confusion

Dans un groupe virtuel de mamans en deuil, une discussion sur le risque d’amalgamer un bébé décédé avec son petit frère ou sa petite sœur. Une maman remarque que cette confusion est intensifiée du fait que le bébé qu’elle porte ne pourrait pas exister sans la mort du premier. Et pour beaucoup de femmes qui ont perdu leur bébé in utero, c’est le cas. Leurs deux grossesses ne peuvent pas coexister dans le temps et l’espace sans que la première ne se soit terminée abruptement et tragiquement. J’imagine qu’alors, il y a un risque que la deuxième grossesse s’inscrive dans le prolongement de la première, le deuxième bébé, dans le prolongement du premier, leurs existences entremêlées.

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papa

La semaine a été longue. Enflée d’émotions.
Une semaine en terrain inconnu.
Une semaine à découvrir la vie avec un bébé de plus de 28 jours.
Une semaine marquée aussi par un anniversaire lourd. Hier ça a fait dix ans que mon père est décédé.

La semaine a été longue.

La nuit a été un peu trop courte. Surtout que ce matin, P. ayant un contrat à terminer pour aujourd’hui, je n’ai pas pu bénéficier de notre arrangement de sommeil habituel et me rendormir dans une chambre silencieuse pour une heure ou deux au petit matin, quand Aimé décide que sa journée commence. Mon déficit de sommeil devrait m’inciter à faire la sieste et à repousser encore un peu le moment d’écrire. Mais je commence à deviner que je devrai éventuellement faire des compromis sur le sommeil si je veux continuer à prendre soin de mes émotions qui continuent, elles, à se bousculer, à me bousculer, sans égard au temps que j’ai pour y faire face.

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l’été sans toi

Mon petit marcassin,Ton petit frère grandit. Sans arrêt. Sans toi. 

Il me rend heureuse et m’épate et m’émeut. Mais sa présence, sa peau, ses pleurs et ses petits grognements, son abandon quand il est rassasié, tout ce qu’il fait, tout ce qu’il est me rappelle sans cesse que tu n’es plus. 

Déjà, il est plus vieux que tu ne le seras jamais. Ces courtes semaines ont passé si vite, soulignant plus profondément chaque jour la breveté de ton passage près de nous. Déjà, Aimé est plus grand et plus lourd que tu ne l’as été, me rappelant douloureusement a quel point tu étais petit. Si petit sur le grand lit d’hôpital. Trop petit pour mourir. 

Nous passons la fin de semaine au chalet avec Aimé, comme nous l’avions fait avec toi. Même si les saisons ne sont plus les mêmes, les lieux, les odeurs, le goût de la fondue chinoise, le canapé trop mou rendent l’expérience tellement similaire à celle que nous avions connu avec toi. 

Ton père si enthousiaste à montrer la nature à Aimé, ton grand-père qui le berce avec patience et savoir-faire, la petite voisine de 18 mois qui marche en manquant encore un petit peu d’assurance, tout conspire a mettre en relief ton absence. Tu aurais dû être là et découvrir la forêt, si verte à ce moment de l’année. Tu aurais dû marcher le long du chemin, et te faire bercer pour t’endormir. Tu te serais baigné cette année. Tu aurais partagé notre repas. 

Ensemble nous aurions été une famille entière. Comme je suppose que le sont les voisins, avec les deux enfants qui trottent à leurs côtés. Nous projetons probablement la même image. Une nouvelle famille, avec un nouveau bébé. Ton absence, invisible. Malgré l’immense bonheur que m’amène chaque jour ton petit frère, tu me manques toujours autant. Tu manques a notre famille, à nos familles. 

Je ne m’habitue pas à ton absence. Cruelle, elle se laisse oublier quelques instants pour mieux s’abattre à nouveau sur moi quand je baisse la garde. 

Tu me manques tant mon petit. Mon bébé. 

Je t’aime, Paul. Je t’aime tous les jours. Je t’aime pour toujours. 

petit Paul part aux États

Je le disais récemment, l’arrivée d’Aimé a coupé dans le temps que j’arrive à consacrer à Paul. Je pense à lui, je regarde les photos de lui que nous avons sur les murs de la maison, je compare — malgré moi! — le petit frère au grand, mais je manque de temps pour lui, je trouve.

Lundi, le 15 juin, était la date limite pour faire parvenir des contributions au magnifique projet Knitting Tree, dont j’ai parlé à quelques reprises (ici, notamment). Pendant la fin de semaine, la maman de P. nous a confirmé qu’elle enverrait deux petits carrés qu’elle avait tricoté en l’honneur de Paul. Lire la suite

jour 25

Le jour 25. On s’est levés un matin normal. On a eu de la visite, on a continué de dire à qui nous le demandait que ça allait bien, que Paul allait bien, et qu’on dormait, relativement, bien. Ça allait tellement bien, en fait, que P. est allé faire quelques heures de travail en se disant qu’il pourrait les reprendre plus tard. On croyait, évidemment, qu’on aurait le temps, plus tard, pour profiter de Paul et passer des journées hivernales en famille.

Je suis partie à pied. Je me sentais en forme, j’étais motivée à sortir avec Paul malgré le froid intense de cette fin janvier. Tout était tellement normal. Jusqu’à ce que ce ne le soit plus.

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quoi dire, quoi écrire?

Mes mains sont souvent prises, je manque un peu de temps pour écrire.
Surtout, je ne suis plus certaine de savoir quoi écrire.
Ces jours-ci, évidemment, mon quotidien est plus rempli par les activités de la maternité que par celles du deuil.
Je pense a Paul, je parle de lui, mais il m’occupe moins mes pensées et mon emploi du temps que c’était le cas il y a encore quelques semaines.

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dates

Les dates significatives, les jours et les mois qui s’additionnent, les anniversaires qui se succèdent. Je ne suis pas la seule à tenir le compte, à accomplir cette comptabilité du deuil. Ça semble même être une pratique assez généralisée parmi les parents qui vivent sans leur bébé. Peut-être parce qu’on a pas ou si peu de moments dans le passé à souligner, on s’accroche à continuer d’imaginer le futur dont on avait rêvé pour notre enfant.

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