les choses — la suite (mais sûrement pas la fin)

— J’achète pas, j’échange pour un crédit en magasin, me dit-elle abruptement.

— Ok. Je lui tend le sac dans lequel sont pliés quelques vêtements.

Je ne tiens pas à obtenir de l’argent, à vrai dire. Ce qui m’a poussé à séparer ces items du reste de la pile que je m’apprête à donner au service d’entraide, c’est la combinaison look-démodé-mais-cool et la qualité de ces morceaux. J’avais peur que, dans un endroit voué à offrir aux gens du quartier des vêtements utiles et abordables, le style peu actuel de ces vêtements achetés par ma mère il y a vingt ou trente ans ne leur réserve une place à la poubelle.

une robe de soie rose à la coupe décidément campée dans les années 80
un pantalon à carreaux mi-classique mi-funky

Faute de les porter moi-même, j’aimerais qu’ils inspirent quelqu’un.e d’autre, j’aimerais qu’ils servent encore.

La dame de la friperie n’est pas particulièrement sympa, en fait, elle est franchement désagréable. Elle prend presque tous les morceaux et m’offre un crédit. Je lui dit que je vais regarder tout de suite si je trouve quelque chose. Je n’ai pas envie d’avoir à revenir ici.

Après quelques minutes dans les rangées, pendant lesquelles mon impression négative de la propriétaire est confirmée, je repars avec deux trouvailles.

/////////

J’affirmais pas plus tard que dimanche que je n’étais plus trop sensible à la charge émotive des choses qui ont appartenu à mes parents. La quantité d’objets, l’ampleur de la tâche de trier le tout a contribué à me rendre presque indifférente. Je garde ce qui me semble encore indispensable — soit utile, soit important — et je tente de trouver un débouché pour le reste, idéalement sans jeter de choses qui pourraient servir à d’autres.

Je crois à cette carapace et pourtant, il faut bien reconnaître que je me sens un peu chamboulée par cette visite à la friperie. C’est peut-être l’attitude désagréable de la femme à qui j’ai confié ces morceaux de tissus porteurs de mémoire. Ou l’impression d’avoir troqué des souvenirs pour des bouts de vêtements que j’aurais simplement pu acheter (ou dont j’aurais pu me passer).

Ça me semble tellement insignifiant, tout ça, le deuil d’un sac de linge.

/////////

Je l’écrivais à P. tout à l’heure, dans l’espoir d’exorciser cette tristesse qui me colle à la gorge depuis ce matin:

C’est toujours un peu pénible de se départir de choses qui ont du vécu, qui sont porteuses de sens. Je veux croire que le sens, c’est moi qui le donne, et qu’il ne disparaît pas quand une boîte s’en va à la friperie, mais je le sens pas trop aujourd’hui…

/////////

C’est ça, faut croire, je fais le deuil d’un sac de linge.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s