palimpseste

Dans mon lit, à la maison, un oncle me réveille.

Blottie dans le lit que je connais encore comme celui de mes parents, une tante pose doucement la main sur moi pour me tirer du sommeil.

Je n’ai besoin de personne pour me réveiller toutes les heures.
L’inquiétude, l’habitude des dernières semaines et mes seins qui réclament d’être vidés s’en chargent.

Je savais que c’était bientôt la fin, mais je n’avais pas compris qu’elle arriverait aussi vite.
J’aurais voulu être là je crois.

Je savais que c’était bientôt la fin.
J’ai tenu à être là.

Je sais que c’est la fin.
Je serai toujours là.

Nous partons la rejoindre au petit matin.
Je ne sais plus si elle est encore dans sa chambre ou si on l’a déjà déplacée dans la grande pièce qui accueillera bientôt toute la famille.

La chambre est la même que tous les autres matins, et pourtant elle a changé, irrémédiablement.

L’espace aseptisé sert de foyer aux derniers au revoir, cérémonie improvisée avant la toute fin.

La lumière chaude de septembre inonde la pièce. Pour la première fois, je perçois la beauté des liens sociaux qui existent dans ces moments hors du temps et de la norme.

La quiétude de la maison est bouleversée par les obligations bureaucratiques, l’administration de la mort.
J’aurais voulu plus de temps, plus de place.

Le temps s’étire, j’ai mal. La mort est longue.
Nos familles montent la garde mais nous devons mener cette lutte.

La cérémonie est belle et tellement triste.
Je me sens déguisée, je voudrais pouvoir me cacher derrière un masque.

Je ne me souviens pas des mots, du contenu, simplement des gens qui ont pris place sur les bancs l’église ovale. Certains sont là pour lui, certains sont la pour moi.
Je m’accroche à eux.

La musique, les textes, le lieu, tout a été choisi méticuleusement. La salle est trop pleine.
Tout est parfait, sauf la raison qui nous réunit ici.
Je veux disparaitre. Me dissoudre.

Je passe la fin de la journée avec mes cousines dans ma chambre jaune. On vole quelques bières. Je ne sais plus de quoi on parle.

Le jardin est magnifique. Le mois de juin adoucit la peine. Comme la présence de toutes ces personnes qui m’entourent.
Deux amis me jettent dans la piscine. C’était avant les cellulaires dans toutes les poches.

On rentre à la maison. La maison achetée dans l’attente d’un bébé. La maison trop vide qui est temporairement remplie. Le gin tonic coule à flots.
La gorge remplie de larmes.

————–

billet inspiré par celui de baby boy blue

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4 réflexions sur “palimpseste

  1. Tu signes encore une fois un très beau texte, très touchant. J’aurais tellement voulu que tu n’es pas eu à l’écrire….
    Plein de pensées et d’affection pour toi, pour P. pour Paul et pour bébé-de-mai. Vous êtes une belle famille. XX

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