bois de tristesse et de beauté

J’avais tout juste 18 ans quand j’ai dû aller dans une coopérative funéraire pour choisir un cercueil pour mon père qui venait de mourir. L’expérience a été déprimante, à cause du contexte évidemment, mais aussi parce que dans ces instants, la mort semblait réduite à une transaction, et parce que toutes ces boîtes chargées de fioritures me semblaient tristes et laides. Elles ne ressemblaient pas à mon père, à l’idée que je me faisais de lui. À l’époque, je n’ai pas su dire que ça me dérangeait, je n’ai pas pu faire autrement.

Je ne sais pas si j’avais parlé de cette expérience à mon amie, ou si ce sont les années d’amitié partagée qui lui ont permis de savoir que je ne voudrais pas que Paul repose dans une urne industrielle et impersonnelle. Avant que j’aie eu le temps de me sentir frustrée par les options proposées par le salon funéraire, elle avait dégoté et noté pour moi des références d’urnes artisanales. (Dans l’état où j’étais, je ne crois pas que j’aurais pensé à chercher).

Parmi celles-ci, j’ai vite jeté mon dévolu sur les magnifiques urnes de bois faites par Josée Bourgoin, tourneuse de bois et sculpteure établie dans le Kamouraska. En lisant sur son site web qu’elle avait tourné sa première urne suite au décès de son premier bébé, j’ai eu le courage de la contacter pour lui demander si elle pouvait faire une urne pour Paul.

Mon premier contact avec l’industrie funéraire avait été plein d’incompréhension, de froideur et de désabusement. Cette fois, la tristesse sans nom aura pu être apaisée un peu par la douceur du contact humain et la beauté du bois.

sacredplaceNous avons échangé par courriel et au téléphone, et à force d’allers-retours, Josée a créé un petit nid en bois de vinaigrier pour accueillir les cendres de Paul. Un objet doux, chaleureux, et que je trouve magnifique. Évidemment, magasiner une urne funéraire n’a rien de réjouissant, et surtout pas si elle est destinée à un bébé qui n’a pas eu le temps de vivre. J’aurais tellement aimé ne pas avoir à faire ces démarches. Mais  l’expérience a été adoucie par le fait d’avoir pu communiquer et faire affaire avec une personne pleine de compréhension et de talent, par le voyage aux allures de pèlerinage que nous avons fait pour aller cherche l’urne, par la visite de l’atelier ensoleillé et la promenade sur les battures du fleuve gelé, un après-midi de février…

 

Tout ça pour dire, la Fabrique culturelle vient de faire un court reportage sur le travail de Josée Bourgoin. Je vous invite à l’écouter ici.

 

 

Publicités

3 réflexions sur “bois de tristesse et de beauté

    • En effet! et pour moi ça a aussi été salutaire de trouver une personne comme ça alors que la mort était tellement proche de moi et englobante… Même si je n’en étais pas là du tout au moment de notre rencontre, ça m’a permis de voir un peu de lumière à travers la douleur.

  1. Pingback: seul.e.s | le marcassin envolé

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s