je suis une mère féministe

Ces réflexions sont inspirées entre autres par des thèmes proposés par le projet capture your grief — explore & express. Plutôt que d’explorer où j’en suis dans mon cheminement de deuil, je part du stade où je suis rendue, quel qu’il soit, pour tenter d’exprimer un aspect plus politique de mon expérience comme mère.

Depuis quelques années déjà, je m’intéresse à différents aspects de la maternité, du maternage, de l’éducation des enfants. Au début de mon bacc (en études féministes), je me suis retrouvée l’une des seules étudiantes sans enfant à m’inscrire au cours Images of motherhood. À ce moment-là, je réfléchissais en termes assez détachés de la possibilité d’être une mère féministe, éventuellement. Lire la suite

capture your grief 25 — forgiveness / pardon

IMG_8655Je suis choyée. Je suis immensément bien entourée. Je me répète mais c’est tellement vrai et tellement précieux. Hier, en racontant l’histoire de Paul et de mon deuil encore une fois, je me rendais compte à quel point la présence de personnes attentives dans ma vie est centrale à mon expérience du deuil.

Il y a bien eu quelques faux pas. Quelques accrochages mineurs. Mais rien qui n’ait été pardonné presque aussitôt.  Rien qui se soit accroché à moi, tirant mon esprit vers des recoins peu glorieux de moi-même. Au cours de ces mois, j’ai réussi sans trop d’efforts à faire la paix avec les quelques commentaires blessants ou peu aidants que j’ai reçus.

J’ai eu peu à pardonner, ce n’est donc pas vraiment un succès que d’avoir réussi à le faire.

La seule personne que je ne réussis pas du tout à pardonner, c’est moi-même. Lire la suite

je te porte encore

Paul,

Ton absence me pèse tellement cette semaine. Elle enfle toute la journée. Explose le soir arrivé. Me cloue.

C’est peut-être les tâches que je dois faire au travail. Les mêmes qui m’attendaient à mon retour le printemps dernier. En mai, j’ai fait le montage du journal de quartier dans un état d’absence mentale assez total. Je n’y croyais pas encore. Je pense que j’avais encore l’impression que j’allais échapper à cette réalité que je ne voulais pas accepter. J’ai perdu cette capacité à fuir complètement. Lire la suite

(à) pas de bébé

pour celles et ceux qui peuvent se sentir sensible à ce sujet : je parle de bébés et de ma grossesse dans les paragraphes qui suivent.

 

« Comment ça va avec votre nouveau bébé? »
Je me surprends à poser la question, à engager la conversation avec un parent tout neuf. Je me souviens trop bien des premiers jours de la vie de Paul, de mon besoin de parler, de raconter, de me vanter un peu, sûrement. Je revis ces moments par procuration à travers cette brève conversation.

Un peu plus tard, il me fait un commentaire à la blague sur les changements de couche. Là encore, sans y croire tout à fait, je ne met pas un terme à la conversation. Je partage mon expérience. Je lui raconte la fois où Paul a fait caca à moitié sur moi, à moitié sur le tapis posé sur un canapé qui ne m’appartenait pas. C’était ma première sortie seule avec le bébé. Pour une réunion — évidemment. J’étais fière d’arriver avec Paul, fière d’être debout et en forme pour une activité militante si peu de temps après la naissance, fière d’aller cogner chez mon amie, à la porte voisine pour lui présenter Paul, même brièvement.

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capture your grief 14/15

day 14 — dark/light
day 15 — community

light-dark

la flamme des bougies

symbole collectif
traditionnel ou réinventé
partagé

symbole d’espoir
de fragilité
de chaleur

la flamme des bougies

qui brille mieux dans le noir
qui s’y éteint plus violemment aussi
à l’image de celles et ceux qui naviguent
la mort, le souvenir, le deuil

qui apprennent
à tâtons
à avancer dans le noir
à travers les branches et les fossés

qui apprennent
à tomber
à avancer dans une mare de goudron
à ne pas asphyxier

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capture your grief 13

day 13 — season / jour 13 — saison

Au Québec, les saisons se succèdent sans trop se préoccuper de respecter des dates officielles de début ou de fin, alors j’ai l’impression que Paul a fait le tour du calendrier saisonnier, bien à l’abri dans mon utérus. Mais depuis le début, Paul est pour moi un bébé de l’hiver.

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immobilité

Depuis le début du mois, j’ai suivi à peu près assidument les thèmes suggérés par le projet Capture Your Grief. Écrire et illustrer le deuil, mon deuil, en partant de sujet proposés par quelqu’une d’autre est intéressant, je trouve. Ça me permet d’explorer des éléments du deuil auquel je n’aurais pas pensé et surtout, ça me permet de participer à une conversation avec d’autres femmes qui font face au deuil périnatal, par billets de blogues interposés.

Je m’apprêtais à continuer aujourd’hui

day 11 — altar / day 12 music

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capture your grief 9 / 10

day 9 — in memory

1801265_10151919328267021_986267778_o Dès les premiers jours du deuil, j’ai senti le besoin de marquer la présence de Paul dans ma vie sur mon corps. À l’hôpital une infirmière avait dessiné des petits X à l’intérieur des chevilles de Paul pour pouvoir prendre son pouls toujours au même endroit. Le dernier jour, alors qu’on se préparait à dire aurevoir pour la dernière fois, je me suis dit que j’allais immortaliser ces marques sur mon corps. Deux semaines plus tard, au lendemain de la cérémonie pour Paul, je me suis fait tatouer les petits X, signe de la vie dans les pieds de mon bébé, signe de son passage, stigmate de l’absence trop immense. La douleur physique très temporaire, un instant en adéquation avec ma peine. Lire la suite