chaleur et mort subite du nourrisson

Du plus loin que je me souvienne, je n’ai jamais été très frileuse. Enfant, pendant les aventures familiales de fin de semaine, je me baignais sans problème dans les eaux froides des rivières québécoises ou sur les rives bretonnes de l’Atlantique. Je passais mes hivers en manches courtes sous mon manteau, au grand désarroi de mes grands-mères et d’à peu près tous les adultes qui croisaient mon chemin. Mes parents me faisaient confiance pour juger de mes besoins en termes de chaleur corporelle, et je n’ai jamais subi de conséquences négatives de ce laisser-faire.

Enceinte de Paul, témoin d’une dispute parent-enfant sur la pertinence ou non de mettre un coton-ouaté par une soirée d’été, je me souviens avoir souhaité adopter une attitude ressemblant plus à celle de mes parents qu’à celle que j’observe souvent autour de moi. J’espérais que dès que possible nous laisserions notre enfant juger de ce genre de chose par lui ou elle-même, que nous saurions faire confiance à ses perceptions et ses opinions sans que les tuques et les gilets de laine deviennent des zones de combat. (Et j’espérais adopter cette approche plus globalement que pour les simples enjeux vestimentaires : faire confiance à mon enfant, établir un dialogue ouvert, accepter de me remettre en question, etc.)

Je me sens loin de ces préoccupations de mère pleine de la confiance absolue que mon enfant allait grandir et développer une opinion sur son accoutrement, loin de ces mises en scène mentales qui me projetaient des années en avant. Maintenant, quand je réfléchis à la régulation de la température des bébés, je pense moins à la philosophie parentale que je souhaitais adopter à moyen terme et plus à mes inquiétudes immédiates, mêlées de souvenirs traumatisants et de remises en question de mes décisions.

Avant Paul, je ne savais pas que les hausses de température étaient liées à l’incidence de mort subite du nourrisson. Malgré mes lectures nombreuses pour me préparer à mon nouveau rôle de parent, je ne suis jamais tombée sur cette information — ou encore, je l’ai peut-être lue mais elle n’a pas « collé ». Évidemment, maintenant, il m’arrive régulièrement de voir passer des articles qui examinent les liens entre MSN et chaleur excessive.

Ces liens auraient été soupçonnés après suite à l’observation que « le nombre de morts subites du nourrisson augmentait constamment après la chute du mercure extérieur. Étrangement, on pouvait même observer que la fréquence des cas était plus élevée vers le nord et diminuait graduellement en allant vers le sud. Les chercheurs ont donc émis l’hypothèse que lorsque le froid arrive, quelque chose se passe, mettant les bébés en danger. » (Maman Éprouvette). Les bébés trop emmitouflés seraient alors plus à risque de décéder sans explication, un phénomène possiblement dû au fait que la chaleur exagérée les empêche de mener à bien le processus d’autoressuscitation.

Une recherche récente menée à l’Université de Montréal montre quant à elle que les températures estivales élevées ont elles aussi un impact sur l’incidence des taux de MSN. Pour les bébés de 1 à 12 mois, « par rapport à une température de 20 °C, le risque de décès passe de 1,4 à 2,1 puis à 3,8 lorsque les températures sont respectivement de 24, 27 et 30 °C. […] pour ce qui est des décès touchant spécifiquement les nourrissons de 3 à 12 mois, le risque de mourir subitement lorsque la température est de 30 °C est cinq fois plus grand que lorsque l’air ambiant est à 20 °C. »

Je lis cela alors que j’essayais de me raisonner par rapport aux risques d’emmailloter ou d’habiller bébé-de-mai trop chaudement. Je me disais que d’ici l’hiver prochain, il ou elle aurait assez grandi pour porter son propre habit de neige et être porté à l’extérieur de nos manteaux. Mais avant ça, j’aurai à vivre avec le stress de l’exposer à des températures élevées cet été. Moi qui ai des objections multiples à l’utilisation de l’air climatisé dans une ville qui ne subit que quelques semaines de grande chaleur par année, je devrai peut-être revoir mes opinions environnementales et calmer mon stress en maintenant artificiellement une température fraîche pour bébé-de-mai cet été. Ou alors, peut-être nous exilerons-nous temporairement sur la Côte-Nord?

On verra ce que juillet nous réserve…

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4 réflexions sur “chaleur et mort subite du nourrisson

  1. There is simply too much to know about the human child. It can become an obsession to try and have all the bases covered. People who think they have it mastered, whose children are never afflicted with a dangerous illness and accident along the way, who find their child(ren) only experience a « close call » at some point, are actually just lucky. (Of course, I envy them. The price is too high to be just on the other side of these happy endings.)

    I do not have reassuring or knowing words, especially since the body heat issue strikes such a tender, horrific nerve with you. I know you did over and above, for Paul…, and that you will do the same for your new son or daughter.

    • I keep trying to tell myself that it’s impossible to know everything and to do everything perfectly. I know that, yet i can’t help but worry about everything that could go wrong again…

      I was reading an article this morning on the sleep training debates and the author was arguing that since there is no evidence that either letting babies « cry it out » or responding to their every cue caused any damage, we should trust parents to make their own choices. And even though part of me wants to give that trust that people make the choices that are best for them and their families, i can’t bring myself to do so. I had absolutely not planned on letting Paul cry just because it didn’t feel right to me but now, just thinking about that option makes me anxious and worried about what could happen to babies who are left alone behind a closed door for long hours… I guess, yes, in all the cases where nothing dramatic happens, it’s just luck.

      Did you, or do you, feel more protective of C.T. after what happened to B.W. and Zachary?

      • Yes, indeed. At every stage of C.T.’s life, but especially during that first year, actually until he was two years old, when the dangers seemed to be everywhere, when his ability to communicate wasn’t fully verbal (to the extent required in case of identifying a dangerous illness, etc.). There were many emotional meltdowns from my attempts to control as many dangers as possible, while recognizing there were still some I could not. And, I forgive myself for all of them. I think this journey just requires a little bit of hyper-awareness and « crazy »… you know?

        Before Zachary died, as C.T became an older toddler and then a small child, I guess I just found that I was more « careful » with him than I observed other parents to be. That’s not to say others were careless, indeed most weren’t/aren’t. But, there is something about holding the dead body of your child…, you can’t go back to the mind set you had (or might have had) as a non-loss mom.

        Now that Zachary had died, I am still finding my new way of being, with C.T. I worry about every little illness because I know how quickly and permanently things can go from « doing great » to « we recommend you remove his life support ». I worry about a wreckless driver, texting, veering into our front yard while I have stepped away from where he is playing. I worry about allowing him to go and ring a neighbors doorbell and someone snatching him as I stand back, giving him his independence. There are so many different dangers and pressures at each stage of life. I still try to maintain as much control as I find keeps me sane. I guess what is disturbing is that I just don’t have much confidence in C.T.’s health or safety, after we’ve already lost 2 of our 3 children. I guess my lack of confidence to is to be expected when the universe has dealt me the cards it has. At least, that is what I tell myself.

      • Thank you for sharing your experience(s). I have been thinking a lot about this — how close to what i used to consider overprotective/overbearing parenting i will end up being. It’s helpful to read about others’ experiences and about, and especially to be reminded it’s ok to forgive ourselves. If all goes well, and bebe-lentille is born safely, will just have to reevaluate as time passes, i suppose…

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