solitude/communauté

Il y a quatre semaines, c’était l’anniversaire de Paul. L’an dernier, avant qu’il naisse et pendant ses premiers jours, j’ai entrevu comment nous pourrions célébrer chaque année cette journée. J’imaginais des fêtes d’enfants hivernales, des jeux dans la neige, des chocolats chauds et une galette des rois réinventée pour lui.

Cette année, nous avons mangé de la galette des rois en son absence, sans mode d’emploi pour cette journée qui aurait dû en être une de célébrations. Demain, une autre journée journée pleine de sens et de tristesse marquera la fin d’une année entière sans Paul. Que doit-on faire par une pareille journée? Comment rendre honneur à sa vie, à son passage dans les nôtres sans sombrer dans le désespoir? Comment célébrer la trop courte présence de Paul dans le monde alors que je prends encore tout juste la mesure de son absence dans ma vie.

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apprendre à demander, apprendre à recevoir

Je me sens exigeante. J’ai l’impression de demander beaucoup des gens qui m’entourent. Je crois que c’est un trait de caractère que j’avais déjà avant — avant que tout change. J’en attends beaucoup des autres. Mais je crois qu’avant, je ne me posais pas trop de questions à ce sujet parce que j’avais confiance d’en donner beaucoup aussi.

Le problème avec cette équation, avec cette volonté de réciprocité, c’est qu’au moment où j’en ai moins à offrir, j’ai plus de difficulté à demander aussi, alors que j’en ai pourtant besoin plus intensément que d’habitude. Moins de quoi? Je pense à un tout un peu vague — temps, patience, écoute, amour… Je me sens lessivée, essorée de ce que je croyais posséder. J’ai l’impression d’avoir été vidée de ces biens précieux et de ne pas réussir à en refaire le plein. Lire la suite

maybe you won’t have time later

I don’t know why i do this to myself. Why i click on links that target overwhelmed parents of young children. Perhaps it’s just because of how common they are. I come across that type of article several times a day. I look away most of the time, but then, once in a while, i click and read the words of those parents who have normal parenting problems and who deal with daily annoyances and small-scale dilemmas by writing tongue-in-cheek pieces on parenting websites.

I clicked yesterday even though the title of the article already was making me cringe, You Have Plenty of Time to Love Them Later.  The advice it offered, and that I would have perhaps appreciated had things been different, seemed so so wrong : Lire la suite

la neige et le froid

Paul,
Quand tu es arrivé parmi nous l’an dernier, ton papa et moi avions la tête pleine de projets. Nous voulions que tu nous accompagnes partout, nous voulions voir le monde avec toi, le redécouvrir à travers tes yeux. Quelques jours après ta naissance, nous avons voulu au moins te faire découvrir ton environnement immédiat. La rue glacée, la rivière gelée, ton quartier. Puis, le chalet de ta famille paternelle et ses sentiers enneigés. Nous voulions te faire apprivoiser l’hiver, ta saison, bien collé au chaud contre l’un-e d’entre nous. Nous avons fait une promenade hivernale dans les bois, tu étais tellement bien. Et moi aussi. Nous aussi.

Après ta mort, j’ai perçu l’hiver comme un ennemi. Le froid mordant semblait vouloir me rappeler chaque jour à quel point la vie était cruelle. Sortir de la maison est devenu une épreuve. Je n’arrivais pas à faire face au monde qui t’avait arraché à nous. Je voulais fuir ces espaces qui me rappelaient ta présence, et cette saison que j’associe à ta vie.

Dès que j’ai pu me sauver vers le sud, n’importe où mais loin, je l’ai fait. J’ai fui le froid. J’ai essayé de fuir la réalité, sans succès. À mon retour, le temps s’était adouci, changeant le paysage, rendant la douleur du souvenir un tout petit peu moins vive. Puis, j’ai appréhendé le retour de l’hiver. J’ai appréhendé ton premier anniversaire, et maintenant, la date qui marquera une année entière sans toi.

