la neige et le froid

Paul,
Quand tu es arrivé parmi nous l’an dernier, ton papa et moi avions la tête pleine de projets. Nous voulions que tu nous accompagnes partout, nous voulions voir le monde avec toi, le redécouvrir à travers tes yeux. Quelques jours après ta naissance, nous avons voulu au moins te faire découvrir ton environnement immédiat. La rue glacée, la rivière gelée, ton quartier. Puis, le chalet de ta famille paternelle et ses sentiers enneigés. Nous voulions te faire apprivoiser l’hiver, ta saison, bien collé au chaud contre l’un-e d’entre nous. Nous avons fait une promenade hivernale dans les bois, tu étais tellement bien. Et moi aussi. Nous aussi.

Après ta mort, j’ai perçu l’hiver comme un ennemi. Le froid mordant semblait vouloir me rappeler chaque jour à quel point la vie était cruelle. Sortir de la maison est devenu une épreuve. Je n’arrivais pas à faire face au monde qui t’avait arraché à nous. Je voulais fuir ces espaces qui me rappelaient ta présence, et cette saison que j’associe à ta vie.

Dès que j’ai pu me sauver vers le sud, n’importe où mais loin, je l’ai fait. J’ai fui le froid. J’ai essayé de fuir la réalité, sans succès. À mon retour, le temps s’était adouci, changeant le paysage, rendant la douleur du souvenir un tout petit peu moins vive. Puis, j’ai appréhendé le retour de l’hiver. J’ai appréhendé ton premier anniversaire, et maintenant, la date qui marquera une année entière sans toi.

Je sais que je ne peux pas hiberner et me réveiller seulement avec le retour du temps chaud. Je sais que je dois vivre à travers cette saison qui reste la tienne. Je voulais que tu aimes cette saison, que tu t’y attaches, que tu la chérisses. Ça continue de m’arracher l’intérieur de savoir que tu ne pourras jamais jouer dehors dans le froid, que tu ne sentiras jamais l’odeur douce de la première neige, que tu n’auras jamais froid aux joues, que tu n’entendras jamais le bruit presque inaudible des flocons qui atterrissent, que tu ne goûteras jamais à la neige neuve du bout de ta langue. Ça me démolit de penser à tous ces jamais. Mais j’ai choisi de vivre ces réalités hivernales, d’en profiter si possible, en pensant toujours à toi, plutôt que d’essayer en vain de les fuir.

J’aurais voulu te porter sur mon dos hier, en raquettes. J’aurais voulu que tu vois les branches des arbres recouvertes de neige, j’aurais voulu que tu ressentes le réconfort d’entrer dans le refuge chaud après avoir passé plusieurs heures dehors. J’aurais voulu que tu entendes le feu qui crépite et le rire de tes matantes, que tu goûtes à la soupe chaude de la fin de journée.

Tu n’étais pas là, mais tu étais avec moi. Toujours.

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5 réflexions sur “la neige et le froid

  1. J’admire sincèrement ton courage. C’est un combat à part entière que tu vis, et tu as une très belle force en toi.
    Je te souhaite énormément de douceur et de chaleur.

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