année(s) de promesses

mois de bonheur
de découvertes
de peau chaude et si douce
mois si court
enflé par l’amour
par la confiance absolue

jours de peur
de pleurs
de chute
d’écrasement

année déluge
année éboulis
année effondrement
année ruines
année rage
année hurlements

Lire la suite

Publicités

radio-induced thoughts

We’ve been travelling. I’ve been listening to a lot of radio and podcasts. Often, the stories i hear bring me to think about different aspects of grief. Sometimes, they allow me to explore new facets of grief, to better understand the processes i am going through. So here are a few recent radio-induced thoughts.

Radiolab, a show i enjoy despite some of its problematic aspects (i.e. it’s is very white/western- and male-centered) tackled a complicated topic this week. Its team attempted to “put a price on the priceless”, including human life. In a conversation about what we collectively should spend on keeping people alive with the help of high-end drugs, they ask what is a month of human life is worth. How much is it ok to spend to extend someone’s life for a year? They discuss these questions with different specialists but also ask people on the street “what is a year of life worth?” Most people took a lot of time to answer and asked many questions to better understand the context of this question, and the quality of life they would benefit from. 5 000$, 10 000$, 10M$… 7$. As the reporter said, the answers were « all over the place ».

I stuck me as odd that the reporter asked people to put a value on a year of their own life, and even more so that some people asked whether they would have to reimburse what they would need to borrow. I would have been curious to hear how much people would estimate a year of their loved ones’ life is worth. What answer would you get if you asked parents to answer what their child life is worth? What if you asked parents who have lost a child?

Or would it be an entirely pointless and painful question?

Lire la suite

rétrospectives

Noël 2013. Je suis enceinte jusqu’aux oreilles. Physiquement, je me sens lourde et épuisée. J’ai l’impression que mon corps n’en peut plus de cette grossesse. Je prends une bière sans alcool pour faire semblant de faire la fête avec les autres mais elle n’a pour effet que de me faire enfler les pieds et les chevilles, qui ne forment maintenant qu’une structure unique et rotonde. J’en ai marre d’être enceinte. J’essaie de ne pas me laisser aller à jalouser ma cousine qui doit accoucher deux semaines après moi et qui semble en pleine forme.

Malgré l’inconfort, je me sens heureuse, pleine d’espoir. J’ai l’impression que l’année 2013, qui avait plutôt mal commencé, cèdera sa place à une année glorieuse. Un an plus tôt, mon temps des fêtes avait été marqué par une fausse-couche. Loin de chez moi, et loin de mon amoureux, j’avais dû faire face à la fin abrupte de cette grossesse que j’entamais tout juste. J’avais ensuite passé les premiers mois de 2013 à tenter de faire taire ma peur tout à fait irrationnelle de ne pas pouvoir retomber enceinte. Puis, la grossesse tant désirée s’était révélée beaucoup plus pénible que je ne l’avais escompté. Mais là, fin décembre 2013, il me semblait que ces obstacles — somme toute mineurs, j’en conviens — ouvraient la porte à un avenir qui serait forcément heureux.

Lire la suite

fragments nocturnes

Moi qui traîne une fatigue lourde depuis des semaines, qui passe des heures chaque jour à penser à dormir, moi qui dors parfois trois heures au milieu de la journée simplement parce que je peux, je ne dors pas. À cette heure nocturne qui n’attend que ça de moi, je ne dors pas. J’essaie de me détendre en écoutant un podcast – Strangers. Évidemment, je tombe sur un épisode qui me renvoie à mes angoisses actuelles.

L’histoire d’un homme qui a perdu sa mère, puis son frère, puis son père en moins d’une dizaine d’années quand il était jeune. Il raconte son parcours, parle de sa tendance à s’accrocher au passé, au « bon vieux temps » où sa famille était encore un tout cohérent. Plus de cinquante ans après ces décès de ses proches, il se demande si on connait vraiment les gens que l’on perd… L’idée qu’on s’en fait n’est-elle pas plutôt un portrait que l’on remodèle encore et encore en fonction de qui l’on est, de qui l’on devient?

Lire la suite

lettre à mon bébé-de-mai…

ma petite lentille
tu as beaucoup poussé
tu te fais sentir
de plus en plus fort
de plus en plus souvent

tes mouvements
rappels de ta présence
me centrent
me recentrent
m’émeuvent

au milieu du chaos
et des incertitudes
ils me donnent une raison
de rester debout, d’avancer
d’affronter mes peurs

ils me donnent le courage
de penser à l’avenir
de croire que le bonheur
comme mon amour
saura éclore pour toi

bébé de mai

////////////

ps. ton papa et moi, on t’a acheté un petit pyjama
pour nous aider à croire que dans cinq mois, tu seras dans nos bras.

carcans

Grief is subversive, undermining the quiet agreement to behave and be in control of our emotions. It is an act of protest that declares our refusal to live numb and small. There is something feral about grief, something essentially outside the ordained and sanctioned behaviors of our culture. Because of that, grief is necessary to the vitality of the soul. Contrary to our fears, grief is suffused with life-force.

—   Francis Weller, “Entering the Healing Ground”

 

Le deuil est subversif et remet en question les conventions qui nous forcent à rester en contrôle de nos émotions…
Est-il possible alors que de me retrouver dans un milieu où les conventions sont plus présentes, plus rigides, que dans ma vie courante remette en question ma manière « habituelle » de vivre mon deuil?

Depuis bientôt dix mois, j’ai décidé de vivre ce deuil de manière plus ouverte. J’ai partagé mes expériences et mes réflexions avec des dizaines de personnes, incluant plusieurs que je ne connais pas. Pourtant, je me prend à respecter le consensus tacite qui semble exister autour de moi ces jours-ci. Je ne parle pas de Paul, je ne parle pas du fait que je suis encore parfois paralysée par la peine.

À l’approche de son premier anniversaire, je ne sais pas ce que je ferai, ce que nous ferons pour célébrer son passage trop bref dans nos vies. Peut-être la réponse à cette question se situe-t-elle dans l’ouverture à l’aspect sauvage, animal, de ce qu’est le deuil réellement, lorsqu’on le laisse s’évader du carcan des conventions?

après le déluge

Ma grossesse pour Paul, comme celle-ci, a été rythmée par des rendez-vous mensuels, puis plus fréquents, à la maison de naissance. J’ai tellement de bons souvenirs associés à ce lieu. Entendre battre le cœur de mon bébé pour la toute première fois. Sentir la complicité et la confiance s’établir entre moi, P. et les sages-femmes qui assuraient le suivi de ma grossesse. Vivre un moment de soulagement à chaque rendez-vous ponctué de bonnes nouvelles — l’utérus grandit comme prévu, le cœur bat bien, l’échographie n’a rien révélé d’anormal. Même si l’accouchement que j’avais espéré ne s’est pas matérialisé, les heures passées dans l’une des chambres de la maison de naissance ont été immensément importantes pour moi. Elles m’ont permis de découvrir des capacités que je ne me connaissais pas, elles m’ont permis de me dépasser, elles m’ont fait apercevoir des possibilités prometteuses. Je me suis sentie en sécurité dans cet espace tellement plus en phase avec mes valeurs et mes souhaits que l’hôpital voisin où Paul est né.

Lire la suite