les places vides

Dans les garderies en milieu familial, il y a généralement six enfants dans le groupe. C’est le maximum prévu du moins. À la garderie d’Aimé, il n’y a que cinq enfants. Je ne peux m’empêcher d’imaginer cette place vacante occupée par Paul. Il y a une place pour lui, mais elle reste vide.

À l’anniversaire d’un cousin qui est né trois mois avant Paul, c’est pareil. Je regarde les enfants jouer dans le parc. Je les observe, installés à la petite table de plastique à manger de la pizza. Je vois Aimé prendre doucement sa place parmi les cousins et cousines et je ne peux m’empêcher d’envisager comment les choses auraient pu être.

Il y a toujours une place vide, un espace qui devrait être occupé mais qui n’existe que dans ma tête. Cet espace-là, cette balançoire sans enfant qui réclame d’être poussé encore plus haut, ce petit tabouret où personne n’est assis, cet anniversaire où personne ne souffle les bougies, il existe dans la vie de plein de parents.

Autour de nous, il y a des parents qui imaginent quotidiennement leur enfant prendre part à la vie de la famille, grandir, apprendre. Il y a des frères et des sœurs qui ont attendu l’arrivée d’un bébé qui n’est jamais rentré à la maison; d’autres qui ont appris tout jeunes ce que c’est d’accompagner quelqu’un.e qu’on aime vers la mort. Il y a des familles  — des familles nucléaires et élargies et recomposées et choisies — qui ont préparé avec amour la place pour un bébé qui n’a jamais pu l’occuper, l’habiter réellement.

Ces places vides nous entourent. Tout comme les parents et les sœurs et les frères et les ami.e.s qui continuent d’entretenir cet espace vide, d’en prendre soin. De le remplir du souvenir d’un bébé qu’ils et elles ont aimé. D’imaginer les choses telles qu’elles auraient pu être.

Le 15 octobre est la journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal. Une journée qui me semble toute désignée pour prendre le temps de penser à ces espaces inoccupés, à ces présences qui manquent à nos vies. Une journée pour dire tout bas le prénom des petit.e.s qui ne grandissent pas à nos côtés. Une journée pour laisser résonner en nous ces prénoms, ces histoires, ces espaces trop vides.

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