petit pirate

Aujourd’hui, une des tatas de Paul m’a partagé une chanson qui lui fait penser à lui — une chanson de pirate, et de mer et d’amour.

Sur le faire-part de Paul, je l’appelais comme ça, petit pirate, un surnom qui m’était venu à cause d’une série de photos que j’aimais beaucoup où il portait un petit bonnet avec une tête de mort. C’est une symbolique qui me semble malheureuse maintenant, mais j’aime toujours ces images de lui. Et j’adore voir son visage si doux sur le faire-part accroché dans la cuisine de plusieurs ami-e-s…

Photo 2014-01-20 16 11 24 (2)Ce soir, j’ai écouté la chanson pour Paul, tout en endormant Aimé. Je lui ai souhaité de rêver des rêves maritimes, ou de rêver peut-être à son grand frère le petit pirate. J’aurais tellement voulu qu’ils puissent ensemble se créer des mondes imaginaires, découvrir les mers, bâtir des navires en pensée, en faire flotter sur l’eau du bain.

 

Merci pour la chanson, M.
xxx

 

 

And I’m leavin’ my family
Leavin’ all my friends
My body’s at home
But my heart’s in the wind
Where the clouds are like headlines
Upon a new front page sky
And shiver me timbers
‘Cause I’m a-sailin’ away

je ne t’oublie pas

mon tout petit Paul,

Pendant tes derniers moments, dans cette salle d’hôpital — on ne peut vraiment pas parler d’une chambre — je t’ai fait tellement de promesses. Je t’ai juré de ne jamais t’oublier, et de t’aimer jusqu’à la fin de ma vie. Chaque jour, je tiens et je trahis ces promesses simultanément.

Quand je t’ai dit tout ça, au creux de l’oreille même si je savais que tu ne m’entendais déjà plus, j’avais un doute sérieux sur ma capacité à survivre sans toi. Je croyais que je passerais le restant de mes jours plongée dans le désespoir qui m’habitait alors. Dans ce désespoir, il n’y avait que toi. Mon amour pour toi y occupait tout l’espace. La douleur de te perdre débordait de moi par mes larmes, par mon lait, par mon sang. Ce manque physique de ton absence a duré, mais pas aussi longtemps que j’aurais cru. À mesure que mon corps s’est préparé à accueillir un autre être, qui est devenu ton petit frère, les plaies béantes de ton absence ont commencé à cicatriser.

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Guest post : Living the Paradox of Life After Loss

English below

L’année dernière, à un moment particulièrement difficile de mon deuil, alors que la réalité de la mort de Paul me pesait de tout son poids, au sortir des premières semaines passées dans un brouillard qui avait adouci un peu le choc de son départ, j’ai entendu parler du projet de livre d’Emily Long, Invisible Mothers.

Emily souhaitait parler à des mamans n’ayant pas d’enfant vivant. Et moi, j’avais besoin de parler, de dire l’histoire de Paul et la mienne. Je suis heureuse d’avoir pu apporter une toute petite pierre à la construction de son livre, et je suis honorée de partager aujourd’hui un magnifique texte d’Emily, à la veille du lancement de son livre.

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Last year, at a particularly difficult time in my mourning process, while the reality of Paul’s death really hit me after the foggy first weeks, I heard about the Emily Long’s book, Invisible Mothers.

At the time, Emily wanted to talk to mothers who had no living children. And I needed to talk, i needed to tell Paul’s story — and mine, as i was just coming to terms with his absence. I am happy to have been able to bring a small stone to the construction of her book, and I am honored to share a beautiful piece written by Emily, who will be launching her book tomorrow.

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When my first daughter died, everything changed.

How I looked at life.
My level of trust in the goodness of life.
What it meant to be alive.
How I loved.
How I saw the world.
What I thought about myself and who I was.
My sense of security in the world.

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prendre soin

J’ai tellement attendu pour enfin pouvoir prendre soin. Tout m’a manqué après la mort de Paul, et ce n’est qu’un aspect de ce qui laissait un vide dans ma vie, mais j’avais hâte de pouvoir m’occuper d’un petit. Je crois que cette envie de prendre soin était au cœur de mon désir d’avoir un enfant. Pendant les mois après le décès de Paul, je ne savais pas comment rediriger cette envie de le tenir près de moi. Au chaud. En sécurité. Je sentais son absence avec tellement d’intensité, un vide immense entre mes bras. Un vide que rien ne pouvait combler.

Aimé n’a pas remplacé Paul. C’est absolument clair pour moi.
Mais la présence d’Aimé a rempli ce vide qui m’habitait, qui m’entourait, me suivait à la trace.

Prendre soin d’Aimé, malgré les difficultés ordinaire que cela comporte, me permet de colmater cet espace creux, de contrebalancer tout ce rien qui me pesait tant. Lui donner — du temps, du lait, de l’amour — m’emplit, me comble.

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dans la lumière

Avec mon retour a l’école depuis la une dizaine de jours, et ce que ça implique comme travail de conciliation pour passer du temps avec Aimé et prendre soin de lui, je sens à quel point le temps va être une denrée rare pour moi cet automne. Je manque de temps, déjà. Je n’ai pas fini de me préparer pour mon cours de demain. Pourtant, il me semble impossible de ne pas écrire, de ne pas laisser une marque, une petite pierre sur cette case du calendrier.

Il y a quinze ans tout juste, la nuit tombait une dernière fois pour Christine, ma maman. Au matin du 10 septembre, elle s’est éteinte. Au matin du 10 septembre, avec les premiers rayons du soleil, je me suis fait réveiller doucement. C’était fini. Après les mois de maladie, d’incompréhension, d’évitement qui venaient de s’écouler, il n’y avait plus d’espoir. Mon oncle est venu nous chercher, mon frère et moi, et ma cousine qui avait passé la nuit avec nous, pour aller rejoindre mon père. Et pour aller la voir. Elle. Ma maman qui n’était plus.

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without warning

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On facebook earlier today, i came across this post, titled This is what the Syrian refugee crisis looks like. Don’t look away.

There was no trigger warning. How could there be? The link displayed a gut-wrenching image in a large size. A young Syrian boy, dead, on a Turkish beach. Another victim of is being called a « migrant crisis ».

I cried when i saw this image, like i have cried in front of other images of refugees, of children suffering, of our humanity being questioned by the way we treat each other on a global scale. I cried, thinking of this child’s parents, wherever they are, of how desperate they mut have felt to embark on such a dangerous journey with their little boy, of the pain they must feel now — if their lives weren’t claimed by the Mediterranean sea.

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