prendre soin

J’ai tellement attendu pour enfin pouvoir prendre soin. Tout m’a manqué après la mort de Paul, et ce n’est qu’un aspect de ce qui laissait un vide dans ma vie, mais j’avais hâte de pouvoir m’occuper d’un petit. Je crois que cette envie de prendre soin était au cœur de mon désir d’avoir un enfant. Pendant les mois après le décès de Paul, je ne savais pas comment rediriger cette envie de le tenir près de moi. Au chaud. En sécurité. Je sentais son absence avec tellement d’intensité, un vide immense entre mes bras. Un vide que rien ne pouvait combler.

Aimé n’a pas remplacé Paul. C’est absolument clair pour moi.
Mais la présence d’Aimé a rempli ce vide qui m’habitait, qui m’entourait, me suivait à la trace.

Prendre soin d’Aimé, malgré les difficultés ordinaire que cela comporte, me permet de colmater cet espace creux, de contrebalancer tout ce rien qui me pesait tant. Lui donner — du temps, du lait, de l’amour — m’emplit, me comble.

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La naissance d’Aimé, sa présence, m’a permis de répondre à ce besoin de donner et d’aimer, que je ressentais avec tant d’urgence. Mais parallèlement à cet effet apaisant, l’arrivée d’Aimé a aussi eu un effet angoissant dans ma vie. Maintenant qu’il est là, je vis avec la peur. J’ai peur qu’il lui arrive quelque chose de grave, peur de mal faire, peur de n’avoir pas fait assez.

Je sais que je ne peux pas passer ma vie entière à agir uniquement pour éviter une hypothétique culpabilité si quelque chose arrive, je sais qu’il y a une tonne de malheurs que je ne peux pas prévenir. Je le sais et pourtant, ce mélange étrange de peur et de culpabilité-en-avance m’a rendu les dernières semaines si difficiles.

Entre l’école — que j’ai casé dans ma tête comme une obligation — et Aimé — qui est ma priorité immuable — j’ai manqué de temps. J’ai manqué de temps pour courir, pour dormir, pour écrire. J’ai manqué de temps pour prendre soin de moi. Ou plutôt, je n’ai pas pris le temps.

Après une semaine à sentir le stress monter, en fin d’après-midi hier, je me sentais mal. J’avais l’impression de manquer d’efficacité, d’être déjà débordée, d’être incapable de me concentrer. J’étais convaincue qu’il était impossible que je survive à la session. Le stress rend la concentration difficile, ce qui rend l’efficacité improbable, ce qui intensifie encore le stress. Ou quelque chose du genre.

À contrecœur, je suis sortie rejoindre P. et Aimé pour aller faire un tour à un 5 à 7 — de toute façon, je n’étais plus productive du tout, à me morfondre devant mon ordinateur. Pendant ce bout de soirée un peu bizarre (on avait mal compris à qui s’adressait l’invitation), j’ai assisté une conversation entre coureuse et coureurs de longue distance, j’ai vu un court-métrage sur un club de collectionneurs de vélos vietnamiens et j’ai entendu une phrase qui m’est restée dans la tête : « Quand je ne suis pas efficace pendant la première semaine de retour au travail/à l’école, je ne m’inquiète pas. Le temps pour être débordée revient toujours bien assez vite ».*

Je crois que pendant la nuit de vendredi à samedi, ces éléments a priori incohérents se sont entrelacés dans mon esprit avec d’autres morceaux de la semaine — quelques phrases lues ici et là, un bout de rêve, une sensation fugace. Ce matin, l’emprise du stress était déjà moins intense. Je me suis donné du temps pour moi. J’ai été courir (avec Aimé dans la poussette), j’ai lu en me forçant à prendre des pauses régulièrement, j’ai pris un bain, et pris le temps de cuisiner un bon repas, j’ai bu un verre de vin.

J’ai pris soin d’Aimé, évidemment, mais j’ai aussi pris soin de moi.
Et ça m’a fait du bien.

 

 

* Je paraphrase…

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