Je sais que je ne peux pas hiberner et me réveiller seulement avec le retour du temps chaud. Je sais que je dois vivre à travers cette saison qui reste la tienne. Je voulais que tu aimes cette saison, que tu t’y attaches, que tu la chérisses. Ça continue de m’arracher l’intérieur de savoir que tu ne pourras jamais jouer dehors dans le froid, que tu ne sentiras jamais l’odeur douce de la première neige, que tu n’auras jamais froid aux joues, que tu n’entendras jamais le bruit presque inaudible des flocons qui atterrissent, que tu ne goûteras jamais à la neige neuve du bout de ta langue. Ça me démolit de penser à tous ces jamais. Mais j’ai choisi de vivre ces réalités hivernales, d’en profiter si possible, en pensant toujours à toi, plutôt que d’essayer en vain de les fuir.

J’aurais voulu te porter sur mon dos hier, en raquettes. J’aurais voulu que tu vois les branches des arbres recouvertes de neige, j’aurais voulu que tu ressentes le réconfort d’entrer dans le refuge chaud après avoir passé plusieurs heures dehors. J’aurais voulu que tu entendes le feu qui crépite et le rire de tes matantes, que tu goûtes à la soupe chaude de la fin de journée.

Tu n’étais pas là, mais tu étais avec moi. Toujours.

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menteuse

Le privé est politique. Un slogan phare du mouvement féministe qui peut paraître simpliste si on ne s’y arrête pas trop longtemps mais qui, je crois, est profondément porteur de sens. Pour ma part, j’ai l’impression que je pourrai en explorer les ramifications encore longtemps. Je le fais par rapport à plein d’aspects de ma vie – récemment, ça a été particulièrement fructueux pour penser à mon expérience d’accouchement, par exemple. Mais pour l’instant, c’est un cadre de réflexion que j’utilise encore à petits pas hésitants, ici et là, pour tenter de réfléchir à mes expériences autour de la mort de Paul et du deuil.

Et puis parfois, sans que je m’en rende compte, le privé s’invite dans le politique. Ou comme ça m’est arrivé hier soir, dans la politique, à petite échelle, de surcroit. Lire la suite

avertissements

Je ne veux pas justifier ce que j’écris, ce que j’ai besoin d’écrire. Je ne veux pas justifier ce que je choisis de partager publiquement. Pourtant, chaque fois que j’ajoute un texte à ce blogue, qui se veut une collection de mes réflexions et de mes émotions, je me demande si je devrais intégrer un avertissement : « Je suis triste mais ça va aller, ne vous inquiétez pas. » ou « Ne vous sentez pas obligé-e de lire ce texte. » ou « Désolée, je répète encore à peu près la même chose que la semaine dernière, et qu’il y a six mois. »

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couché/e/s

4 janvier. Je suis couchée sur la table d’opération. Les bras étendus de chaque côté de mon corps, plein de bleus suite aux multiples tentatives d’installer un cathéter dans l’un puis l’autre de mes avant-bras. Les bras en croix, le corps tremblant sous l’effet combiné du froid, de la péridurale et de la peur. Derrière le champ stérile, j’entends la médecin parler de moi à une infirmière comme si je n’étais pas dans la pièce. Je me sens tellement seule. Je combat pour ne pas laisser la peur prendre le dessus. À ce moment-là, je pense à travers mes larmes que je ne pourrais pas me sentir plus en détresse.

5 janvier. La détresse a fait place à un sentiment de bonheur mêlé d’incrédulité. Notre bébé nous a rejoint dans la chambre qui est petite mais que je peine à traverser, bloquée dans mes mouvements par les agrafes qui balafrent mon ventre. Mais Paul est là. Il va bien. Il pleure un peu, il boit, il dort. Notre plus grand problème est l’horaire hospitalier qui défie toute logique et qui nous coupe dans le rythme que Paul semble déjà vouloir imposer. On a un peu de visite. Un oncle attendris. Des grands-parents déjà gaga. Deux amies qui improvisent un festin de sushi que nous dégustons autour du lit. Je suis rassasiée. Fatiguée, heureuse.

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