la violence, les arrestations, la peur

Je me suis posé la question cet après-midi : est-ce que je fais l’effort de ressortir de chez moi ce soir pour aller à cette première manif de soir? Est-ce que je sors de ma zone de confort pour faire valoir dans la rue que l’austérité n’est pas une fatalité? Que le gouvernement Couillard accumule les décisions qui ont un impact désastreux sur une majorité de la population, et particulièrement sur les personnes qui sont déjà les plus mal prises? Est-ce que je fais cet effort pour ajouter ma voix à celles qui crient contre l’injustice?

J’ai choisi la facilité. Je suis restée à la maison, plus par lâcheté qu’autre chose. Enceinte de presque huit mois, je ne me sens pas nécessairement assez en forme pour aller marcher des heures dans les rues mais le contexte de répression policière à Québec me laissait entrevoir que la manif ne déambulerait pas pendant des kilomètres et des kilomètres. J’ai choisi la solution facile de me reposer en écoutant un film et de suivre le sort des manifestant-e-s sur facebook, dans le confort de mon fauteuil.

Je connais la tendance du SPVQ à intervenir de manière tout à fait disproportionnée à la moindre occasion. Toute excuse est bonne pour interpeller quiconque tenterait d’exprimer une opinion dissidente sur la place publique, quel que soit le sujet, quel que soit la stratégie adoptée. Pas plus tard que ce matin, la police interpellait des collègues qui distribuaient des tracts à des fonctionnaires sur le trottoir pour les sensibiliser au sous-financement des groupes de défense collective des droits. Si ce genre d’action tout en douceur mérite une intervention du SPVQ, tout laissait présager qu’une manif nocturne, particulièrement en cette première semaine de grève étudiante, allait se mériter l’attention des forces policières.

Je ne devrais pas être surprise. Je ne le suis pas vraiment.
Et pourtant, les images de ce soir, tant celles produites par des personnes prenant part à la manifestation que celles captées et diffusées par les médias locaux, me glacent. Les bribes d’information qui circulent me font peur.

J’entends parler des arrestations de masse, je vois cette femme blessée au visage par ceux se disent agents de la paix, ce manifestant qui a le malheur de trébucher et qui se retrouve assailli par des policiers qui ont l’air de faire un remake d’un film de guerre, et j’ai peur. J’ai la chienne. J’ai pas envie d’aller faire face à ce genre de violence. Pas envie de me faire prendre dans une souricière pendant des heures. J’ai pas envie de me faire écœurer par la police. Le procès en lien avec l’arrestation de masse du 27 avril 2012 s’éternise. J’ai pas envie de m’embarquer à nouveau là-dedans. Pas envie d’accumuler des tickets. (Et je ne parle même pas des vraies raisons d’avoir peur…)

Je le vois bien, je me justifie. Et je contribue par le fait même à donner raison à la police, à l’administration municipale, au gouvernement, qui font le pari que la répression policière et politique va affaiblir celles et ceux qui s’opposent à « la paix et le bon ordre » qui leur sont si chers.

Ce qui s’est passé ce soir me fait peur et me donner envie de rester chez moi, à l’abri de tout ça.
Je me sens cheap. Je m’en veux. Et surtout je leur en veux.

 

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Un peu d’activisme de salon pour finir : signez la déclaration pour le droit de manifester à Québec.

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