fragments

Aujourd’hui, nous sommes allés visiter la tombe de mon grand-père au cimetière. Toutes ces tombes, que les gens fleurissent à ce moment de l’année, me rappellent l’importance de cet exercice de mémoire.

Ici, il y a un mode d’emploi : à la Toussaint, on visite ses morts, on dépose des cyclamens à leurs pieds.

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P. me dit que ma grand-mère est inquiète qu’on parle trop de Paul à Aimé, qu’il grandisse entouré de tristesse. Une part de moi se rebelle à cette idée : évidemment que je veux parler de Paul à son petit frère! En fait, je me rends compte qu’il m’arriver souvent d’imposer Paul comme sujet de conversation, comme présence dans l’univers mental des personnes qui m’entourent et qui auraient dû l’entourer.

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ces moments

Il y a des moments comme ça. Des moments où je n’arrive pas à dormir, parce qu’on a décidé de venir présenter Aimé à son arrière-grand-mère en France, et parce qu’on a pas du tout battu le décalage horaire.

Hier, on a passé une bonne partie de la nuit debout. Aimé à se réveiller à moitié, mais en hurlant au complet. Moi à l’allaiter et à le bercer un nombre incalculable de fois, en espérant que ses pleurs ne réveilleraient pas ma grand-mère trop souvent. P. à promener Aimé dans le porte-bébé à travers l’appartement, espérant que le rythme de ses pas arriverait à l’apaiser. On a finalement réussi à rattraper quelques heures de sommeil ce matin – en plein jour ici, mais pendant la nuit nord-américaine. D’où mon incapacité à dormir cette nuit, je suppose.

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« ça va bien aller » — ou facebook et le deuil périnatal

Je voulais écrire aujourd’hui. Je m’étais dit que je prendrais le temps de parler à Paul et de parler de Paul en cette journée de sensibilisation au deuil périnatal. Je voulais (re)dire mon amour pour Paul, ma peine qui se transforme mais ne s’éteint pas.

Et puis hier soir, un message sur Facebook m’a bouleversée. Une personne que je connais y annonçait que son tout petit bébé était hospitalisé. Je ne connais pas les détails. Je comprends que même les parents ne savent pas encore ce qui ne va pas avec leur petit. Ça occupe une grande partie de mon esprit depuis. Ça remue la peine et les souvenirs enfouis en moi.

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peut-être

C’est peut-être l’automne, la lumière qui commence à se faire plus rare. C’est peut-être le changement de rythme que m’impose mon changement d’occupation, et le temps qui se fait plus rare pour me tourner vers l’intérieur. C’est peut-être le temps qui passe, le deuxième anniversaire de Paul qui se profile à l’horizon pas si lointain. C’est peut-être cette rencontre à laquelle je vais participer demain, un rassemblement de ma famille Leclerc. C’est peut-être un peu tout ça qui me plonge dans une mélancolie étrange.

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Les semaines estivales de contemplation et la rentrée qui m’a tenue trop occupée ont cédé le pas à cette saison entre-deux, cette saison qui s’explique mal, porteuse de larmes douces, pleines de fatigue et d’amour et d’ennui. Des larmes un peu pour tout, au pourquoi pas trop clair.

Je pleure pour Paul. Je pleure des pleurs confus parce qu’il n’est pas là, parce que nous découvrons avec Aimé ce que nous aurions dû découvrir avec lui. Je pleure de ne pas déjà connaître le secret pour habiller un bébé à cette saison, sans qu’il n’ait trop chaud ou trop froid.

Je pleure peut-être un peu aussi parce que ma mère n’est pas là pour me raconter l’histoire de cet habit que mon frère et moi avons porté et que j’ai mis à Aimé aujourd’hui. Et parce qu’elle ne sera pas là avec nous dans quelques semaines, quand Aimé va rencontrer sa mère à elle.

Je pleure peut-être un peu aussi parce que demain, à cette rencontre de sa famille élargie, mon père ne sera pas là. Il n’aura même pas pu refuser cette invitation qui ne l’aurait peut-être pas enthousiasmé. C’est peut-être pour ça, parce qu’il ne sera pas là, parce qu’il n’est pas là, que je me suis égarée dans une suite de recherches virtuelles pour trouver des articles qu’il a écrit. Je ne ne lirai probablement pas ces textes — Organisation spatiale d’un assemblage d’araignées et stratégies d’exploitation des ressources : approche expérimentale et modélisation; Écologie des populations d’ombles de fontaine et d’ouananiche de la rivière M6o — mais j’aime savoir qu’ils sont enregistrés dans mon ordinateur. Ses mots, son nom, me servent de point de repère dans ces instants de tristesse mal expliquée… Ils m’aident à la catégoriser, peut-être. Des larmes pour cet article, publié un mois avant sa mort, où il est identifié comme « Author for correspondence », d’autres, pas tout à fait les mêmes, parce qu’il n’est pas là pour voir son petit-fils grandir, parce qu’il ne pourra pas l’amener cueillir des champignons, ou observer les oiseaux.

Je ne sais pas trop pourquoi je pleure ces jours-ci.
Mais ça suffit peut-être de laisser les larmes couler.
comme les ouananiche dans la rivière M6o…

je t’imagine

dans les sourires de ton frère, je t’imagine
ton frère sourit beaucoup, d’un sourire magnifique
plein de gencives nues et de joie
un sourire qui déclenche parfois en moi un trop-plein d’émotions

je le vois lui, et il m’emplit de bonheur
sa présence est tellement pleine
pleine de toucher, de chaleur, de salive, de pleurs, de rires
mais il y a toi aussi dans ce sourire, dans ces traits

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après le mois de mai – 2

Dans mon dernier billet, en partageant un texte écrit pour le site de mamans/parents TPLmoms, j’ai mentionné que je partagerais la suite sous peu. La suite est . Elle peut être lue maintenant, mais je ne sais pas à quel point elle va avec mon état d’esprit des derniers jours. En écrivant ces mots, il y a quelques semaines, je surfais sur une vague de nouveauté, je crois.

Je suis encore heureuse de la nouveauté, et contente d’entreprendre enfin mon projet de retour aux études. Je savoure les moments que je passe avec Aimé. Ceux où la notion de conciliation bébé-études semble se matérialiser dans mes bras, comme quand j’écris, Aimé endormi sur moi, mon ordinateur en équilibre précaire sur mes genoux. Ceux qui sont absolument parfaits, comme avant-hier, quand P. m’a appelé pour me montrer qu’Aimé avait appris à tirer la langue. Ceux qui sont plus lourds aussi, comme tout à l’heure, quand Aimé était trop fatigué et pleurnichait sans parvenir à s’endormir et que Lula (notre chienne) faisait les 100 pas et les 400 coups pour obtenir une promenade.

J’aime tout ça, et je suis contente d’avoir repris l’école, mais je regrette un peu mon ton trop rieur de ce deuxième texte. J’ai peur qu’il fasse oublier Paul, peur qu’il camoufle la terreur qui m’habite à l’idée qu’il arrive aussi quelque chose à Aimé, peur qu’il efface l’existence de tous ces moments où je suis étourdie par l’absence.