comment t’expliquer?

Je sais que tu dis ça pour bien faire. Je sais que les conversations sur le sommeil des bébés, c’est pratiquement un passage obligé dans les discussions entre parents. Je te fais confiance, je suis certaine que tu t’occupes bien de ton bébé, et je suis heureuse pour vous si vous avez trouvé un truc pour qu’il dorme mieux, plus longtemps, pour qu’elle soit mieux reposée.

Je te remercie de ne pas me faire de commentaire désapprobateur quand je mentionne que notre petit d’un an dort encore avec nous, même si je vois dans tes yeux surpris que tu trouves ça intense. Tu as peut-être raison que plus on attend pour l’habituer à dormir seul, plus ça va être dur.

Peut-être. Peut-être pas.

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oublier (un peu)

préambule – J’essaie depuis quelques jours d’écrire un texte sur les défis que (me) pose l’écriture en tant que mère d’un petit grouillant d’un an mais — c’est très à-propos — je manque de temps et d’espace (mental entre autres) pour y arriver. Je me contenterai donc pour tout de suite de partager quelques pensées en vrac…

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Du bout du doigt, comme souvent, je trace les lettres de son prénom dans la buée de la porte de la douche.
P A U L

J’aime les voir en majuscules. Fermes. Fortes.
J’aime les tracer en cursives, d’un seul mouvement. Comme si ces lettres étaient faites pour vivre ensemble.

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le temps passe vite

mon petit Paul,

Le temps passe si vite. Trop vite, presque.
Ton frère complète sa première année. Il marche, il grandit, il apprend. Il est beau et plein d’humour. J’aimerais tellement vous voir ensemble.

Toi, tu aurais presque deux ans et demi. Quand je vois les enfants de ton âge, et même ceux qui ont quelques mois de moins, je n’en reviens pas de les voir si grands. Je ne réalise pas, je m’émerveille et je m’émeus.

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contradictions

Encore une fois, j’ai de la difficulté à articuler mes pensées, à ordonner mes émotions.

Elles sont multiples et confuses et contradictoires et compliquées.
Elles sont rejet de cette journée qui me pousse à me demander comment je vais et ce que je veux.
Elles sont attente et attentes.
Elles sont souhait de trouver un espace où me poser, où être.

Malgré ma mère qui n’est pas là, avec qui je ne peux discuter, réfléchir, rêver, à qui je ne peux poser de questions. Malgré cette journée qui me rappelle que je ne peux plus créer de souvenirs d’elle, de nous, qu’elle ne sera jamais à mes côtés pour accueillir ses petits-enfants dans le monde, qu’elle ne s’émerveillera jamais devant leurs progrès et leurs exploits.

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ce qui aurait pu être

Quand j’étais enceinte de Paul, j’ai consulté une ostéopathe deux ou trois fois. En arrivant à la première consultation, je m’étais demandée si elle aussi était enceinte. Dans l’incertitude, je n’avais rien dit ou demandé mais quelques semaines plus tard, je l’avais croisée dans une rencontre d’information offerte par la maison de naissance où j’étais suivie. J’avais su qu’elle attendait un bébé quelques semaines après moi seulement.

Quand Paul est décédé, j’ai séparé mentalement les bébés qui nous entouraient de près ou de loin en deux groupes distincts. D’un côté, ceux qui étaient nés avant Paul, et dont la naissance m’avait réjouie. De l’autre, ceux qui étaient nés, ou allaient naître, après lui. Je voulais être heureuse de l’existence de ces autres bébés, je voulais être heureuse pour leurs parents qui les accueillaient dans leurs vies, mais je n’y arrivais pas. Pendant plusieurs mois, le désespoir de vivre sans Paul a bouffé toute l’énergie qu’il m’aurait fallu pour m’occuper des autres, pour vivre leurs joies, leurs découvertes.

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