cohabiter

Dans les semaines qui ont suivi la mort de Paul, j’ai cherché et cherché pour trouver des ressources en ligne qui me ressemblaient, dont les mots résonnaient en moi. Dès les premiers jours du deuils, j’ai su qu’une grande part de ce qui est écrit pour les parents qui vivent la mort de leur bébé ne me rejoignait pas, ou si peu. Les anges, surtout, me dérangeaient. Les anges, omniprésents dans les discours qui entourent le deuil périnatal, ne m’aidaient pas. Je me suis mise à les fuir et à chercher autre chose. J’ai trouvé le magnifique et chaleureux glow in the woods.

J’ai cherché encore, écumé internet pour trouver un lieu équivalent en français. Un lieu de mots et d’images et de partage. C’est beaucoup parce que je ne trouvais pas ce lieu que j’ai décidé de créer, au moins, un espace où je pourrais écrire et réfléchir, raconter la vie de Paul et décrire les paysages bordant le chemin cahoteux du deuil que j’entreprenais alors.

Je n’ai pas fini mon deuil. Je n’ai pas fini de pleurer Paul. Il n’a pas fini de faire partie de ma vie.
J’espère que je pourrai toujours en dire autant.

Paul est encore tellement présent dans ma vie, mais mon quotidien tourne maintenant beaucoup autour de son frère, et je me rends compte que j’ai aussi envie d’écrire sur cette parcelle de ma vie. Et puis j’ai un peu peur qu’Aimé se sente un jour jaloux, ou qu’il lui manque la narration de ses premiers mois et qu’il me reproche de n’avoir écrit que l’histoire de Paul.

Et c’est vrai. Je n’ai pas écrit son histoire de naissance. Le cahier (fait par ma talentueuse cousine) qui devait raconter (au moins) sa première année ne raconte encore que ses premiers jours.

Quand j’ai commencé à écrire ce blogue, j’avais la ferme impression de parcourir un chemin parallèle à la vie que j’aurais dû vivre. Je tenais précisément le compte des semaines qu’aurait eu Paul, je scrutais les autres bébés pour m’imaginer de quoi le mien aurait eu l’air, ce qu’il aurait su faire. J’avais besoin de tenir un carnet de voyage — ou un carnet de naufrage, pour reprendre les mots de Guillaume Vigneault — parce que je me sentais embarquée dans un périple hors de ma vie normale. Des cartes postales depuis le deuil.

Mais maintenant? Maintenant que le deuil est (re)devenu un morceau de mon quotidien qui cohabite  avec tout le reste, je ne suis pas certaine de ce que je devrais faire de cet espace. J’ai envie qu’il continue d’exister et qu’il soit à l’image de la vie reconstruite que je mène maintenant — avec ses grandes peines et ses grands moments mais surtout, avec ses petits riens du tout…

Photo 16-02-27 20 00 52Je ne sais pas encore comment faire mais en voyant ce bout d’une photo prise aujourd’hui qui capture si bien où j’en suis, je me dis que j’arriverai bien à trouver.

Dans ma vie, dans nos vies, on fait cohabiter des courses hivernales en duo (avec selfies post-course), des câlins à Aimé, des expériences de gardiennage hybride, des questions logistiques et des bains en compagnie d’une ménagerie d’animaux de caoutchouc, mais on donne aussi à Paul l’espace qui lui appartient.

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2 réflexions sur “cohabiter

  1. comme je te comprends… je n’ai jamais adhéré non plus à ce terme ange ou mam’ange (en plus j’y entends: ma « mange », ce qui est carrément cannibale); ça donne un aspect presque sympa à un évènement qui ne l’est vraiment pas. Difficile de trouver la juste place d’un enfant qui n’est plus. Parfois je me justifie de toutes mes actions (livre, blog, articles, groupe de parole, interviews…), parfois je me demande si je ne lui donne pas trop de place par rapport à mes 3 enfants vivants, puis des fois je suis lasse et je me dis que je vais « passer » à autre chose. Mais au fond, je sais que ça n’a pas de sens. On ne passe pas à « autre chose » et je n’en ai pas réellement envie. Ce dont j’ai envie vraiment c’est de savoir comment être une bonne mère d’un enfant mort et de 3 enfants vivants. Une bonne mère pas que pour eux mais aussi pour moi. Je sais que pour les rendre heureux, je dois l’être moi-même; mais le bonheur, ce n’est pas que de le volonté ou de la raison. Comme je te comprends. Merci pour cet article qui m’a fait du bien.

    • Le terme « ma mange » m’a fait sourire…

      Je suis d’accord avec toi que l’idée de passer à autre chose, comme dans « ne plus penser à notre enfant décédé » n’est ni possible ni souhaitable, mais il y a peut-être un « autre chose » à inventer pour mieux vivre comme parent d’enfants — vivants ou pas — qui ont des besoins tout à fait différents…

      Merci pour ton commentaire qui m’aide à poursuivre la réflexion…

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