un an

grandpetit1Un an s’est écoulé. Nous avons bouclé une année entière pendant laquelle je me suis souvent référée à ce que je vivais 365 jours plus tôt, pour essayer de donner du sens à ce que ma vie était devenue, pour comprendre comment les choses avaient pu changer aussi dramatiquement en moins de douze mois.

Je ne sais pas ce que cette année qui s’amorce nous réserve. Je ne sais trop quel bilan faire de cette année de deuil. Certains jours, je me sens encore tellement démolie, d’autres, je ne peux que constater que j’ai réussi à rebâtir une part de moi pendant ces mois de dérive.

Hier, nous avons pris du temps pour partager notre deuil, notre tristesse, pour inviter des ami-e-s et nos familles à se joindre à nous pour faire vivre le souvenir de Paul. Je ne savais pas trop ce que je voulais faire de cette journée, comment je voulais la vivre. Je ressentais des besoins contradictoires quant à la façon de souligner cette année passée sans Paul. Une part de moi aurait souhaité vivre la journée seule avec mes pensées, préférablement cachée sous une couverture. Mais une autre part, qui a finalement remporté ce bras-de-fer intérieur, souhaitait partager, vivre cette date ouvertement, extérieurement, collectivement.

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P. et moi avons donc convié quelques personnes à se joindre à nous pour une aventure hivernale. Nous avions beaucoup de projets pour notre petit marcassin. Nous voulions l’amener voir le monde, l’accompagner dans des aventures, lui faire découvrir la nature. Pour nous souvenir de lui, honorer sa vie, il nous semblait donc tout désigné de sortir de la ville, et de sortir nos raquettes pour une randonnée. Dans notre message d’invitation, nous avons ajouté « Si l’inspiration y est, nous laisserons aussi quelques traces de notre passage en l’honneur de Paul. »

1Cet appel qui n’en était pas un a mené à la création collective d’un « arbre à Paul », décoré des éléments que quelques personnes avaient apporté pour marquer le paysage de la présence de Paul. Son arbre est donc maintenant décoré par un drapeau fait par sa grand-mère, une clochette, un mobile bricolé par ses cousins, un tricotin coloré, et un canot de bois.

Paul, le petit grand voyageur a maintenant un nid douillet au milieu des branches… Et nous, ceux et celles qui restent, nous avons un espace vers lequel nous tourner pour nous rappeler son passage trop court parmi nous.

Près de son arbre, nous avons fait un feu dans la neige pour adoucir un peu le froid intense, et nous y avons dispersé ses cendres, pour qu’elles soient partout où Paul aurait dû être.

grandpetit2    mobile

arbre

Toutes ces énergies et ces images qui font vivre Paul dans l’imaginaire de nos proches m’ont aidées à vivre cet anniversaire douloureux de son décès dans une certaine sérénité. Et j’ai aussi pu prendre du temps juste pour Paul et moi. J’ai laissé le soleil m’éblouir et le froid me secouer, je lui ai écrit une lettre dans un petit cahier préparé pour l’occasion, et j’ai tracé les lettres de son prénom dans la neige, témoignage éphémère de mon amour.

paul

Mon petit marcassin

Cette semaine, ton papa et moi avons travaillé
hier nous avons mangé, nous avons ri aussi
cette nuit, nous avons dormi chez nous, dans le calme
de l’extérieur, nous menons une vie normale

Pourtant, le souvenir de ces mêmes jours
il y a exactement un an
rend cette normalité factice

L’an dernier, nous prenions soin de toi
à la maison, dans un quotidien serein
puis à l’hôpital, tenus debout par l’angoisse

Cette même nuit, l’année dernière
notre dernière ensemble
collés tous les trois dans un lit d’hôpital
trop grand pour toi, mais ne pouvant contenir notre amour

Ce matin, l’année dernière
la famille réunie par les larmes
rassemblée pour te souhaiter bon vent

Ce jour à jamais le tien
pour te dire au revoir, encore et encore
tu es toujours là, avec nous

Saches que ta présence et ton absence
entremêlées dans nos vies
continuent de croître
et de faire des bourgeons

je t’aime,
ta maman (et bébé-lentille)

paul1

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11 réflexions sur “un an

    • Et par « c’est beaucoup », je voulais dire que c’est tout un accomplissement, d’avoir survécu, d’avoir affronté ces 365 journées les unes après les autres, d’avoir mis un pas devant l’autre… Je t’admire! J’aimerais vivre mes difficultés de façon aussi noble et éloquente. Sincèrement, je vais arrêter de commenter pendant un petit moment parce que j’ai toujours l’impression d’écrire la pire affaire possible. Je vais continuer de te lire et de te dire que je pense souvent à Paul et à toi, par contre. Mais je vais arrêter de commenter le contenu.

      • Je te remercie pour tes commentaires. Ici et ailleurs. Je n’ai pas l’impression de vivre de façon « noble » (et je m’inquiète de projeter une image fausse)… mais je sais qu’une des choses qui me permet de continuer de mettre un pied devant l’autre c’est de me sentir accompagnée. Tu fais évidemment comme tu le sens (re: commenter ou pas, lire ou pas) mais sache que tes commentaires sont tout à fait les bienvenus. Tes mots font partie de ce soutien collectif qui m’aide à avancer.

  1. Pingback: parent(hèse)s | le marcassin envolé

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