renversement

Aujourd’hui, je me suis retrouvée, je pense, dans une situation étrange. Une sorte de renversement de rôles auquel je ne m’attendais pas. Je dis « je pense » parce que je ne suis même tout à fait certaine d’avoir bien saisi la situation en question. Mais je crois que sans le vouloir, j’ai fait subir à une maman ce que je voulais éviter à tout prix il y a quelques mois.

Après être allée aller manger avec une collègue, de passage à mon travail pour répondre à quelques questions de la personne qui me remplace, je me suis retrouvée au milieu d’une de ces conversations typiques de fin de grossesse. Il faut dire que je me sens à l’aise d’aborder ces questions avec mes collègues, qui ont été extrêmement présent-e-s et à l’écoute suite à la mort de Paul, à mon retour au travail l’an dernier, puis à l’annonce de cette nouvelle grossesse. J’ai répondu à leurs questions sur la position du bébé, j’ai partagé mes impressions par rapport à mon congé, et à l’attente de l’arrivée de bébé-de-mai.

La conversation était légère. Je ne sentais pas le besoin d’exprimer mes inquiétudes face au futur, justement parce que je n’avais pas à les cacher. Savoir que j’aurais pu en parler avec ces personnes, savoir qu’elles m’auraient écoutée me suffisait. Alors je m’en suis tenue à des aspects plus banals de mon quotidien. De l’extérieur, j’imagine, j’avais l’air d’aborder ces derniers jours de grossesse avec la même confiance qui m’habitait juste avant la naissance de Paul. J’avais l’air de vivre dans l’ignorance de tout ce qui peut mal tourner, dans la naïveté qui précède le drame. J’avais l’air d’avoir rejoint le monde des vivant-e-s, du normal, du simple.

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y croire

Pendant la fin de semaine, j’ai reçu un court message d’une amie — le genre de message que j’aimerais recevoir plus souvent tant il m’a fait du bien. Elle me racontait un rêve qu’elle avait fait la nuit précédente. Dans son rêve, nous étions avec des ami-e-s et des enfants dans un grand parc au bord de la rivière, dans notre quartier, et un petit garçon arrivait en s’exclamant sur le beau temps et la chaleur. C’était Paul.

Ce n’ai pas moi qui ai fait ce rêve, et pourtant, en lisant les quelques lignes qu’elle m’a envoyé, des images claires et colorées me sont venues à l’esprit. Sans effort, j’ai vu ce Paul, grandi, capable de courir, de parler, Paul heureux comme il aurait dû l’être. Pendant un instant, ce qui aurait dû être a pris le pas sur ce qui est, sur la réalité à laquelle je me suis habituée, bien malgré moi.

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audio

La fatigue et l’impatience, mêlées aux préparatifs en vue de l’arrivée de bébé-de-mai, font que je manque un peu d’inspiration… j’en ai donc profité pour rassembler les mots de quelques autres personnes sur la mort, le deuil, et l’oubli.

Dans la barre de droite du blogue, j’ai compilé une liste de quelques podcasts et extraits radio que j’ai trouvé touchants, éclairants, intéressants, au fil des derniers mois, et qui ont contribué à alimenter mes réflexions sur le deuil. Cette liste qui comprend surtout des épisodes de podcasts auxquels je suis abonnée, et est appelée à s’allonger au fil du temps. D’ailleurs, n’hésitez pas à me faire part de vos recommandations, tant en français qu’en anglais.

Et pour finir, une chanson de Brel, toujours aussi bouleversant, dont les paroles ont croisé mon chemin aujourd’hui et qui me semblent si justes.

On n’oublie rien de rien
On n’oublie rien du tout
On n’oublie rien de rien
On s’habitue c’est tout

fines lignes roses

Il y a deux ans, presque jour pour jour, une très fine ligne rose nous annonçait le tout début de ton aventure parmi nous. Une marque verticale presque imperceptible à moins d’avoir l’œil aguerri par l’espoir. Pareil pour les sensations subtiles qui commençaient à m’habiter, porteuses d’un bonheur plein d’étonnement.

