dix-huit

Paul,
Tu aurais un an et demi aujourd’hui. Dix-huit mois tout juste.
Tu ferais quoi à dix-huit mois? Tu serais qui?

Je t’imagine souvent, particulièrement quand on passe du temps avec ton cousin, qui n’a/n’avait/n’aurait que trois mois de plus que toi.

belarus_FotorTu marcherais, tu suivrais ton cousin sur tes jambes mal assurées. Toi aussi, probablement, tu voudrais monter sur le siège des tracteurs abandonnés près du chalet, poser tes mains sur les volants rouillés, t’imaginant un instant aux commande de ces engins immobilisés par le temps.

Toi aussi tu goûterais aux fraises des bois, tu tenterais peut-être d’en cueillir tout seul et te retrouverais avec une bouillie rouge entre les doigts.

Tu parlerais. Tu dirais peut-être quelques mots seulement. Peut-être que tu saurais dire papa et maman, peut-être que je sentirais mon cœur s’emballer en t’entendant valider nos existences, notre famille, ainsi.

Je t’amènerais à la bibliothèque et tu choisirais des livres qu’on pourrait te lire et te relire jusqu’à l’épuisement. Hier, j’en ai emprunté quelques uns pour ton frère. J’ai hâte de lui lire celui qui s’intitule Le papa de Paul

On te tiendrait la main ce matin, au marché du quartier. On te ferait goûter les légumes et les fruits, on t’accompagnerait dans les jeux, on te balancerait.

J’arrive à imaginer ce qu’on ferait ensemble. Mais comment imaginer qui tu serais, ce que tu aimerais, les gestes et les chansons qui sauraient te réconforter?

Je t’aime plus que tout, mon petit marcassin, mais j’en sais si peu de toi.

Chaque jour, je découvre un peu plus ton petit frère. Il change si vite et ça m’étourdit de penser à toutes ces étapes que tu n’as pas pu franchir, à tous ces moments que nous n’avons pas partagés, que nous ne partagerons pas. Ça me coince dans la gorge quand je pense aux si courtes semaines qui englobent toute ta vie, quand je pense à la finalité et à la breveté de ton existence.

Par moments, un sentiment de culpabilité paralysant m’étreint. J’aurais tant voulu faire autrement, réussir à te protéger ce jour-là. Réussir à te protéger pour toujours…

Tu aurais dix-huit mois aujourd’hui. Tu te heurterais à des obstacles, tu te cognerais, tu te salirais. J’apprendrais à vivre avec les petits risques du quotidien, à te laisser t’éloigner un tout petit peu de moi. Je nettoierais ton visage, tes mains pleines des empreintes de tes jeux. Je te consolerais. J’essaierais de te protéger.

Tu aurais dix-huit mois aujourd’hui. J’aurais aimé fêté cette journée. J’aurais aimé te dire à quel point je t’aime.

Je t’aime plus que tout, mon petit marcassin.

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Dans un texte partagé hier, Gretchen, la maman de Zachary, qui a lui aussi vécu toute sa courte vie au mois de janvier 2014, explique parfaitement la désolation de savoir qu’on ne saura jamais qui nos enfants seraient devenus, auraient dû devenir…

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2 réflexions sur “dix-huit

  1. As I was looking back through some photos from the time that C.T. was eighteen months old (for my post), it was so difficult to allow each photo to trigger my memories. Ah yes, here we are at the zoo – so happy, amidst the sorrow. Here we are celebrating this or that, C.T. fully entrenched as part of it. There he is, sitting in a mixing bowl in the kitchen, a smirk on his face at how he’d made us laugh. Playing in a sprinkler. Wrapped in a blanket with wet hair. Swinging. Eating. Dragging his father’s baseball bat because it is too heavy to carry. So much life lived in the span of a couple of months.

    I continue to believe that losing a son or daughter so early in life is the cruelest way for a child to die. So few memories are there to console. So much desire to know left unfulfilled. The same love.

    I wish Paul were here, keeping you busy to discover all about him. I will be thinking of your family today and we will light an extra candle at dinnertime tonight, in memory of Paul.

    Hugs, my friend.

    • Gretchen, thank you for your words. Kind an so on point, as always. You know probably more than anyone the pain of not seeing your baby / babies grow and develop their potential.
      Thinking o you and your boys. Xox

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