les feuilles

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les feuilles rougissent
elles se détachent des branches
avec chacune d’entre elle qui vole dans la brise
l’hiver se rapproche

ta saison, Paul
la seule que tu as connue
la seule que tu as sentie sur ta peau
la seule que nous avons partagée

j’aurais voulu que tu sois avec nous
pour célébrer toute cette beauté
la chaleur de l’été qui s’accroche encore un peu, les couleur, la rivière froide
les ami-e-s autour de ton papa pour son anniversaire

tu aurais dû être là

ton absence me pèse
mais sache que comme avant
je te porte en moi
je me souviens
je t’aime

 

 

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imaginer

L’année dernière, quelque part pendant ma grossesse, j’ai commenté à ma collègue que j’avais l’impression d’être très centrée sur moi-même, égocentrique, presque. Elle m’a répondu à la blague que je pourrais faire équipe avec sa fille, à l’aube de l’adolescence et plongée à pieds joints dans une phase nombriliste. Je me sentais un peu coupable de ne penser qu’à moi mais mon entourage me répétait que je pouvais me le permettre, et je me justifiais à moi-même en me disant que bientôt, je me tournerais entièrement vers les besoins et les attentes de quelqu’un d’autre. Et d’ailleurs, m’occuper de moi pendant la grossesse ne pouvait-il pas être vu comme de l’attention portée à mon bébé?

Cette impression d’égocentrisme ne m’a pas quittée.

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les strates

La fatigue me pèse. Je me sens épuisée, physiquement et émotivement, malgré le fait que j’ai pu prendre plusieurs semaines de congé cet été, il y a si peu de temps. Les semaines depuis ont passé vite. Comme les semaines de repos, même si je n’en ai pas fait grand-chose. J’avais besoin d’avoir du temps pour moi, du temps pour penser à Paul, pour faire le point sur les derniers mois.

Cinq semaines pour moi. Ça peut paraître beaucoup, ça peut paraître suffisant, du moins. Et pourtant c’est un tout petit laps de temps, une petite tranche parmi les multiples segments qui forment le temps écoulé dans la dernière année. Lire la suite

sac de noeuds

en attendant Paul
j’ai réfléchi à ce qu’être parent, être mère, voulait dire
j’ai imaginé l’amour, les liens indéfectibles
j’ai rêvé aux connexion que j’établirais avec d’autres parents
j’avais hâte de vivre tout ça
hâte de mettre mes attentes et mes principes à l’épreuve de la réalité

en perdant Paul
j’ai eu peur
peur du gouffre immense de la peine
peur de l’entre-deux aussi
parent-pas-parent
mère-pas-mère
peur d’avoir perdu
en plus de mon enfant
ces liens avec tous les autres
que je souhaitais tellement établir, construire
voir grandir
au rythme de nos enfants
au rythme de Paul Lire la suite

birth and memories

I have always enjoyed writing. Throughout my school years, my birthday very often fell on the same day as the final writing exam. I guess not everyone would have been pleased with this pattern but I didn’t mind. I enjoyed it, for the most part, and enjoyed the feeling that came with the end of the school year, the air finally warming up, the upcoming weeks of freedom. I didn’t mind writing assignments for school, and then, once I entered university, I truly enjoyed writing papers and developing my ideas and my grasp on the language – whether it be in english of french. Over the past four years, as I have been working for a neighborhood community organisation, I have appreciated learning how to shape language to reach people of different walks of life.

I had never written on a regular basis on my own terms, but in the past few months, writing has been an amazing outlet to express my conflicted feelings. Through this blog and different forums, I have allowed myself the space to reflect on my life as Paul’s mother, on his life, on what to make of these months of learning how to live without him. I have also been in contact with a few persons I have “met” through their blogs. These few epistolary relationships have been so precious. The level of connection that can form across people who share significant experiences is truly amazing and leads to beautiful conversations. Lire la suite

le chemin parcouru

Je me revois, aux tous premiers instants où je me suis aperçue que Paul n’allait pas bien du tout. En un instant, ma vie des semaines qui venaient de s’écouler – notre vie de nouveaux parents que j’avais tellement attendue, épisode banal et merveilleux de 25 jours – prenait fin. Abruptement, mon existence a pris un virage inattendu, violent. Je me revois à l’hôpital, découvrant au compte-goutte les détails qui s’additionnaient pour tracer le portait défiguré de notre nouvelle vie de parent, une vie de parents veillant sur un bébé qui ne sortirait pas des soins intensifs, une vie de parents endeuillés, une vie de parents sans couche, sans pleurs, sans bain, sans bisous, sans odeur intoxicante de nouveau-né.

La douleur était alors tellement intense. Je me souviens de la première nuit hors de l’hôpital, après le décès de Paul. Je me revois essayer de dormir. Exténuée mais maintenue dans un état d’éveil malsain par l’impression que toute cette peine allait me tuer. J’avais mal physiquement. Au-delà de mes seins qui ne demandaient qu’à nourrir mon enfant déjà plus là, la peine me déchirait les entrailles. Je pensais mourir de cette douleur, de cette peine, de cette culpabilité. Lire la suite