avertissements

Je ne veux pas justifier ce que j’écris, ce que j’ai besoin d’écrire. Je ne veux pas justifier ce que je choisis de partager publiquement. Pourtant, chaque fois que j’ajoute un texte à ce blogue, qui se veut une collection de mes réflexions et de mes émotions, je me demande si je devrais intégrer un avertissement : « Je suis triste mais ça va aller, ne vous inquiétez pas. » ou « Ne vous sentez pas obligé-e de lire ce texte. » ou « Désolée, je répète encore à peu près la même chose que la semaine dernière, et qu’il y a six mois. »

Mon réflexe serait de faire par écrit ce que je fais tous les jours à l’oral. Rassurer les personnes avec qui j’interagis. Je le fais avec les personnes qui semblent s’inquiéter. Mais du même souffle, j’aurais envie d’expliquer que je ne me sens pas encore bien. Que je ne suis pas remise de la mort de Paul. Que c’est normal. Que je ne sais pas si je m’en remettrai un jour. Que peut-être que j’ai changé pour de bon, et que je porterai pour toujours l’absence de Paul dans le monde, comme une lourde cape à jamais accrochée à mon cou.

La douleur n’est plus aussi vive, plus aussi violente qu’elle ne l’était au tout début. Mes aptitudes sociales ont repris le dessus, à peu près. Je ne m’effondre plus au travail ou au milieu d’un concert. Mais j’ai maintenant l’impression de devoir justifier à la fois quand je me sens à peu près bien – ou quand j’ai l’air à peu près normale – ET quand je ne vais pas bien du tout.

Je m’entends utiliser l’excuse d’un mal de dent mineur pour expliquer à ma collègue que j’ai besoin de me recoucher pour la matinée, parce que ça me semble plus légitime que de dire que je n’arrive pas à faire face à la journée de travail à cause de la peine qui me submerge.

J’y crois, pourtant, à l’importance de prendre soin de mon bien-être et de ma santé mentale. Mais apparemment, je continue d’avoir besoin de m’en convaincre. Intérieurement, et en parlant, et en l’écrivant autant de fois qu’il faut – même si ça implique l’effort de m’empêcher de commencer en disant « Désolée, je répète encore à peu près la même chose que la semaine dernière. »

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3 réflexions sur “avertissements

  1. Je te comprend, c’est exactement pour ça que je n’écris presque jamais. Mais j’aime ça te lire souvent, ça me fait sentir normale. Alors si ça t’aide tu peux te dire que ça m’aide aussi. 🙂

  2. J’ai découvert votre blog il y a peu. Je n’ai jamais traversé ce que vous traversez. D’autres épreuves oui. Mais si on ne peut comparer les épreuves, elles ont ceci de spéciales c’est qu’elles nous rendent sensibles aux autres.
    Ne vous justifiez pas. Continuez d’écrire parce que vous le faites bien, parce que vous mettez des mots sur les douleurs que vous traversez comme d’autres mamans, parce que vous les aidez peut-être sans le vouloir, parce que le processus est long et qu’il durera peut-être toujours….
    Il n’est pas nécessaire de nous rassurer, on sait qu’il y a des hauts et des bas, des hauts plus hauts et des bas plus bas…..et qu’après une journée terrible la suivante sera sûrement un peu mieux.
    Paul a existé. Paul existe bel et bien dans le coeur de ceux qui l’ont connu… on ne peut pas l’oublier.

    • Merci beaucoup Florence. Merci de lire et d’avoir pris le temps de commenter.
      C’est très apprécié et ça me touche beaucoup de savoir que le souvenir de Paul vit dans la tête et le cœur de plein de gens.

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