dent de sagesse

Je n’ai pas de médecin de famille. Je suis sur une vague liste d’attente mais je ne retiens pas mon souffle. Et puis j’ai l’immense chance d’être — jusque là — en bonne santé, alors je préfère qu’un-e autre ait cette place convoitée. En attendant, je ne sais donc pas trop à quoi ça ressemble, la relation qu’on peut entretenir avec un-e médecin qu’on a toujours connu.

Je n’ai pas de médecin, mais j’ai une dentiste. J’ai toujours été suivie par la même personne, depuis mon tout premier rendez-vous quand j’avais cinq ans, jusqu’à avant-hier matin.

Je n’ai pas de sentiment particulier à son égard, mais j’avoue que j’aime bien le fait que sa réceptionniste semble toujours me reconnaitre, que les assistantes et hygiénistes dentaires me demandent de mes nouvelles — même si c’est difficile de répondre avec une main dans ma bouche et un crochet qui me gratte une dent. Pareil pour la dentiste qui semble toujours savoir à peu près où j’en suis dans la vie. Soit elles ont toutes une excellente mémoire, soit il y a des notes assez précises dans leurs dossiers et elles révisent avant de recevoir chaque patient-e.

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parallèles et paradoxes

Je prends un bain avec Aimé. Au sec, ses cheveux fins sont encore presque invisibles mais une fois mouillés, on les repère plus facilement. À travers les rosettes, j’entrevois le petit garçon châtain que je l’imagine devenir. Derrière sa tête, la peau lisse de son cou monte haut avant de céder le terrain à une unique et minuscule boucle de cheveux saturée d’eau.

En l’examinant, je ne peux m’empêcher de penser à cette mèche de cheveux de Paul, prélevée à ce même endroit de sa tête quelques heures avant sa mort. Il avait plus de cheveux qu’Aimé. Ils étaient plus foncés aussi. Presque noirs, comme les miens. Je ne peux m’empêcher de penser que ce serait presque impossible d’essayer de couper une mèche des cheveux à Aimé.

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sur/vivre

Le soleil brille sur cette journée marquée par mon humeur pluvieuse.
Il n’y a rien de particulier qui ne va pas, que cette période de l’année, pleine de souvenirs des brèves semaines partagées avec Paul, qui se révèle difficile. Il n’y a rien qui ne va pas. Alors je m’entends répondre comme si de rien était aux « comment ça va? » qui ponctuent ma journée.

Je ne sais pas trop quoi faire pour vivre cette tristesse qui m’habite. Un petit bout de réponse se situe certainement dans l’accueil. Laisser être ces sentiments, aller à leur devant, sortir dehors pour les vivre dans l’hiver, dans le temps froid que j’associe à Paul,  les inviter à venir se réchauffer en moi. Accueillir ce qui vient, ce qui est.

Comme le dit si éloquemment Fanny Britt, à Plus on est de fous, plus on lit*, « le deuil, c’est comme le brainstorm, pas de censure permise » (écoutez son intervention ici, c’est superbe, et notamment à partir de 5:45).

Pas de censure, pas de date de péremption, pas de mode d’emploi.

Qu’une ligne de conduite très générale.
continuer à vivre / (faire) vivre les souvenirs / (sur)vivre

 

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* Merci à Sara d’avoir partagé cet extrait

les petits gestes qui comptent

bougie_FotorPendant les semaines qui ont précédé le deuxième anniversaire de naissance de Paul, j’ai réfléchi à la façon de souligner cette journée, jonglant avec différentes idées, différentes symboliques. Je trouve magnifiques les initiatives de certains parents qui mettent sur pied des projets d’envergure en l’honneur de leur bébé ou de leur enfant décédé (comme ça et ça, notamment), mais les gestes et les événements plus modestes me rejoignent tout autant.

Dans un large groupe facebook auquel j’appartiens et qui est centré sur la parentalité, je vois régulièrement passer des questions de personnes qui se demandent ce qu’elles devraient faire pour soutenir des proches qui vivent le décès d’un bébé, avant ou après la naissance. Souvent, leur premier réflexe est d’offrir des objets pour commémorer l’existence de l’enfant — oursons ou oreillers du même poids que le bébé, bijoux, couvertures ou vêtements personnalisés. Souvent, on leur répond de considérer aussi d’offrir un soutien plus terre-à-terre pendant les premières journées et semaines où naviguer le quotidien est parfois trop demandant — repas préparés, aide pour accomplir des tâches ménagères ou autres.

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entouré de lumière

As-tu senti toute cette lumière, tout cet amour qui brillait si fort pour ton anniversaire?

Mon Paul, j’aurais tellement aimé que tu sois là pour souligner cette journée. J’aurais aimé te voir souffler maladroitement les deux bougies sur ton gâteau (ou, plus vraisemblablement, te faire chiper ce moment par un cousin ou une amie ayant quelques années d’expérience de plus que toi.) J’aurais aimé entendre tes rires en glissant dans la neige pendant notre balade de l’après-midi. J’aurais aimé voir tes joues rougies par le froid de cette première journée vraiment hivernale.

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