »

Une connaissance, papa d’un petit garçon né un mois avant Paul, qui célèbre les trois ans de son fils en soulignant à la blague « we’ve kept him alive ».

…c’est pas vrai…
…pas le mien…
…pas moi…pas nous…
J’arrive à ignorer cette voix dans ma tête.

Maintenant j’y arrive.

J’arrive à encaisser mais j’aimerais ne pas avoir à mettre cette capacité aussi souvent à l’épreuve. J’arrive à encaisser mais je pense aux parents qui sont encore dans les moments les plus intenses du deuil et je me souviens à quel point ça m’aurait dévasté de voir ou d’entendre tout ça.

Palma de cera

 

 

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2 réflexions sur “déclencheurs

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