menteuse

Le privé est politique. Un slogan phare du mouvement féministe qui peut paraître simpliste si on ne s’y arrête pas trop longtemps mais qui, je crois, est profondément porteur de sens. Pour ma part, j’ai l’impression que je pourrai en explorer les ramifications encore longtemps. Je le fais par rapport à plein d’aspects de ma vie – récemment, ça a été particulièrement fructueux pour penser à mon expérience d’accouchement, par exemple. Mais pour l’instant, c’est un cadre de réflexion que j’utilise encore à petits pas hésitants, ici et là, pour tenter de réfléchir à mes expériences autour de la mort de Paul et du deuil.

Et puis parfois, sans que je m’en rende compte, le privé s’invite dans le politique. Ou comme ça m’est arrivé hier soir, dans la politique, à petite échelle, de surcroit.

Dans une instance de quartier à laquelle j’assistais pour mon travail, je me suis fait pointer du doigt et accuser de n’insister que sur un seul sujet, chaque mois, depuis « plus d’un an ». La personne qui s’adressait à moi était fâchée et se répétait, sans que qui que ce soit réussisse à l’interrompre. Personne dans la salle ne savait trop comment réagir. D’un point de vue professionnel/rationnel, la situation était désagréable et regrettable, mais c’était un événement assez mineur — une personne qui s’énerve, dans un contexte où elle aurait dû mieux garder son calme (une personne qui laisse le personnel s’imposer dans sa vie professionnelle, peut-être?).

Alors que j’aurais dû balayer l’événement du revers de la main, je n’arrivais pas à retrouver un état d’esprit plus apaisé. Je me sentais attaquée par les propos qui m’étaient adressés. Au-delà de ça, je me sentais profondément blessée, sans tout à fait réussir à mettre le doigt sur ce qui pouvait expliquer cette réaction si forte. J’ai passé le reste de la rencontre à bouillonner, tout en refusant de réagir à voix haute. Par peur d’avoir l’air de manquer de professionnalisme, certes, et un peu aussi, pour ne pas donner l’impression à l’autre qu’elle avait gagné, aussi mesquin cela soit-il.

En arrivant à la maison, après plus de deux heures à laisser mariner ces événements intérieurement, je me sentais écrasée par la fatigue. J’avais l’impression d’être une enfant qui n’a pas fait de sieste et qui pleure d’épuisement sans arriver à trouver le sommeil. En racontant ma soirée à P., entre les larmes que je n’arrivais pas à expliquer, j’ai fini par mettre les mots sur ce qui m’avait tant blessée. Cette phrase répétée : « Ça fait plus qu’un an que ci, ça fait plus qu’un an que ça! ». Cette phrase pleine d’exagération mais proférée sans arrière-pensée… Cette phrase à laquelle je ne pouvais répondre ce qui prenait toute la place en moi.

« Menteuse, » j’aurais voulu lui dire, « Menteuse! Il y a un an, je n’étais pas ici. Il y a un an, je m’occupais de mon fils qui venait de naître. Il y a un an, sans le savoir, je profitais des derniers jours que j’aurais jamais avec lui. Il y a un an, à peu de chose près, j’ai dû lui dire au revoir pour la dernière fois. Il y a un an j’ai dû commencer à vivre une vie dont le sens était éteint. »

Mais on ne dit pas ces choses-là. Alors je me suis tue.

Parler des dynamiques sociales qui influencent nos vies personnelles est bien vu, dans mon milieu en tout cas. Mais laisser le personnel, le privé, s’imposer dans ce qui est d’ordre public, ça passe moins bien.

Alors je le dis une dernière fois, pour moi-même, faute de mieux : « Menteuse! »

 

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2 réflexions sur “menteuse

  1. Typhaine – I have been slow in keeping up here. My computer crashed and took a few days to resolve. I am not as good at typing a comment on the ipad or phone….

    This particular piece didn’t translate well on google, but I think I understand the fundamentals. (I could also be totally off!) I’m sorry that your colleague made you feel so unnerved and angry, and that it called into view the tender timeline by which your life is « defined » now – in Paul’s life and before and after his death. I’m also so sorry that it was done in a professional atmosphere, you paralyzed and confused, with no one to come to your aid.

    I wish that our painful thoughts were more easily conveyed. If we weren’t so polite and politically correct, I wonder if there would be more compassion in the world.

    I find that I’m easily triggered by even casual conversations that involve the month of January 2014. If someone goes on and on about the snow, the endless cold, the snow and more snow…., I just want to scream. And, I’m not sure why other than my world was re-created and then destroyed in that same timeframe.

    • I am amazed you keep reading through Google translate at all, no need to worry about being slow! I so appreciate that you read my words and are present for me, no matter the pace.

      My post was a little vague on purpose because i didn’t want to point to someone publicly. Thankfully, the person i talk about is not someone i need to work with on a regular basis. And to be fair, she is not responsible for how i feel about the year that has just passed… i too get triggered by such mundane stuff when it reminds me of Paul…

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