désencombrement / attachement

Je ne sais pas trop ce qui m’a pris. C’était la fin d’un mois de janvier sans résolution. J’ai vu passer un défi sur facebook. Chaque jour du mois de février, il s’agit de se débarrasser d’un nombre d’objets correspondant à la date. Le 1er, on commence doucement avec un objet, le lendemain c’est deux, puis trois, et ainsi de suite. Je sais pas ce qui m’a pris, je me suis inscrite. Et je me suis mise à désencombrer avec fébrilité.

declutteringAprès quelques jours, je me suis mise à réfléchir au privilège inhérent à cette mode du désencombrement, au fait de pouvoir dégager du temps pour « declutterer », et pire, photographier ses piles de cossins en partance pour la friperie ou le bac de recyclage tels des trophées de chasse un peu fripés.

Pour pouvoir laisser aller les objets qui nous entourent sans nous servir, toutes ce choses qu’on garde « au cas où », il faut avoir confiance que si le besoin se fait sentir, on pourra se procurer l’objet dont on a besoin. Il faut avoir confiance qu’on aura les ressources financières pour l’acheter, le réseau social pour l’emprunter… bref, pour se délester de nos possessions, il ne faut pas que le risque soit trop élevé. Moi qui ai vraiment tendance à tout garder — de la moindre bricole qui pourrait servir à un éventuel bricolage aux vêtements achetés usagés il y a 10 ans et complètement élimés — je crois que je suis attachée à l’idée d’être économe, comme ma mère (et dans une moindre mesure mon père) et mes grands-mères avant moi.

Dans ce défi de mois de février, aussi futile puisse-t-il paraître, il y a cette tension qui m’habite, entre l’envie de rompre avec les habitudes d’économie et de conservation dont j’ai hérité et mon souhait de préserver toutes ces choses qui témoignent à la fois de ces habitudes et pratiques de mes parents mais aussi, de leur existence. J’ai envie de libérer l’espace. J’ai envie de me libérer (d’une partie) du poids des objets. Mais je ne veux pas évacuer ce que tous ces objets symbolisent. Quoi faire alors avec cette robe de ma mère que je sais que je ne porterai pas? Avec les livres de mes parents que je n’ai pas le temps de lire? Comment désencombrer quand les objets sont tellement remplis de souvenirs, de sens? Est-ce que le sens se dissipe sans son support matériel?

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Il y a si peu de choses qui témoignent du passage de Paul. Nous n’avions pratiquement rien acheté pour lui, ayant eu la chance de récupérer à peu près tout ce qu’il fallait pour assurer son bien-être matériel. Nous avons gardé les petites couvertures si douces choisies spécialement pour lui. Les artéfacts — typiques — de son passage à l’hôpital à la naissance. Ceux — tragiques — de la fin de sa vie. Et puis toutes les cartes soulignant son arrivée, et son départ surtout.

Ça tient en quelques petites boîtes. Ça n’encombre pas.
Paul occupe si peu d’espace physique par rapport à tout l’espace émotif qu’il habite.

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Hier, ça a fait deux ans tout juste que nous avons tenu la cérémonie pour dire au revoir à Paul.

J’imagine que ce n’est pas vraiment quelque chose qu’on souligne. Sauf mentalement, pour noter que c’est la fin de cette saison où tant de dates significative se succèdent.

Dans le vestiaire après mon cours de judo, avec une fille que je connait à peine. Je lui ai tout juste mentionné il y a quelques semaines que j’avais arrêté le judo deux fois pour des grossesses. On parle de la difficulté à coordonner un repas du soir avec un cours de 19h30 à 21h. Elle mange avant, moi après.

« Mais tes p’tis poulets, ils mangent plus tôt que ça, non? »

J’essaie de voir comment répondre. Finalement j’y vais pour la vérité aussi simplement que possible.

« Tsé, je t’ai dit que j’avais eu deux bébés… Mais on a seulement notre bébé de 9 mois à la maison avec nous. Notre premier est décédé… Alors oui, notre bébé mange son repas plus tôt. »

C’est toujours difficile de prononcer ces mots. Je ne réussis pas toujours.
Mais je suis contente d’avoir réussi hier.

 

je t’aime mon Paul. xxxx

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2 réflexions sur “désencombrement / attachement

  1. J’ai le même inconfort avec le désencombrement. (Surtout les versions plus extrêmes, comme ceux qui ne veulent que 100 objets dans la maison.) Jusqu’à présent, j’ai surtout donné des choses brisées, passées date, trop grands/petits, sans valeur sentimentale, ou vraiment inutiles, alors ça a été assez facile. Mais est-ce que je donne tout le linge trop petit de Marianne, sans trop savoir si je vais avoir besoin de son linge pour un futur enfant? Oui, je pourrais probablement racheter le tout, et c’est là que le bât blesse vis-à-vis de la notion de privilège du défi. Disons que ceux qui vivent avec 100 objets seulement doivent aussi avoir une bonne carte de crédit.

    • Vivre avec 100 objets (ou même une maison juste épurée pour la peine), dans sa version moderne/occidentale/trendy c’est clair que ça implique de pouvoir avoir les 100 objets les mieux adaptés, de super qualité, etc. On parle pas de vivre avec 100 objets parce que t’as pas les moyens d’en posséder plus…
      Et puis sur la question du détachement sentimental, je me demande l’effet d’un tel mode de vie sur la vie affective et sociale…

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