(à) pas de bébé

pour celles et ceux qui peuvent se sentir sensible à ce sujet : je parle de bébés et de ma grossesse dans les paragraphes qui suivent.

 

« Comment ça va avec votre nouveau bébé? »
Je me surprends à poser la question, à engager la conversation avec un parent tout neuf. Je me souviens trop bien des premiers jours de la vie de Paul, de mon besoin de parler, de raconter, de me vanter un peu, sûrement. Je revis ces moments par procuration à travers cette brève conversation.

Un peu plus tard, il me fait un commentaire à la blague sur les changements de couche. Là encore, sans y croire tout à fait, je ne met pas un terme à la conversation. Je partage mon expérience. Je lui raconte la fois où Paul a fait caca à moitié sur moi, à moitié sur le tapis posé sur un canapé qui ne m’appartenait pas. C’était ma première sortie seule avec le bébé. Pour une réunion — évidemment. J’étais fière d’arriver avec Paul, fière d’être debout et en forme pour une activité militante si peu de temps après la naissance, fière d’aller cogner chez mon amie, à la porte voisine pour lui présenter Paul, même brièvement.

Mes expériences de parent dans la normalité sont limitées. La porte était ouverte pour en partager une et j’ai décidé de passer le pas avant même de m’en être tout à fait rendu compte. J’étais poussée, je crois, par la courte fenêtre qui s’offre à moi pour partager des expériences vécues. J’ai connu la vie avec un bébé naissant, d’une semaine, puis deux, puis trois. Mais pas quatre. Quand les bébés qui m’entourent atteignent les 28 jours, les dépassent allégrement, je perd l’assurance du vécu commun. Je n’ai plus d’anecdote à partager pour construire ce pont entre moi et les autres parents sur la base de nos expériences partagées.

Hier, Meghan partageait sur son blogue Expecting the unexpected un article sur le malaise partagé par bien des parents qui ont perdu un enfant. Comment prendre part à ces conversations qui contribuent à créer un sens d’appartenance à une communauté de parents? Comment y revendiquer notre place au quotidien quand notre participation à ces échanges est si susceptible de créer un malaise?

En lisant les commentaires en réponse à l’article et au billet de blogue, je suis forcée de constater que je vis dans un milieu à la fois clos — un microcosme militant-communautaire — et très ouvert d’esprit. Il ne m’arrive que très rarement, en dehors de mon cadre professionnel, d’engager la conversation avec des personnes qui ne savent pas que Paul est décédé. Face à ce constat, je me veux me donner le droit de créer ou de maintenir des liens en partie sur la base de mon appartenance à ce groupe — les parents — auquel mon membership n’est peut-être pas évident.

 

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Retour de manif.

Pour la première fois depuis celle du 28 janvier dernier, à laquelle Paul nous accompagnait, je me suis sentie bien. J’ai passé du temps avec un bébé dans les bras et un sentiment assez simple dans le cœur : j’ai hâte de retrouver le bien-être immense de serrer mon bébé contre moi, de le sentir, de le consoler. Je veux croire que ce n’est qu’une question de temps, que malgré mes inquiétudes et mes incertitudes, ce sera notre tour l’année prochaine de conjuguer manif et bébé.

Plusieurs personnes sont venues me parler de ma nouvelle grossesse. Quelques unes avec qui la conversation aurait pu être difficile. Mais ça a été. Quelques unes aussi, à qui j’avais envie d’en parler, avec qui j’avais envie de partager. Je me sens tellement choyée d’être au cœur d’une communauté de gens qui prennent soin les un-e-s des autres. Dans l’approche de tant de personnes autour de moi face au deuil que nous vivons, que je vis, je vois une forme magnifique de solidarité.

Je suis choyée d’être entourée de gens qui prennent la rue pour le respect des droits de toutes et tous et qui prennent le temps, l’énergie qu’il faut pour prendre soin des autres.
Je suis choyée de partager mon quotidien avec des gens qui acceptent de porter le récit de la vie et de la mort de Paul.
Je suis choyée de compter dans mon entourage des parents d’enfants et de bébés qui passent par dessus leurs angoisses et leurs peurs pour tendre l’oreille et la main vers moi.

Je suis choyée de côtoyer des personnes qui m’aident, peut-être sans le savoir, à retrouver confiance en moi, en mes aptitudes comme maman, comme parent.

merci.

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2 réflexions sur “(à) pas de bébé

  1. Google translate is not working for me the last couple of days…, literally it won’t translate. I tried another free translator and it was not very good. I’m going to try something new today, but wanted you to know that I’m thinking of you and Paul, even if I’m not able to somewhat effectively read what you’ve written…

  2. Pingback: je suis une mère féministe | le marcassin envolé

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