confiance

La clef qui ouvre toutes les portes… La confiance.
— Charlotte Savary (Et la lumière fut)

 

Le trop de confiance attire le danger.
— Pierre Corneille (Le Cid)

Un clin d’œil à une amie qui demandait hier si ça fait présomptueux de commencer un texte de blogue avec une citation. Tant qu’à faire, j’en choisis deux. Mais c’est surtout parce que dans leur opposition, elles expriment bien le conflit qui m’habite, mes incertitudes face à l’attitude à adopter face à la vie, ou, plus immédiatement, face au futur très rapproché, à ces semaines qui annoncent la naissance de bébé-lentille.

Il y a exactement un an, j’avais l’impression que ma confiance en la vie, confiance qu’elle pouvait m’apporter un bonheur entier, s’était complètement évaporée. J’avais mal, j’étais mal. En avril 2014, moins de trois mois après la mort de Paul, je m’apprêtais à retourner travailler, mue par le besoin d’occuper mon temps avec des tâches familières. Je ne savais plus quoi espérer du futur. Remplir mon emploi du temps a été salvateur, me permettant de me raccrocher à une réalité — le quotidien, les listes de choses à faire — et de me dégager un peu des questionnements et du découragement profonds qui m’habitaient. Tout l’aspect social de mon travail et de mes loisirs était un défi mais au fil du temps, les habitudes ont lentement repris le dessus. J’ai réappris à tenir des conversations sans trop de profondeur, à offrir une oreille aussi attentive que possible aux personnes qui en avaient besoin.

Petit à petit, aussi, j’ai recommencé à esquisser des plans pour le futur. Le désir de prendre soin d’un bébé, d’un enfant, a refait surface après des mois passés partiellement enfoui sous la tristesse et le deuil. Même si je n’avais pas confiance que les choses se passeraient vite et simplement, je suis retombée enceinte rapidement et j’ai entamé une grossesse exempte d’imprévus angoissants. J’ai passé les premiers mois à angoisser quand même, avec l’impression de retenir mon souffle avant la catastrophe. Mais les semaines ont passé, sans anicroche. Le premier trimestre, si propice aux fausses-couches, l’attente interminable entre les rendez-vous, et leur promesse d’entendre le petit cœur qui galope dans mon utérus, l’échographie morphologique, révélant un bébé sans problème observable…

Avec les bonnes nouvelles qui se suivent, ma confiance a grandi. D’un sentiment d’incrédulité totale mêlée d’inquiétude à l’automne dernier, je suis passée à une attitude à peu près paisible face à cette grossesse. J’ai commencé à croire que l’issue de ces mois d’attente pourrait être heureuse. Je me prends à m’imaginer avec un bébé dans les bras, profitant de l’été. Je parle même parfois de plans pour les mois à venir, avec un bébé, sans ajouter constamment le « si tout va bien » que j’ai tant utilisé. Je continue de le penser mais, peut-être un peu pour couper court à la réponse classique à cette mise en garde — « il n’y a pas de raison que ça aille pas » — je m’abstiens de le dire et le redire.

Par moments, je me dis qu’il faut que je cultive cette confiance, que je crois que c’est possible, que je « pense positif ». Mais parfois, j’ai peur que cette confiance soit en fait arrogance, que je perde de vue la fragilité du projet dans lequel nous sommes engagé-e-s, que j’attire par là-même la catastrophe.

 

Hier, j’ai eu une échographie qui visait à mesurer l’épaisseur de ma cicatrice de césarienne pour évaluer les risques de rupture utérine lors de mon accouchement. Encore une fois, j’ai reçu des nouvelles encourageantes. Il s’agissait du dernier élément dans ma prise de décision par rapport à mes plans pour la naissance de bébé-de-mai, le dernier facteur pour faire un choix entre césarienne répétée et planifiée ou tentative d’AVAC (accouchement vaginal après césarienne). Je suis sortie de l’hôpital soulagée, encouragée par les mots du médecin qui m’a rappelé que plein de femmes qui ont eu des césariennes pour arrêt de travail arrivent à accoucher « naturellement » sans problème lors de leur accouchement suivant. Il m’a aussi assuré que mon risque de rupture utérine était très faible — de l’ordre de 1/1000.

Des bonnes nouvelles donc, qui m’ouvrent la porte à imaginer un accouchement beaucoup plus proche de mes idéaux que la naissance de Paul a pu l’être. 1 sur 1000. C’est raisonnable, c’est rassurant a priori. Pourtant, Paul a été ce 1. Nous avons été ce 1, cette statistique improbable.

Dans ce contexte, est-ce que la confiance relative qui m’habite est « la clef qui ouvre toutes les portes »? J’essaie d’y croire, tout en maintenant une attitude prudente, m’efforçant de ne pas « attirer le danger ». Pour l’accouchement, ça signifie en ce moment pour moi de me préparer à la fois pour une naissance aussi près de mes attentes que possible et pour une césarienne. J’essaie d’être ouverte à l’une ou l’autre de ces possibilités, d’être prête.

Pour bébé-de-mai par contre, je ne peux pas me préparer à l’indicible, à l’inimaginable. Je ne veux pas me préparer à la possibilité d’une tragédie. Même y penser est trop difficile. Alors faute d’option réelle, je tente de  combattre la peur en m’accrochant à la confiance fragile que j’ai échafaudée au cours des derniers mois.

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Une réflexion sur “confiance

  1. Quand je me sentais très vulnérable dans ma confiance en la vie, j’étais incapable d’anticiper, que ce soit positivement ou négativement, tant ça m’angoissait. Je pensais d’emblée au pire, et si je tentais de penser au mieux, je me trouvais irréaliste et j’avais peur d’être déçue (again).

    Du coup, je pense que le plus sain et le plus nourrissant était de nourrir la gratitude dans l’instant présent. Qu’est-ce qui va bien ici/maintenant? Et je les nommais et je les appréciais. Je goûtais à tout ce qui va bien, parce que c’est ça qui m’aidait à cesser de penser et de voir le pire en premier lieu.

    En ce moment, il y a une vie en toi qui va bien, il y a ta grossesse qui va bien, etc. Et le reste, c’est le futur, il ne nous appartient pas. Tu peux imaginer ce qui te fait du bien dans le futur. Je le fais quand je sens que ça me fait du bien :). Mais si ça me fait naître des « et si… », je cesse de le faire.

    Pour nourrir d’autres pensées positives, j’avais un endroit-refuge en moi. Je l’ai toujours comme lieu intérieur de méditation ou parfois lieu de fugue contre un quotidien trop lourd ou trop dur. Un lieu où je me suis toujours sentie bien. Parfois le bord du fleuve de mon enfance avec le bruit de la chute d’eau à côté, la blancheur de la neige dans la noirceur étoilée; ou bien dans l’eau tiède du lac-saint-jean, allaitant ma plus grande alors qu’elle était petite, un soir de coucher de soleil merveilleux.

    Bref, je restais solidement dans le présent, le seul moment qui nous appartient et sur lequel on peut agir, quand on le peut.

    Plutôt que la confiance… que je trouve naïve puisque nous sommes si inégaux devant les aléas de la vie et dans les rapports sociaux et que nous ne pouvons pas être responsable de tout ce qui nous arrive, je préfère de loin l’espoir.

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