éparpillée…

les bonne nouvelles

je vis dans un monde
où je me dis sérieusement
que j’ai eu une bonne conversation avec le coroner
qui a appelé pour parler de la mort de mon enfant

je ne vis plus dans le monde
où je croyais au plus profond de moi
que l’ampleur de la peine me ferait mourir
que je me noierais dans les larmes

 

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C’est étrange comme ce deuil me fait à la fois relativiser certaines situations difficiles et dramatiser les petits aléas de la vie. Face à certains événements graves, je ne vois que le côté positif. Parallèlement, le stress normal de la vie me pèse comme jamais. Face au travail, j’ai des mouvements de recul, de répulsion presque, par moments. Face à la pression d’une date limite qui arrive trop vite, je sens la pression monter dans ma cage thoracique, m’écraser les poumons jusqu’à remonter dans ma gorge.

nouvelles sensations à apprivoiser. ou à combattre peut-être

hurler

Ça a l’air tellement dramatique à dire. Ce qui est définitif – pour toujours, à jamais – a souvent cet air trop tragique. Mais c’est vrai. Je ne sais pas si je serai de nouveau heureuse un jour. Je ne sais pas si je réussirai à construire une nouvelle vie sur les fondations affaiblies que j’ai réussi à sauver du désastre de cette année.

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raconter encore et encore

Mardi.

Troisième rendez-vous avec la psychologue. Nous avons prévu une séance plus longue, où je pourrai raconter le nœud de l’histoire. Le moment où tout a basculé, l’ambulance, les mauvaises nouvelles, les soins intensifs, l’espoir, les décisions impossibles, la mort. Ça me prend près d’une heure. Ensuite, le plan est de revenir sur les moments les plus difficiles, les plus complexes. De les sonder, de les démêler, de commencer à détricoter les émotions intenses qui y sont attachées.

J’essaie. Je veux bien faire. Je ne veux pas me dérober devant la tâche à accomplir (ou à entamer, au moins). Elle me dit de laisser flotter mon esprit, de laisser mes pensées se diriger d’elles-mêmes vers un moment, une émotion, une image. Rien ne vient. J’essaie, pourtant, de laisser libre cours à mes souvenirs. Mais mon esprit reste solidement ancré dans le présent. La chaise où elle est assise. La lampe devant moi. Le molleton sur la porte – pour insonoriser la pièce j’imagine. Les détails de ce qui m’entoure m’empêchent de laisser partir mon esprit à la dérive. J’essaie, j’essaie. Sans succès.

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la neige

Avec le temps qui passe, imaginer le quotidien avec Paul est de plus en plus difficile. Dans les jours et les semaines après son décès, j’avais une image très précise de la façon dont mes heures auraient dû être remplies. Mon corps même se chargeait de rappeler à mon attention les moments où j’aurais dû nourrir Paul. Je me réveillais angoissée au milieu de la nuit en sachant pertinemment que j’aurais dû être réveillée par des pleurs, que j’aurais dû avoir à me lever, à nourrir et à changer Paul.

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perdre/prendre pied

Il y a quelques semaines, j’ai senti monter en moi une impression inquiétante. L’impression de perdre le peu de contrôle que j’avais réussi à reprendre sur ma vie au cours des derniers mois. J’ai senti la peine peine enfler en moi, emplir chaque recoin de mon être avec une force que je croyais avoir maitrisée grâce au cheminement accompli depuis la mort de Paul.

Je me suis sentie replonger dans le désespoir que j’avais découvert en mars dernier, alors que je prenais plus pleinement conscience de l’énormité de la perte qui nous était tombée dessus. Je n’arrive pas à trouver les mots qui décriraient avec exactitude ce sentiment. Une impression d’asphyxier peut-être? Une asphyxie implacable, mais lente, presque douce. Comme se noyer dans de l’eau glacée, une anesthésie fatale mais presque attirante, qui invite à se laisser aller. Pourquoi combattre? Pourquoi ne pas se laisser sombrer dans cette peine? Lire la suite

les mots coincés

la beauté d’avoir un blogue, c’est d’avoir tout cet espace pour m’exprimer librement
le problème d’avoir un blogue, c’est que ça rend évidents les moments où les mots sont coincés

Je n’ai pas l’énergie requise pour répondre à mes courriel. Encore moins celle pour mettre des mots sur les émotions contradictoires qui m’habitent, pour les façonner proprement, en faire un texte avec un début et une fin, et peut-être un lien entre les deux. J’ai besoin de continuer à revisiter le temps passé avec Paul mais je ne sais plus si j’ai besoin de partager ces récits dans l’immédiat.

J’essaie de comprendre ce dont j’ai besoin, ce qui me fait le plus de bien. Pendant un temps, partager mes expériences dans le deuil était une évidence. Ces jours-ci, je ne sais pas trop.

alors je vais laisser mûrir les quelques textes entamés et inachevés qui traînent entre ma tête et mon ordinateur.
j’espère qu’ils seront à point éventuellement, j’espère qu’ils ne se ratatineront pas au point de ne plus être comestibles.