Les neuf mois qui ont suivi n’ont pas été de tout repos. De ta place privilégiée, tu m’as sûrement entendue me plaindre de mes petits maux, de mes pieds enflés, de mes chevilles disparues, de ma fatigue intense. Je n’ai pas vécu la grossesse légère et épanouie dont j’avais rêvé. Mais tous ces désagréments, sans compter celui, mal vécu, d’avoir « raté » mon accouchement, ont valu la peine. Ils ne sont rien face au bonheur intense que tu nous as fait vivre.

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snail travels

Last week, P. and I went to Detroit to visit my brother, sister-in-law and brand-new-adorable niece, S..
An intense journey, both physically — a very long drive for my very pregnant self — and emotionally. A travel through space, through time, in a way, as i was reliving vicariously the vertiginous first few days with a baby, but also a travel into an unknown, unexplored reality.

A reality in which my little brother is now a dad, in which he is learning to parent as i struggle not to be able to have more perspective on this role i should be well acquainted with by now. The jealousy and envy i have felt at some points since knowing Paul would have a cousin before i could give him a brother or a sister has receded, but as the days pass, i wonder how i will feel once S. reaches and sails past 28 days of life. I don’t know what to make of this reality but accept it exists, and go along with it.

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palimpseste

Dans mon lit, à la maison, un oncle me réveille.

Blottie dans le lit que je connais encore comme celui de mes parents, une tante pose doucement la main sur moi pour me tirer du sommeil.

Je n’ai besoin de personne pour me réveiller toutes les heures.
L’inquiétude, l’habitude des dernières semaines et mes seins qui réclament d’être vidés s’en chargent.

Je savais que c’était bientôt la fin, mais je n’avais pas compris qu’elle arriverait aussi vite.
J’aurais voulu être là je crois.

Je savais que c’était bientôt la fin.
J’ai tenu à être là.

Je sais que c’est la fin.
Je serai toujours là.

Nous partons la rejoindre au petit matin.
Je ne sais plus si elle est encore dans sa chambre ou si on l’a déjà déplacée dans la grande pièce qui accueillera bientôt toute la famille.

La chambre est la même que tous les autres matins, et pourtant elle a changé, irrémédiablement.

L’espace aseptisé sert de foyer aux derniers au revoir, cérémonie improvisée avant la toute fin.

La lumière chaude de septembre inonde la pièce. Pour la première fois, je perçois la beauté des liens sociaux qui existent dans ces moments hors du temps et de la norme.

La quiétude de la maison est bouleversée par les obligations bureaucratiques, l’administration de la mort.
J’aurais voulu plus de temps, plus de place.

Le temps s’étire, j’ai mal. La mort est longue.
Nos familles montent la garde mais nous devons mener cette lutte.

La cérémonie est belle et tellement triste.
Je me sens déguisée, je voudrais pouvoir me cacher derrière un masque.

Je ne me souviens pas des mots, du contenu, simplement des gens qui ont pris place sur les bancs l’église ovale. Certains sont là pour lui, certains sont la pour moi.
Je m’accroche à eux.

La musique, les textes, le lieu, tout a été choisi méticuleusement. La salle est trop pleine.
Tout est parfait, sauf la raison qui nous réunit ici.
Je veux disparaitre. Me dissoudre.

Je passe la fin de la journée avec mes cousines dans ma chambre jaune. On vole quelques bières. Je ne sais plus de quoi on parle.

Le jardin est magnifique. Le mois de juin adoucit la peine. Comme la présence de toutes ces personnes qui m’entourent.
Deux amis me jettent dans la piscine. C’était avant les cellulaires dans toutes les poches.

On rentre à la maison. La maison achetée dans l’attente d’un bébé. La maison trop vide qui est temporairement remplie. Le gin tonic coule à flots.
La gorge remplie de larmes.

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billet inspiré par celui de baby boy blue

procrastination

Who doesn’t sometimes suffer from this common modern affliction? It is almost expected in a society that values so much “being busy” — a well-adjusted adult is almost expected to have too little time to accomplish all of their weekly tasks, making the excuses we give ourselves for procrastinating easy to find and easy to use.

I have the privilege of being able to take time off work for the last weeks of my pregnancy. Pregnant with Paul, in 2013, I had waited until my 37th week to stop working, partly because it lined up with the winter holidays, but mostly because I didn’t allow myself to have free time if I didn’t absolutely need to. If I wasn’t absolutely unable to work, I felt like I had to keep going. Even after Paul’s death, I felt the obligation to return to work as soon as I got back to a more or less functioning state. Lire la suite