P pour/P for

Leigh, du blog Headspace Perspective, m’a récemment fait connaitre le « Alphabet Photo Project ». Depuis quelques semaines, par le biais de cette exercice collectif de photos, je découvre  des éléments de sa vie et de son fils Hugo. Jusqu’à maintenant, je n’ai pas senti le besoin et le courage de m’astreindre à des exercices d’écriture proposés par d’autres blogues. Mais comment passer à côté de la lettre de cette semaine? (et j’en profite pour essayer un billet bilingue).

Leigh, at Headspace Perspective, has allowed me to discover the the « Alphabet Photo Project » by sharing her weekly photos and accompanying pieces, revealing glimpses of her life as the mother of Hugo. Though i have not joined any weekly blogging prompts, I feel like i couldn’t pass up this week of the Alphabet Photo Project, focusing on the letter P. (and, as you see, I am also trying out a bilingual post.)

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je n’ai pas rêvé

Les bébés continuent de naître. Paul n’est plus là et pourtant, d’autres bébés naissent. Ils naissent, ils grandissent, tout doucement, continuellement. Leurs parents les découvrent et les redécouvrent jour après jour, se réveillent la nuit pour s’en occuper, voient leur peau se défriper, leurs yeux commencer à les reconnaître, leur cou se renforcer jusqu’à pouvoir soutenir leur tête encore lourde et surdimensionnée.

Et puis quoi, ensuite? Je ne sais pas trop. Les bébés naissent, mais Paul n’est plus là pour me faire connaître la suite. Chaque jour porte le renouvellement de son absence. Chaque semaine, chaque mois, nous sommes privés d’une nouvelle étape de sa vie. Il en est privé, j’en suis privée. Chaque instant alourdi par son départ, et par l’étourdissante permanence de sa mort. Tous les jours et toutes les minutes de toute ma vie sans lui. C’est tellement long. La vie de Paul a été tellement courte. Lire la suite

l’eau et les couleurs

Lundi.

Je n’ai pas envie de reprendre le travail. Les deux jours d’arrêt ont passé trop vite, j’ai eu trop peu de temps pour Paul. La fin de semaine a déboulé, m’a chamboulée. J’ai été distraite par du beau et du déchirant. Et puis, évidemment, il n’y a pas eu de cris affamés ni de pleurs fatigués pour me rappeler à l’ordre.

Être la maman d’un bébé qui n’est plus là, c’est aussi ça… Mon emploi du temps m’appartient. Pas de tétées ni de couches ni quoi que ce soit que font les bébés de presque huit mois mais que je ne connais pas. J’ai le loisir de me consacrer au rôle de mère de mon enfant selon l’horaire qui me convient. Lire la suite

before/after

As i woke up this morning, trying to gather the courage to post a before/after photo of me as the mother of Paul, i sleepily looked through my facebook feed. It has not been the safest place for me recently, a feeling that, i am sure, is familiar to anyone grieving or going through difficult times. Social media invite people to stage their lives and offer glimpses of when they look most attractive, when they do the most exciting things for the world to see. In my feed, the countless very-happy-times photos and unavoidable baby photos share the space with social justice links and statuses, many about the aftermath of Michael Brown’s killing in Ferguson, violence against women, reproductive justice issues, and a few weeks ago, about the Israeli invasion of Gaza.

I find myself having a hard time facing both the overly cheerful pictures and the heart-shattering current events. I feel upset witnessing the simple and lighthearted happiness so many friends and « friends » of mine seem to enjoy, but i can’t let myself measure the amplitude of the violence and injustice faced by so many people. I can’t handle really facing either. So i often find myself withdrawing from both. Scrolling through all of it as if i had to, glossing over everything, in very much the same way i find myself doing with what is happening around me « in real life ». I can’t deal with everything at once, it seems. So i end up not dealing with anything. Spending days  without being able to connect to my loss because it feels like too much work. Lire la suite

Paul and the knitting tree

At some point during the spring, as i was discovering the beautiful people and resources at Glow in the woods, i came across a call to participate to a mother’s project to honor her daughter Marlo. She was collecting squares of fabric to be included in a knitting graffiti for her daughter’s third birthday.

IMG_5062I knew right away i wanted to be a part of this creative tribute to the life of Marlo and many other lost babies. I knew because the video of the 2013 edition of the knitting tree was set to one of my favorite songs, The Be Good Tanyas’ Littlest Birds. I knew because even though i can’t knit, i feel a strong connection to knitting since i am lucky to have a expert-knitter as a grandmother.I knew because for the brief winter weeks Paul was with us, he spent a lot of time in beautiful outfits knitted with so much love by his great-grandmother and great-great-aunt, and wrapped in a blanket made by his paternal grandmother. I knew because when i was pregnant with Paul, i felt so thankful to rediscover the wool outfits that my brother and i had worn as children that were carefully preserved for our own children. I felt that somehow, all this intertwined wool was a line connecting us through time and generations… Lire la suite

Boyhood

Dans les rencontres de groupes de soutien, je me présente comme « la maman de Paul ». C’est le remède que j’ai trouvé pour mettre un baume sur la peur panique qui a coulé en moi dès que j’ai commencé à saisir que nous n’allions pas rentrer de l’hôpital avec Paul. « Je ne serai plus sa mère ». Mes souvenirs de ces heures-là sont confus. Quelqu’un, quelqu’une probablement, m’a répondu que j’étais encore la fille de mes parents, et que j’allais rester la mère de mon fils. J’ai continué à demander à ce qu’on me rassure sur ce point, encore et encore. J’ai réussi à y croire. J’ai réussi à me glisser dans ce rôle bizarre de mère sans enfant.

Mais est-ce vraiment moi? Est-ce vraiment qui je suis? J’arrive de plus en plus mal à me replonger dans les souvenirs de moi comme nouvelle maman qui avait le luxe de redéfinir doucement mon identité. Je me rappelle avec de moins en mois qui j’étais quand le temps passé avec Paul était plus long que le temps passé sans lui. Chaque jour qui passe, chaque mois écoulé rend proportionnellement de plus en plus minuscule les vingt-huit jours de la vie de Paul, les vingt-cinq jours de nos vies partagées, sans le bruit des machines et la supervision des infirmière et les jaquettes jaunes et les masques et l’odeur d’alcool sur nos mains sèches.

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la pluie. le gris

Paul,
tu es né par un temps intense
le froid, la glace, la neige
les éléments unis pour t’accueillir
nous t’avons fait un nid à l’abri de l’hiver

certains jours de soleil
sont comme des claques sur la gueule
me narguant
m’obligeant à (faire semblant d’)en profiter

sous la pluie, je me sens près de toi
peut-être parce que ça me donne le droit de rester cachée
peut-être parce que les rues se vident
peut-être parce que la rivière se gonfle pour nous

j’imagine déjà le retour du froid
de la glace, de la neige
le souvenir des semaines passées à te sentir grandir
le souvenir de ton arrivée enneigée
le souvenir des heures d’errance en février
sans toi mais en te sentant au plus profond de moi

pluviophile