cohabiter

Dans les semaines qui ont suivi la mort de Paul, j’ai cherché et cherché pour trouver des ressources en ligne qui me ressemblaient, dont les mots résonnaient en moi. Dès les premiers jours du deuils, j’ai su qu’une grande part de ce qui est écrit pour les parents qui vivent la mort de leur bébé ne me rejoignait pas, ou si peu. Les anges, surtout, me dérangeaient. Les anges, omniprésents dans les discours qui entourent le deuil périnatal, ne m’aidaient pas. Je me suis mise à les fuir et à chercher autre chose. J’ai trouvé le magnifique et chaleureux glow in the woods.

J’ai cherché encore, écumé internet pour trouver un lieu équivalent en français. Un lieu de mots et d’images et de partage. C’est beaucoup parce que je ne trouvais pas ce lieu que j’ai décidé de créer, au moins, un espace où je pourrais écrire et réfléchir, raconter la vie de Paul et décrire les paysages bordant le chemin cahoteux du deuil que j’entreprenais alors.

Lire la suite

Publicités

toujours là

yourabsence2

J’étais tombée sur cette citation dans les mois qui ont suivi la mort de Paul. Je l’avais trouvée magnifique, j’avais envie de m’en souvenir. Je l’ai collée sur une photo d’une journée pleine de soleil passée dans le bas du fleuve avec des amies. Le bleu du ciel et la chaleur des roseaux sous lesquels nous nous étions couchées me semblaient tout désignés pour accompagner ces mots. Lire la suite

désencombrement / attachement

Je ne sais pas trop ce qui m’a pris. C’était la fin d’un mois de janvier sans résolution. J’ai vu passer un défi sur facebook. Chaque jour du mois de février, il s’agit de se débarrasser d’un nombre d’objets correspondant à la date. Le 1er, on commence doucement avec un objet, le lendemain c’est deux, puis trois, et ainsi de suite. Je sais pas ce qui m’a pris, je me suis inscrite. Et je me suis mise à désencombrer avec fébrilité.

declutteringAprès quelques jours, je me suis mise à réfléchir au privilège inhérent à cette mode du désencombrement, au fait de pouvoir dégager du temps pour « declutterer », et pire, photographier ses piles de cossins en partance pour la friperie ou le bac de recyclage tels des trophées de chasse un peu fripés. Lire la suite

reading notes – memory

As i was reading on qualitative research methods, i came across a talk by feminist scholar Cynthia Cockburn. These ideas seem interesting to consider for my research but more so, they spoke to me about what i have been doing (exploring might be more accurate) here…

It’s common ground among memory researchers that a given memory shouldn’t be taken as “truth” but rather as evidence, to be interrogated, mined for its meanings and its possibilities. A memory should be seen as something to be critically interpreted in terms of both form and content. Both individual and collective memories of given events and moments change with the passage of time. Memory studies aren’t just concerned with the past. The crucial thing is they’re about the relationship between past and the present.

and later:

And as to the photographs… They may seem like representations of historical events and moments that may be understood at a glance – but photos are tricky things. They’re not transparent in this way. […] A photograph is contradictory because on the one hand it has a secure indexicality, it can be traced back to an actual time and place. But perversely, its meaning actually changes as time passes.

(Source : « Using photography in connection with social research », http://www.cynthiacockburn.org/BlogPhotographyinResearch.pdf)

normal

Je me souviens d’un cours de sociologie du genre pendant mon bacc. Pour introduire la section du cours sur la famille, la prof nous avait demandé de nous lever si nous avions une « famille normale ». Sans trop me poser de question, en pensant à la fois à la famille nucléaire dans laquelle j’ai grandi et à ma famille élargie, à nos partys de Noël, à l’amour partagé, aux non-dits parfois lourds — à ce qui me semble faire une famille — je m’étais levée. La prof, qui me connaissait déjà un peu, m’avait regardé d’un drôle d’air et avait fait un commentaire sur ma vision élastique de la notion de  « famille normale ». Et en effet, dans la classe, seul-e-s quelques personnes s’étaient timidement levées.

Elle avait raison. Des parents de deux pays différents, pas mariés, et puis décédés, tous les deux, c’est pas une « famille normale ». Ça dévie de la norme. Fermement. Pourtant, dans ma vie, c’était, et c’est, ce qui est « normal ».

Lire la suite

parent(hèse)s

IMG_3779Le mois de janvier s’est terminé. Comme une parenthèse qui se referme. 31 jours avec toujours quelque part derrière la tête, ces journées partagées avec Paul il y a deux ans.

Celles avant même sa naissance, alors qu’il était tellement près mais pas tout à fait prêt. Ces heures longues et courtes à la fois, où sa présence dans mon ventre, dans mon corps, était objectivement la même que pendant les semaines précédentes, mais subjectivement complètement différente : nous étions sur le point de le rencontrer.

Celles après sa naissance surtout. Ces heures passées en suspension dans le temps, alors que les nuits et les jours trop courts de janvier s’entremêlaient, indistincts. Ces moments passés à découvrir Paul, à le nourrir, à le bercer. Moments d’apprivoisement, d’incrédulité, de bonheur.

Lire la suite